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Le pont à l’entrée du village

Histoire de ponts - Champagney

Sur le cadastre de 1833, signé M Robert, géomètre en chef du cadastre (Site des Archives départementales de la Haute-Saône), un pont est dessiné à l’entrée de Champagney formant presque un angle droit avec la route de Ronchamp. Sur ce plan, si on voit bien le moulin à l’endroit qui accueillera plus tard la fonderie Corbin-Pernot, on ne voit pas le bâtiment dit « le moulin » à l’entrée du village (souvent visible sur les cartes postales anciennes).

Ce moulin fut donc construit après 1833 par la famille Lods qui habitait la maison Renée Simonin – vaste habitation du XVIIIème siècle située face à l’actuelle boulangerie Sarda. La tradition orale raconte que les Lods avaient construit un pont, un peu en amont du pont actuel, qui leur permettait d’aller directement de leur moulin à leur maison. Quelle était la nature de ce pont privé - probablement une fragile passerelle – et à quoi ressemblait le pont public ?

L’entrée de Champagney après avoir franchi le pont sur le Rahin. De nombreux bâtiments ont aujourd’hui disparu : à gauche, la grande maison du négociant en vin Maurice Mathey suivie, juste après, du café Cordier (on n’en aperçoit que très peu), au premier plan un baraquement de bois ainsi que de vastes hangars. C’est au niveau de cette baraque qu’aboutissait le pont primitif construit par les ancêtres Lods, meuniers.

L’entrée de Champagney après avoir franchi le pont sur le Rahin. De nombreux bâtiments ont aujourd’hui disparu : à gauche, la grande maison du négociant en vin Maurice Mathey suivie, juste après, du café Cordier (on n’en aperçoit que très peu), au premier plan un baraquement de bois ainsi que de vastes hangars. C’est au niveau de cette baraque qu’aboutissait le pont primitif construit par les ancêtres Lods, meuniers.

Il faut attendre le 17 mai 1863 pour que l’on parle du pont de l’entrée du village dans les délibérations du conseil municipal. On alors souhaite sa reconstruction «  … risques d’accidents à cause du mauvais état du grand pont sur le Rahin détérioré dernièrement par les inondations, demande et appelle l’attention de l’administration pour la reconstruction de ce pont le plus tôt possible … ». On projette également la construction d’un barrage en bois : « … 40 stères de bois en perche à prendre dans la coupe extraordinaire de la Piotnaz  à exploiter en 1864 pour fascinage et barrage à établir contre le pont du Rahin pour l’irrigation de la prairie. »

Il faudra attendre 1868 pour que ce pont soit reconstruit. On peut lire à la date du  20 septembre 1868 : « … rapport des ingénieurs des Ponts et chaussée au sujet de la cession gratuite par la commune de 5 ares 93 de terrain nécessaire à la rectification de la route départementale n°17 bis aux abords du pont en construction … sous réserve … que le pont actuel sera abandonné à la commune pour en disposer comme elle jugera convenable … »

La municipalité est d’accord  «  … sur les conditions et réserves que cette dernière ne sera pas responsable d’aucun accident causé par la dégradation partielle ou totale de l’ancien pont pendant le temps qu’il servira de passage provisoire et que le nouveau ne sera pas complètement livré à la circulation qu’elle ne pourvoira à aucun frais d’entretien et que les parties de route abandonnées aux abords de l’ancien pont deviendront la propriété de la commune … » En outre «  Les matériaux qui lui seront cédés seront employé pour la consolidation du barrage de l’irrigation de la prairie à côté du pont actuel. »

 

Image des années trente

Image des années trente

Les travaux s’achèvent mais il y a un problème. Le 2 mai 1869, une délibération est consacrée  aux piles du nouveau pont : « Le conseil fait remarquer à l’administration l’inconvénient qui résulte dans la construction du nouveau pont de n’avoir pas donné aux piles la même direction que celles du pont actuel, ces ouvrages établis obliquement dirigent les eaux de la rivière contre la propriété de la commune et ont déjà cassé la (rive) de 3 à 4 ares de terrain entre ce qui doit être occupé par la route et la propriété Munck sur la rive droite du Rahin, comme cette dégradation est l’œuvre des Ponts et chaussées, le conseil demande l’établissement d’un ouvrage qui défende le sol communal et en outre une indemnité de 150 francs par are pour ce que les eaux ont déjà envahi … »

La guerre de 1870 laisse ce pont indemne. Il faudra les combats de la Libération pour que ce pont, alors ancien, soit victime de la guerre.

Robert et Paul Cordier photographiés sur le pont de Champagney en 1923 (Il s'agit du père et du grand-père de Paulette Vitali). A noter que la rambarde de métal est exactement la même, à l'époque, que celle du pont du Magny.

Robert et Paul Cordier photographiés sur le pont de Champagney en 1923 (Il s'agit du père et du grand-père de Paulette Vitali). A noter que la rambarde de métal est exactement la même, à l'époque, que celle du pont du Magny.

Les Allemands quittent Champagney le 17 novembre 1944. Le lendemain, vers cinq heures du matin, ils font sauter le pont. L'explosion très violente a projeté des éléments très loin alentour. Une poutrelle est arrivée jusque derrière la boulangerie Mathey. Les photos prise par la fille du boulanger, Yvette, montre l’ampleur des dégâts, le pont est inutilisable. Le 19 novembre, Champagney est libéré par les soldats français de la 1ère DFL. L’après-midi même un bulldozer nivelle le lit de la rivière, un peu en aval du pont, afin de faciliter le passage des véhicules de toutes sortes qui vont suivre les fantassins. Le 20, un pont militaire métallique Bailey est lancé au-dessus des ruines du pont de pierres effondré dans l’eau.

Louis Leclerc, lieutenant du Génie de la 1ère DFL raconte dans ses souvenirs : « … Je suis allé chercher des éléments de pont Bailey à Besançon pour un pont sur le Rahin à Champagney, pont qui a été terminé dans la journée, la prise de la ville à peine achevé… »

En attendant la reconstruction du pont, une passerelle en bois sera construite. Elle sera assez large pour permettre le passage des voitures dans les deux sens et marquera largement les esprits puisque le nouveau pont ne sera inauguré que le 11 novembre 1949 !

Le pont effondré dans le lit du Rahin en novembre 1944 (photo Yvette Mathey)

Le pont effondré dans le lit du Rahin en novembre 1944 (photo Yvette Mathey)

Le bulldozer en action l'après-midi du 19 novembre 1944 (photo Yvette Mathey)

Le bulldozer en action l'après-midi du 19 novembre 1944 (photo Yvette Mathey)

Le pont Bailey monté le 20 novembre 1944 (photo Yvette Mathey)

Le pont Bailey monté le 20 novembre 1944 (photo Yvette Mathey)

La passerelle en bois montée en attendant la reconstruction du pont
La passerelle en bois montée en attendant la reconstruction du pont

La passerelle en bois montée en attendant la reconstruction du pont

Le pont et sa rambarde des années 60-70

Le pont et sa rambarde des années 60-70

Le Pont du Magny

 

Le cadastre de 1833 montre un pont au Magny à l’endroit le plus étroit de la rivière. Peu de maisons alentour et, même si un peu après, on note des chemins qui partent dans plusieurs directions, on ne voit pas tout de suite à droite du pont la route qui conduit au Petit Ban.

Il faut attendre 1851 pour qu’on parle du pont du Magny dans les délibérations du conseil municipal. Le 11 mai, il est dit : « … le grand pont du hameau du Magny traversant le Rahin, se trouve dans un état complet de dégradation, ce qui le rend presque impraticable, il importe à la commune d’y porter remède le plus promptement possible tant pour ne pas mettre de l’entrave à la circulation qui est si nécessaire dans cet endroit principalement pour la culture des terrains au-delà du pont et pour éviter les accidents qui pourraient survenir d’un mauvais état où il se trouve … ». Il est demandé à l’agent-voyer cantonal d’estimer les travaux « pour la reconstruction du tablier du dit tout en bois comme il est actuellement ou en voûtes construites en dalles ».  (L’agent-voyer était alors le fonctionnaire chargé de veiller à l'entretien et à l'aménagement des voies de communication.)

Rien ne se passe puisque la même délibération est retranscrite le 15 février de l’année suivante.

Le 11 février 1853, les plans et devis dressés par l’agent-voyer pour la reconstruction du tablier en charpente du pont du Magny sont déployés « sous les yeux du conseil ».

 

Histoire de ponts - Champagney

Les années de succèdent et les travaux ne commencent pas. Le 6 mars 1854, le maire donne connaissance d’une lettre du sous préfet «  …en date du 15 mars courant relativement à un pont à construire en pierre sur le chemin vicinal du Magny au Ban dont les plans et devis ont été rectifiés. » Le coût de ces travaux se monterait à 4275,43 francs.

Presque deux années s’écoulent encore. Il est écrit à la date du 11 mai 1856 : « … Le tablier en charpente de ce pont est en pleine dégradation depuis plusieurs années et que le passage en devient dangereux et impraticable, que depuis 1853 la dépense pour cette réparation est votée et figure chaque année au budget […] par ces motifs vient supplier M le Préfet de vouloir bien faire mettre à exécution la réparation dont il d’agit … »

Le 17 août de la même année, on parle de la reconstruction du seul tablier du pont en charpente. François Lamboley de Chagey semble être choisi pour effectuer les travaux et la somme 344 francs est votée. Mais rien ne se passe jusqu’au … 10 août 1858. Cette fois, c’est un entrepreneur nommé Lamboley qui est désigné pour un budget de 791,38 francs

Une délibération du 31 août 1862 évoque un autre problème lié au besoin de franchir le Rahin au Magny :

« … avant la construction du chemin de fer, il existait un sentier qui côtoyait la Côte d’Amont et conduisait dans les cantons de prés des Noyes et autres, supprimé par l’établissement de la tranchée du chemin de fer dans lesdis prés, depuis les propriétaires qui veulent y pénétrer sont obligés de traverser à gué la rivière ou de faire un détour de près d’un kilomètre.

Afin d’obvier à cet inconvénient, la compagnie des chemins de fer en compensation du sentier qu’elle a supprimé doit établir un passage quelconque pour que les propriétaires n’aient plus à se détourner ou à traverser la rivière très dangereuse à certaines époques de l’année, époques auxquelles certaines personnes pour ne point se mettre dans l’eau se hasardent de traverser à la hâte la ligne de fer et le pont franchissant la rivière au risque de se faire broyer par un train ou d’encourir une amende pour passage non autorisé sur la ligne … »

C’est pourquoi le conseil demande « … qu’il soit établi une passerelle près du pont de fer ou adaptée à ce pont, ce serait une dépense peu conséquente pour la compagnie qui produirait un immense avantage à un grand nombre de particuliers … ».

Le pont du chemin de fer traverse la rivière beaucoup plus loin que le pont du Magny. Il se trouve à proximité de l’entrée du tunnel de la Chaillée. Cette demande restera sans suite. On se demande dans quel état se trouve le pont que nos élus s’échinent à vouloir faire reconstruire alors depuis plus de dix ans. Mais à ce moment-là, le feuilleton est loin d’être terminé.

Histoire de ponts - Champagney

A la date du 22 décembre 1875, on apprend que la reconstruction du pont du Magny coûtera 15000 francs. Mais que «  …La commune se trouve dans l’impossibilité de faire face à cette dépense à cause de l’augmentation de traitement des instituteurs et institutrice … », elle « … prie M le Préfet de vouloirs bien faire classer le chemin en question (le N° 2 du Magny au Ban) dans le réseau subventionné, demande ensuite à emprunter à la caisse des chemins vicinaux la somme de 10 000 francs qu’elle destinera à ladite construction et qu’elle amortira au moyen d’un crédit annuel qui sera prélevé sur ses premières ressources disponibles. »

Le 23 juillet 1876, le conseil se réunit pour voter l’emprunt de 10 000 francs, malheureusement il n’y avait que 21 membres présents «  et la majorité devant être de 23, il n’a pu être pris de délibération. »

Le 30 juillet 1876, notre pont est toujours à l’ordre de jour : « … nécessité de reconstruire le pont du Magny sur le Rahin, très fréquenté, tombant en ruines et usé, en a demandé la reconstruction ainsi que le classement du chemin qui le traverse dans le réseau subventionné […] impossibilité par la commune de pourvoir à cette dépense … est d’avis d’autoriser l’emprunt projeté à la caisse des chemins vicinaux le plus tôt possible […]  à raison de 4% l’an […] Le conseil émet le vœu que le pont à reconstruire soit fait en pierres plus solides et plus durables que la fonte ou que le bois … »

Le 1er octobre 1876, on apprend que rien n’est réglé : « Le conseil abandonne les projets de reconstruction en bois, en pierre ou dans le placement d’un simple tablier en fonte sur les piles actuelles et adopte celui d’après lequel l’ouvrage pour la reconstruction du nouveau pont du Magny se composera de 2 culées et de ses piles en pierre supportant des poutres en fonte sur lesquelles reposeront des dalles en pierre afin de donner au pont une plus grande obliquité et une faible élévation et en rendant les abords plus faciles sans gêner les habitations.

Et vote la somme de 17544 francs 89 cts nécessaires à ce paiement des dépenses de cette construction à laquelle il sera pourvu par l’emprunt de 10 000 francs sur la caisse des chemins vicinaux et par le produit de la vente de la moitié de la coupe affouagère exercice 1876 … »

Sur le pont du Magny en mai 1927 (photo Mozer) avec une belle vue sur le moulin à l'arrière-plan.

Sur le pont du Magny en mai 1927 (photo Mozer) avec une belle vue sur le moulin à l'arrière-plan.

Le 9 juin 1878, on apprend que les travaux ont enfin commencé : « .. Vu l’importance des travaux de reconstruction du pont du Magny sur le Rahin, croit qu’il est nécessaire d’établir une surveillance permanente, une partie des travaux se faisant en régie, prie M le Préfet de bien vouloir l’autoriser à voter la somme de 3 francs par jour pour un surveillant pris dans les agents du service vicinal. »

L’année suivante, le 12 janvier 1879, on comprend que le pont et terminé : « Les ouvrages exécutés pour le pont du Magny » se montent à 19209,23 francs mais qu’il y a encore un problème : « … une partie du travail a été mal fait et qu’il y a lieu de faire faire les réparations nécessaires par l’adjudicataire avant de le solder … »

28 années se sont écoulées depuis la décision de construire ce pont ! En 1944 - faut-il les en remercier ? - les Allemands ne le feront pas sauter comme celui de l’entrée du village. Il aura cependant besoin d’être restauré ayant largement souffert de la guerre.

A noter que sa construction sera évoquée une dernière fois le 8 août 1880 où 16 francs seront alloués à Théophile Mathey de Champagney «  pour deux voitures de pierres qu’il a été chercher à Clairegoutte en 1879 pour le pont du Magny. »

 

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