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RÉSISTANCES

Détail du monument des fusillés à Magny Danigon

Détail du monument des fusillés à Magny Danigon

Il n’est pas question d’écrire ici l’histoire des différents maquis installés dans la proche région, mais de rappeler que parmi ses habitants certains se sont engagés et que beaucoup ont payé cet engagement de leur vie.

Les hommes ne gagneront les sites choisis par les responsables qu’à l’annonce du débarquement en Normandie. On peut aujourd’hui s’interroger sur l’efficacité de ces petits maquis. Une chose est sûre, à l’automne 1944, les Allemands en retraite sont minés par la multiplication des attaques dont ils font l’objet. Cette nervosité explique aussi leur agressivité en cet automne et est, en partie, à l’origine des massacres qui vont se succéder à cette époque : Magny Danigon, Etobon, Offemont, Banvillars. (Le 18 septembre 1944, Lucien Berthel du maquis du Chérimont est interrogé à Clairegoutte. L’officier lui déclare : « Depuis Marseille, impossible de traverser un bois sans se faire tirer dessus ! »).

 

Outre l’histoire de ces groupes armés, c’est l’existence d’un esprit de résistance qu’il faut souligner et c’est bien lui qui permettra, pour une part, à ceux ayant choisi de prendre les armes, de survivre, concrètement de manger. Au village, on tue un mouton l’après midi, les gars du maquis passant le prendre à la nuit tombée. (Pour être juste, Jean Reuchet évalue à 10% la proportion de la population favorable à la résistance armée, il écrit encore : « De nombreuses personnes voyaient dans l’apparition des maquis, le retour à l’état de guerre avec son cortège de violences, de représailles, faisant regretter la tranquillité des années d’occupation. » Jean Reuchet « Le Désarroi, la souffrance, l’espoir » Éditions Crimée – 1999).

Très tôt, cet esprit anime les responsables dont nous avons déjà parlé et qui œuvrèrent pour la collectivité là où ils se trouvaient : Louis André à la préfecture, Gaston Thomassey aux houillères en compagnie du directeur Albert Solasse. Plus modestement, mais cela fait partie d’un tout, le mineur est moins productif et les cheminots permettent l’échange du courrier entre l’Alsace et les réfugiés qui ont quitté leur province annexée.

Ce sentiment associé à l’esprit frondeur du Français et au caractère bien trempé du Franc‑Comtois mène tout droit à la désobéissance. On l’a vu, on brave aisément le couvre‑feu. « Chacun sait qu’il suffit de porter une défense pour qu’aussitôt tout le monde s’empresse de la transgresser. » écrit l’Abbé Thomassey. Aussitôt, à Champagney comme ailleurs, on écoute la BBC et Sottens. L’oreille collée contre le poste et le cœur battant on s’imprègne des messages mystérieux de la France, Libre ou des paroles d’espoir de l’émission « Honneur et Patrie » de Maurice Schumann. Certains qui n’avaient pas la radio Avant‑guerre font l’acquisition chez Henri Haaz de cette boîte à rêves qui prouve que la catastrophe n’a pas figé le pays, que cette épreuve ne sera qu’une parenthèse. Écouter la radio de Londres est bel et bien un acte de résistance, car chose défendue; même si c’est d’abord un geste d’espérance.

 

Champagney sous l'Occupation - 4

 

On a rappelé les larmes versées en juin 1940, l’amertume des Anciens Combattants, ce sentiment de sacrifice inutile pour ceux ayant donné leur jeunesse. Quelle rage que de voir l’ennemi s’installer ! Et maigre consolation que les paroles de Pétain. Mais de là à exprimer ses sentiments ...

Pourtant, à Champagney, certains le firent, et même assez tôt. En 1941, en effet, des inscriptions hostiles aux Allemands sont peintes sur la route, au centre. Cet évènement provoquera les plaintes de l’occupant en mairie, laquelle prendra le 25 juillet une délibération de principe « … demande que les gendarmes fassent une enquête pour retrouver le ou les coupables et une surveillance très sévère pour que des faits semblables ne se reproduisent plus. »

Il est sûr que ce genre d’inscriptions réapparut en fin de période lorsque la défaite des Allemands paraîtra inéluctable. André Beurier se souvient de grandes lettres blanches VDG (Vive De Gaulle) peintes sur la route nationale et aussi de ce slogan prémonitoire inscrit sur cette même route au niveau de l’actuel parking du Pied‑des‑Côtes : « Quand les Américains entreront dans la danse, les Boches tomberont en décadence ! ».

Ce même témoin raconte la fête de Champagney du 15 août 1944 : « Je n’ai jamais su comment, mais un forain – le père Cholley – avait obtenu l’autorisation d’aller de village en village installer son manège de cricris. Je l’ai vu ce 15 août bien en place à Champagney, au coin du petit mur du café Kibler, comme était la place auparavant. Dieu sait qu’il y avait du monde ! Le haut-parleur du tourne-disque hurlait et le propriétaire n’hésitait pas à passer de temps en temps Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine … C’était la joie dans cette belle nuit d’été. Et bien après le couvre-feu, le pick-up hurlait et le manège tournait. Ces jeunes gens qui s’enroulaient dans les chaînes des sièges, ne pensaient plus à la guerre et à ses menaces.

Soudain, un side‑car s’arrête. Trois feldgendarmes en descendent. Le père Cholley, qui les a vus, arrête le manège mais bien avant que tous les sièges finissent leur course, tous les clients sont descendus et, sur la place, tous les spectateurs ont disparu dans une panique indescriptible. Les Allemands sanctionnèrent le forain d’une belle amende (Témoignage publié dans le Pays de Franche‑Comté en 1994).

 

Un mois auparavant, un groupe de jeunes avait célébré à sa manière la fête nationale en fixant le drapeau tricolore tout en haut de la cheminée de l’ancien tissage Dorget. Ces téméraires d’une vingtaine d’années : Georges Rémi, Gilbert Garnier, André Beurier, Poireau d’Eboulet, Gavoille de Ronchamp et Jules Salas. C’est Marie Louise Lombard, l’institutrice de La Piotnaz, qui fournit à ses anciens élèves le drapeau de son école remisé depuis plus de quatre ans. André Beurier revit cette action d’éclat encore tout heureux, plus de cinquante ans après, du bon tour joué aux Allemands « ... Dans la nuit du 13 au 14 nous arrivons à pied d’œuvre ... Dans la nuit, en silence si possible, il fallait affronter le danger, ne pas craindre le vertige, ne pas se soucier de la suie, des toiles d’araignées, ni des chauves-souris … » Jules Salas arrivé là‑haut, fixa le drapeau avec une pince et du fil de fer. Non contents de l’exploit qu’ils viennent d’accomplir, les jeunes veulent plus encore. Ils décident alors d’aller orner de petits drapeaux tricolores le monument aux morts. « ... Nous eûmes la surprise de découvrir que nous n’étions pas les seuls ? Un autre groupe s’occupait de célébrer aussi à sa manière le 14 juillet au nez et à la barbe de l’occupant nazi. Nous nous connaissions tous et nous formâmes alors une seule bande de joyeux compères décidés à tout pour bien terminer cette nuit mémorable. » (Témoignage publié par le Pays de Franche‑Comté le 8 juin 1984).

Le lendemain par une belle journée ensoleillée, les habitants de Champagney, estomaqués, pouvaient admirer les trois couleurs légèrement inclinées vers le village.

Depuis la Plaine, les gens en marche vers Champagney, voyaient de très loin, le drapeau majestueux, anachronique, insolent, dominant la vallée. Très vite, on l’imagine, les Allemands somment le maire Jules Taiclet de faire disparaître ce drapeau. Après bien du mal ‑ mais on n’était guère pressé, malgré les menaces, de défaire ce qui restait un joli pied de nez fait à l’occupant ‑ on trouva celui qui reprendrait le difficile chemin emprunté par Jules Salas dans la nuit. C’est le maçon Jean-Baptiste Daghostini qui décrochera l’objet du délit.

Le tissage Dorget et sa cheminée

Le tissage Dorget et sa cheminée

 

Plusieurs maquis sont installés autour de Champagney. Le maquis du Chérimont réfugié à La Tête de Cheval domine la vallée, le maquis d’Etobon‑Belfort au Bois de, la Thure (sud d’Etobon) dirigé par le capitaine Aubert, le maquis de Belfort‑Plancher à la Planches des Belles Filles est sous les ordres d’un prêtre, le capitaine Dufay alias Raten et le maquis du Plainet se trouve installé au lieu‑dit le Martenot sur la commune de Plancher‑Bas aux limites des communes de Fresse et de Champagney.

Il y eut peu d’actions durant la période de l’occupation triomphante, mais les jeunes ayant choisi de s’engager savent qu’un jour viendra où il faudra se mobiliser. Champagney est plus largement concerné par l’existence du maquis du Plainet.

Le six juin 1944, le chef de zone Louis Barrey donne l’ordre de créer les maquis Prévus (Ces maquis sont : les maquis de la Montagne de Ternuay et le maquis de Servance (Haut‑Ognon), le maquis du Plainet (Haut‑Rahin). Devant la faiblesse de l’armement les deux tiers des hommes présents regagnent leur foyer. Restent soixante‑cinq hommes commandés par Alfred Schwarzentruber. Les autres responsables locaux sont Auguste Vaxelaire, puis Charles Jeanmougin pour le secteur de Ronchamp; Raymond Leimbacher et Emile Zeller pour Champagney. Ce dernier, trésorier était chargé de l’intendance. Les maquisards vont se ravitailler chez les paysans des environs leur laissant des bons de réquisition qui seront honorés après la guerre. Le secrétaire de mairie Paul Jacquot procurait à ces hommes des cartes d’alimentation et les Champagnerots qui habitaient, le Centre se souviennent encore de « l’attaque » en plein jour de la perception (maison Vitali, rue Brosset) et du « prélèvement » de tabac à la recette Drozier.

Les actions de sabotage et les attaques menées par les hommes du Plainet s’échelonnent du six juin au 16 septembre. Leurs objectifs : la ligne de chemin de fer Paris-Belfort, les installations électriques, l’excavateur des Ballastières, les mouvements aIlemands sur la Nationale 19 et sur le CD 16, soit une quinzaine d’opérations.

En septembre les hommes du Chérimont font plusieurs attaques sur la route nationale et sur celle reliant Lure à Héricourt (Ce maquis rassemble des jeunes de la région de Lure : Vy‑lès‑Lure, Arpenans, Courchaton, La Côte, Les Aynans, Ronchamp, Magny Danigon. Voir sur ce blog « Histoire d’un maquis oublié, le maquis du Chérimont »)

 

Champagney sous l'Occupation - 4

Dès 1943 Edmond Mini Kibler est sollicité par Schwarzentruber et Robert Sonet de Champagney. Sa voiture et son ausweiss de chauffeur du maire en font un homme convoité. Il accepte et cette double casquette lui fera parcourir toutes les routes de la région. Il est présent sur le terrain du Sapin du Haut, non loin du Col des Croix, dans la nuit du premier au deux mai 1944 pour réceptionner le parachutage « Capitole » (quinze containers d’armement). Puis les voyages pour le maquis vont se succéder : transports d’armes, de farine, de victuailles et missions de liaison avec le maquis de Ternuay, non pas avec la P 301, mais à bord d’une Ford très bruyante, « haute sur pattes », un gazogène au charbon de bois.

Notre garagiste raconte : « A Champagney, j’avais chargé dans la Ford du ravitaillement pour notre maquis, du pain, un quartier de bœuf et des armes récupérées et réparées prises au passage chez Robert Sonet, serrurier-ferronnier qui était aussi notre armurier. J’avais camouflé ces armes sous une couverture … Je roulais en direction de Plancher-Bas où je devais laisser mon chargement. A hauteur de la gare de Champagney, un contrôle allemand inopiné me stoppa par un Halte guttural et autoritaire.

Les soldats allemands inventorièrent du regard l’intérieur de mon véhicule et en voyant les denrées me demandèrent où je les conduisais. Je répondis que c’était pour la population de Plancher qui en manquait. A ce moment, je vis sur le côté le chef de poste que je connaissais un peu car il venait de temps en temps au garage. Il se prénommait Hans et, par geste, je le saluais en souriant. Hans a alors parlé à ses hommes tout en me faisant signe de continuer ma route, ce que j’ai fait avec soulagement. » (Témoignage publié dans « Les maquis de la zone, Sud du 4° Groupement des Vosges » - Vesoul 1994).

Cet officier du poste de la gare connaissait les activités de nos Champagnerots. Mimi Kibler dit : «Il nous a couverts.». Ce fait est confirmé par Thérèse Zeller : « L’Allemand Hans savait tout. » encore étonnée de l’attitude de ce dernier.

 

La stèle du maquis du Plainet

La stèle du maquis du Plainet

 

Parmi les hommes de Champagney engagés au Plainet, il faut encore citer Robert Vissler, Marcel Rault, Robert Millotte, Paul Angly, André Beurier qui y fera le pain en août et septembre.

Mais tous ces va‑et‑vient ne se firent pas sans imprudences. Ainsi, un matin très tôt, plusieurs dizaines d’Allemands vinrent arrêter chez lui, au Mont‑de‑Serre, Jacques Durin, alors conseiller municipal. Le même jour fut pris Auguste Vaxelaire. Ces hommes moururent en déportation. Broly de Ronchamp réchappera à l’enfer concentrationnaire. (Résistants FFI du Groupe du Haut‑Rahin morts pour la France : Audran Louis, Chatillon Jean, Durin Jacques*, Fantini André*, Germain Lucien, Gillot Pierre, Hennequin Jacques *, Jeansonie Raoul *, Kielwasser René, Lamboley‑Dépoire Pierre*, Marchand Paul, Morel Robert, Pernot Louis, Plaisance Gaston, Thierry Georges*, Vaxelaire Auguste* - * Morts en déportation).

 

Le onze mai 1944, un bombardement anglais sur Épinal touche la caserne Courcy permettant une évasion massive de prisonniers de l’armée britannique de nationalité indienne. Entre le 14 Mai et le début du mois d’août, plus de 200 de ces Hindous passeront par Etobon où ils seront accueillis, réconfortés, soignés et guidés vers la Suisse. C’est là un fait bien connu. Mais ces hommes reçurent de l’aide bien avant d’arriver à Etobon, Champagney étant l’une de leurs dernières étapes.

C’est le notaire Jeanneret, ayant l’habitude de se promener loin en forêt, qui rencontra le premier des Hindous. Après en avoir parlé à Louis Graizely, une chaîne de solidarité se mit en place afin de les mettre sur le bon chemin, Mimi Kibler récupérait ces hommes perdus, dans la cour de Maurice Mathey, trois à quatre à chaque fois, puis en compagnie de Robert Millotte, les conduisait à bord de sa bruyante voiture jusqu’au village organisateur des passages en Suisse.

Notre chauffeur se rappelle avec amusement de cette terrine de fromage de cochon apportée par Marcel Bourquard et refusée par ces hommes, dans leur majorité musulmans.

Les transports se passaient le soir, « entre chien et loup ». Sur la route du Chérimont, la Ford passait non loin d’une batterie allemande. Miraculeusement, il n’y eut jamais de problème, preuve que nos courageux Champagnerots étaient dotés d’une dose de chance équivalente à leur inconscience.

D’autres habitants prirent en charge certains de ces fuyards au teint foncé. Par exemple, Roger Jolain se souvient de ces évadés arrivant au Champey et conduits ensuite en direction d’Etobon, escale idéale à cause de ses épaisses forêts.

Devant le presbytère d'Eboton quelques-uns des "Hindous d'Epinal"

Devant le presbytère d'Eboton quelques-uns des "Hindous d'Epinal"

D’une manière générale les gendarmes aident la Résistance, par exemple par des rapports incertains et donc inutilisables. Les nazis ne sont pas dupes, aussi le 17 août 1944 estimant ne plus avoir besoin d’eux, ils lancent un vaste coup de filet destiné à arrêter tous les personnels. Ceux‑ci n’attendent pas d’être pris. Sur 150 officiers et sous‑officiers, 59 seulement seront arrêtés, les autres ayant déjà rejoint les maquis (Pour la Haute‑Saône, 12 gendarmes seront déportés et 19 tués).

Maurice Boillat se souvient du jour, début septembre probablement, où les Allemands sont venus pour prendre les gendarmes de Champagney. Cet après‑midi là, il ne reste que deux femmes de gendarme, dont Madame Henry, épouse de l’adjudant. Les autres sont cachées au village, leur mari ont déjà, quant à eux rejoint le maquis d’Etobon (Le gendarme Pierre Verdun, malade, ne suivra pas ses collègues, échappant ainsi au tragique destin de la brigade).

La seconde femme a réussi à se réfugier à l’horlogerie Boillat où, en compagnie d’Edmond Boillat, elle fait mine d’être une cliente. Le quartier est bloqué, les camions garés dans le tournant du monument aux morts. Les soldats, des Cosaques, investissent la gendarmerie et s’emparent de Madame Henry. L’officier entre à l’horlogerie, ses hommes fouillent les armoires à coups de baïonnettes. L’angoisse dure environ une heure. Seule Madame Henry sera emmenée à Lure. Elle sera libérée dans la soirée, sans ses chaussures !

Le destin des gendarmes de Champagney est alors lié au sort des hommes d’Etobon. Le gendarme Léon Raulin fera partie des 39 hommes (essentiellement originaires d’Etobon) fusillés contre le temple de Chenebier le mercredi 27 septembre. Échappant à ce premier massacre, les autres gendarmes, l’adjudant Marcel Henry et ses hommes Pierre Leblanc et Pierre Savant‑Ros seront fusillés le 10 octobre à Banvillars (Territoire de Belfort) avec 24 autres victimes.

Ces massacres suivent de peu l’anéantissement du maquis du Chérimont qui a lieu le 18 septembre à Magny Danigon où 18 de ses membres sont tués au combat et 22 autres fusillés contre le mur du cimetière de ce calme village. 20 autres de ses hommes seront encore exécutés le 26 septembre à Offemont non loin de Belfort.

 

Contre le mur du temple de Chenebier

Contre le mur du temple de Chenebier

Plus d’une centaine de jeunes hommes massacrés en cet automne 1944, un sacrifice édifiant plaçant ainsi notre région au premier rang du martyrologe de la lutte contre le nazisme. Mais à cette date, la Libération est loin d’être acquise et les souffrances de la population, qui n’apprendra tous ces crimes que bien plus tard, n’ont pas encore commencé. (Voir sur ce blog les articles consacrés à la Libération).

 

 


 

Le monument des fusillés à Offemont
Le monument des fusillés à Offemont

Le monument des fusillés à Offemont

Tag(s) : #Histoire locale