Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

DORYPHORES, HÉBERGEMENT ET COUVRE‑FEU

Dès le début de l’occupation les Allemands s’installent à Champagney. Il ne semble pas qu’il y ait eu de Kommandantur les premières années puisqu’il y en a une à Ronchamp où l’on se rend pour obtenir les laissez‑passer ou payer les amendes (Elle se trouvait dans la maison bourgeoise située avant l’usine Canet).

Néanmoins les Allemands s’installent au château Mulfort (à l'entrée de Champagney, avant le pont, aujourd'hui famille Loridat), à l’ancien hôtel Frechin (au centre la belle maison à côté du Bar des Amis), à la maison Labbaye (la maison bourgeoise à côté de la boulangerie Jacquemard), cantonnent chez Spielmann (boulangerie Jacquemard) et au préau des écoles où l’un d’entre eux, artiste, a réalisé une fresque montrant des avions nazis au combat. Les élèves du cours complémentaire qui utiliseront la salle pour leurs activités sportives, garderont en mémoire cet aspect pictural de la présence allemande.

Les Allemands sont encore à l’ancienne usine Dorget, une permanence d’environ huit hommes se trouve à la gare et ils passent souvent en mairie. Cette présence évoluera en nombre tout au long des quatre années de l’Occupation en fonction de l’évolution de la guerre et, en 1944, le château Courant abritera une Kommandantur.

Le Château Courant

Le Château Courant

Les habitants doivent régulièrement loger quelques-uns de ces Doryphores porteurs de billets de logement délivrés par la mairie sur réquisition de la Kommandantur. Leurs séjours durent de deux à huit jours et sont fonction des mouvements de troupes. Plusieurs mois peuvent s’écouler entre leurs passages et après 1942, et le durcissement de la guerre à l’est pour les Allemands, cette contrainte d’hébergement se fera plus rare (l’année 1944 mise à part).

Le garde-champêtre, quelquefois accompagné de l’interprète Paul Angly, conduit les Allemands imposés à l’habitant. Ceux‑ci choisissent les chambres et s’informent avec précision si les locaux ont abrité des malades et tout particulièrement des tuberculeux.

En cet été quarante, les Allemands défilent volontiers dans les villages et les officiers logés, qui souvent parlent le français, tiennent facilement un discours de vainqueur : « On va aller en Angleterre et ce sera fini tout de suite ! » (Entendu par Paulette Ballay en juillet 1940. En 1944, les Allemands déclareront aux habitants : « Guerre, gross malheur ! »). Les plus jeunes sont alors les plus mauvais se souviennent les témoins.

Lors des passages de troupes, les militaires allemands investissent les cafés, consomment le plus souvent une bière suivie d’un schnaps et paient. A l’inverse de cette généralité, plusieurs tonneaux de vin et de bière furent volés chez Charles Péroz (le café en face la gare) par des soldats descendus d’un train à l’arrêt en gare de Champagney. En effet, les trains militaires s’arrêtaient fréquemment déversant momentanément des grappes de soldats autour de la gare.

Les occupants prennent leurs aises : l’hiver ils patinent sur l’étang de l’usine Dorget, se baignent l’été à la drague du Magny et ripaillent à l’occasion de la Saint‑Sylvestre. Les Champagnerots quant à eux, observent et font le poing dans la poche.

Les hommes de la gare ont pris l’habitude à la belle saison de venir s’étendre sous un beau noyer qui dispense son ombre non loin du café Grisey (autre café en face la gare). Un jour, Madame Grisey lasse de ces sans‑gêne, entre deux de leurs séances de farniente, disperse sur l’endroit des fourmis rouges. Plus tard, pressée derrière les rideaux, la famille Grisey s’amusera des conséquences du geste de la mère.

Moins plaisant est le souvenir de cet officier de la Kommandantur de Ronchamp souvent présent à Champagney et dont le physique lui valut le surnom de Fil de fer. Une anecdote illustre le caractère et la dangerosité du personnage. Un jour faisant sa ronde sur la voie ferrée à Champagney, il surprendra une sentinelle endormie et l’abattra sans autre forme de procès. Ce militaire typique d’une certaine catégorie d’officiers allemands souvent caricaturés ensuite par le cinéma, a marqué notre région en ces années noires.

Parmi les premières contraintes imposées par l’occupant, il faut citer le changement d’heure : les aiguilles durent être avancées de soixante minutes et, comme le décalage avec le soleil était déjà d’une heure, il fallut s’habituer à ce décalage de deux heures avec l’astre solaire.

Deux feldgendarmes à Lure en 1940 - Voir le site de Thierry Juif -  http://liberationdelure.fr

Deux feldgendarmes à Lure en 1940 - Voir le site de Thierry Juif - http://liberationdelure.fr

Les nouveaux maîtres instaurent le couvre‑feu dès juillet 1940. Dès lors, toute circulation est interdite entre 22 heures et 5 heures. Un laissez‑passer est indispensable pour circuler pendant cette période. Il y aura aussi durant l’Occupation des couvre‑feux ponctuels, les modifications d’horaires étant annoncées par le tambour du garde‑champêtre. La population doit encore calfeutrer avec soin les ouvertures afin de ne pas laisser filtrer le moindre filet de lumière. La police allemande venant de Lure passe en soirée afin de veiller au respect de ces règlements. Une traction ou le plus souvent une moto ou un side‑car parcourent les villages. En cas de non respect de ces mesures les contrevenants sont sanctionnés d’une amende allant de vingt à cent francs ; mais suivant l’humeur des policiers on peut aussi être conduit à Lure et y être contraint à nettoyer les carreaux ou à cirer les bottes de ces messieurs.

L’attitude des Allemands est quelquefois extrême. En effet, il arrive que les feldgendarmes se contentent de réprimander les habitants qui s’attardent dehors au‑delà de l’horaire autorisé ou qu’ils attirent l’attention sur un rai de lumière, comme ils peuvent brutalement tirer dans une fenêtre faiblement éclairée.

Quoiqu’il en soit, le couvre‑feu n’empêche pas les jeunes du patronage de poursuivre leurs réunions à la Salle Jeanne d’Arc. Il est vrai qu’on entend les Allemands arriver. C’est ainsi qu’à la belle saison, au moindre bruit de moteur, Madame Duclerget s’adressant depuis sa fenêtre à Paul Jacquot qui ne peut se résigner à rentrer, s’exclame : « Ce sont eux ? » (avec la liaison), lequel lui répond systématiquement : « Non, ce ne sont pas t’eux ! ».

 

Champagney sous l'Occupation - 1 -

Cet article est extrait de :

Champagney sous l'Occupation - 1 -
Tag(s) : #Histoire locale