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A CHAMPAGNEY - 1900-1950

 

Nous l’avons déjà souligné, autrefois, d’une manière générale, les habitants de Champagney menaient une double activité : celle de mineurs‑paysans ou d’ouvriers-paysans. A côté de son emploi dans l’industrie, on possédait deux ou trois vaches, un cochon, de la volaille, des lapins, voire quelques chèvres, un chariot et la terre nécessaire à ce petit train de culture. Ce village n’a jamais été un pays de cultures, ni d’élevage, la géographie et la richesse de son sol ne le permettant pas.

Attelage de boeufs devant la maison Jacquot à la Bouverie vers 1910 (photo Mozer).

Attelage de boeufs devant la maison Jacquot à la Bouverie vers 1910 (photo Mozer).

Si l’on est alors paysan c’est parce que la terre est un bien et qu’il n’est pas imaginable de la laisser en friches. Voilà un point essentiel de l’histoire de notre environnement naturel : l’agriculture étant, indirectement, responsable de la qualité du paysage. Dans ce contexte la moindre parcelle était cultivée, fauchée. Par exemple, La Plaine ou la colline du Bermont étaient propres, tous les prés exploités. Que ce soit au niveau d’un village ou plus largement d’un pays, la réalité historique d’une campagne modelée par le travail de la terre tend, aujourd’hui, à disparaître. Si, jadis, la présence de friches était impensable, en ce début de XXIème siècle, où les paysans auront bientôt disparus de cette commune rurale, elles se multiplient : broussailles, bouleaux et autres « rapailles » envahissent des terres dont l’exploitation était vitale pour nos ancêtres.

 

La colline du Bermont n'était pas boisée car fauchée et entretenue. Dans les années trente, les Mozer ont fait une voiture de genêts. Dans les année quarante, la famille Boillat en promenade, fait une pause sur le versant du Bermont du côté du Mont-de-Serre et de la rue de la gare.
La colline du Bermont n'était pas boisée car fauchée et entretenue. Dans les années trente, les Mozer ont fait une voiture de genêts. Dans les année quarante, la famille Boillat en promenade, fait une pause sur le versant du Bermont du côté du Mont-de-Serre et de la rue de la gare.

La colline du Bermont n'était pas boisée car fauchée et entretenue. Dans les années trente, les Mozer ont fait une voiture de genêts. Dans les année quarante, la famille Boillat en promenade, fait une pause sur le versant du Bermont du côté du Mont-de-Serre et de la rue de la gare.

 

Ainsi après la journée effectuée à l’usine ou à la mine, il y avait toujours du travail : les travaux agricoles effectués au rythme des saisons. Les pratiques ancestrales et la modestie des exploitations ne favoriseront pas la mécanisation. Ainsi, le foin se charge‑t‑il en vrac sur la voiture depuis toujours et encore bien longtemps de cette façon après 1944. Cette manière de faire explique les vastes greniers des fermes d’origine. Ces petites exploitations ne nécessitaient que peu de main‑d’oeuvre, mais en cas de coups durs, la solidarité paysanne fonctionnait naturellement.

 

Cette habitude au travail associée à des contraintes qui ne sont pas sans rappeler les corvées de l’Ancien Régime, contribuait à une aide efficace au cantonnier (Le 20 décembre 1906, la mairie ne recrute qu’un seul cantonnier, Emile Valquevis, car « … il est préférable d’assurer à un seul cantonnier un traitement convenable qui permette d’exiger de lui un travail continuel. » En effet, les propriétaires étaient chargés de l’entretien des fossés et des ruisseaux, une longueur définie en fonction de leur imposition. C’est le chef cantonnier qui établissait ces « prestations ». Les paysans possesseurs d’un chariot devaient encore aller extraire un à deux mètres cubes de gravier à la rivière, matériaux destiné à l’entretien des chemins et, avant 1914, ils devaient une journée de labeur avec les forestiers, ce qui leur donnait le droit de récolter le bois mort.

Maison Jacquot à la Bouverie, avant 1914 (photo Mozer).

Maison Jacquot à la Bouverie, avant 1914 (photo Mozer).

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De tous les habitants, les mineurs, nombreux à Champagney, avaient un quotidien sensiblement amélioré de par leur métier. En effet, tous bénéficiaient des œuvres sociales des houillères : caisse de secours destinée aux malades, blessés, anciens ouvriers et veuves, magasins d’alimentation, docteurs, sages‑femmes, logement et avantages en nature. Parmi ceux‑ci, il faut citer le chauffage, la « gaillette » (Dans les années trente, les mineurs ont droit tous les trois mois à 1500 kilos de charbon. Les charretiers chargés de cette distribution se rendent très tôt - trois ou quatre heures du matin - sur le site de l’actuelle société « Boisseaux‑Est » où les attendent deux wagons : l’un de schlamm, l’autre de « gris », charbon de petite qualité), du bois scié, l’habitation à loyer modéré (La cité Saint‑Jean date de 1860, celle des Epoisses de 1873, celle d’Eboulet de 1929-1930. La caserne dite des « Fressais » entre Le Pied-des‑Côtes et La Piotnaz remonte à 1873) et même pour certains, du fumier et des rames pour les haricots. Si l’on a droit aux services d’un médecin spécifique, en revanche il faut se rendre sur place (docteur Bouquet de 1919 à 1946, remplacé par le docteur Maulini).

 

 

A la Bouverie, devant la maison Jacquot en août 1935. Assis de l'autre côté de la route, Eugène Mozer et Emile Petitgirard. On voit derrière eux le train qui passe. De nos jours, se trouve là, la maison Mérique juste après le collège.

A la Bouverie, devant la maison Jacquot en août 1935. Assis de l'autre côté de la route, Eugène Mozer et Emile Petitgirard. On voit derrière eux le train qui passe. De nos jours, se trouve là, la maison Mérique juste après le collège.

Quant au restant de la population, il bénéficiait des multiples compétences d’un seul docteur. L’on se souvient du Docteur Hazembourg, mort vers 1908 victime d’un microbe contracté lors d’un accouchement; puis du Docteur Duret. Mais le praticien qui a marqué toute la période de l’Entre‑deux‑guerres est le Docteur Duclerget. Originaire de la HauteMarne, après avoir pratiqué son art dans le secteur de Verdun lors du premier conflit mondial, il exercera à Champagney du début des années vingt jusqu’au début des années soixante. D’abord installé dans la maison Labbaye (poste jusqu’en 1996) puis dans l’immeuble qui abrite de nos jours le bureau de tabac, il intervenait en de nombreux domaines devenus aujourd’hui des spécialités. Outre tout ce qu’on peut imaginer pour un médecin de campagne, il pratiquait les accouchements, arrachait les dents (Un premier dentiste s’installe vers 1930) et faisait des actes de chirurgie. A une époque où les antibiotiques n’existaient pas, la responsabilité du médecin était grande et, face à un cas grave, solliciter l’avis d’un collègue ne prouvait pas une quelconque faiblesse ou ignorance, mais relevait d’une sage précaution.

Pendant la première période le Docteur Duclerget se déplaçait à bicyclette avant d’acquérir, plus tard, une voiture. Dans les années quatre‑vingt, en séjour l’été à Champagney, de longues visites au cimetière étaient ponctuées de nombreux arrêts devant les tombes de Champagnerots, d’anciens patients, qu’il avait connus autrefois. Ainsi, il revivait mentalement sa carrière et ce passé.

En ce qui concerne les sages‑femmes, il faut citer Mesdames Jacquet, Lacour et Madame Cuenin pour les mineurs. En 1921, s’installe Madame Vaillandet. Elle reçoit alors la somme annuelle de 2400 francs de la mairie qui souligne qu’il n’y a que deux sages-femmes à Champagney « Une très âgée ne pouvant rendre des services sérieux (il s’agit de Louise Lacour qui a mis au monde des générations de Champagnerots en près de cinquante ans de carrière), l’autre au service des houillères de Ronchamp trop surchargée pour répondre à un service trop pénible … » (Délibération du conseil municipal du 12 mars 1921).

 

La sage-femme Louise Lacour. Elle était la soeur de notre photographe Eugène Mozer.

La sage-femme Louise Lacour. Elle était la soeur de notre photographe Eugène Mozer.

Les femmes, qui bien sûr participaient aux travaux agricoles, outre la tenue de la maison, et parce qu’on « ne reste jamais sans rien faire » se sont spécialisées dans la broderie et la dentelle au filet. Ce travail réalisé à la maison, à la veillée ou au moindre moment de « liberté » est conçu d’après des modèles. Les petits métiers, aujourd’hui relégués dans les greniers ou redécouverts dans les brocantes, étaient de tous les foyers. Les femmes portaient leurs travaux Sous‑les‑Chênes, chez Madame Tournier (maison Issemann) qui livrait à Luxeuil (ceci entre 1919 et 1940), au Pied‑des‑Côtes chez André le Brodeur (Cette entreprise de crochets mécaniques du Pied‑des‑Côtes, mais aussi de Ronchamp, fonctionne dès le début du siècle. Une centaine d’ouvriers y travaillent vers 1930 produisant de la dentelle au filet, des rideaux puis du macramé) ou chez Valentin (Egalement au Pied‑desCôtes, entreprise Hantzberg avant 1914, puis Valentin-Hantzberg. Elle se spécialisera ensuite dans la production de l’interlock et s’installera à Lure après 1945). Dans les années trente, Croissant de Clairegoutte livrait à domicile modèles, filet et coton, puis repassait récupérer les réalisations. Après la guerre, c’est avec Charles de Ronchamp qu’on travaillera, à la différence que les brodeuses devaient livrer elles‑mêmes leurs productions chez ce grossiste.

Les femmes de la famille Mozer à leur ouvrage - La 2ème photo est légendée dans l'article "Familles et sobriquets"
Les femmes de la famille Mozer à leur ouvrage - La 2ème photo est légendée dans l'article "Familles et sobriquets"

Les femmes de la famille Mozer à leur ouvrage - La 2ème photo est légendée dans l'article "Familles et sobriquets"

En un temps où le travail représentait l’essentiel de l’existence, les rares moments d’arrêt, les seuls samedis et dimanches avant l’apparition des congés payés, étaient vécus avec intensité. A cent lieues de notre civilisation des loisirs, nos parents savaient s’amuser : que ce soit en famille ou au sein d’un groupe élargi. A Champagney, gros bourg où tout le monde se connaissait, la convivialité était la. règle. Le destin de la communauté villageoise avait un caractère familial révolu même si l’on note l’existence de différents groupes plus ou moins rivaux : activités lancées par le curé Gaillard, animations sportives ... (Le huit mai 1927 le curé Gaillard lit en chaire une protestation contre une fête sportive « … dont le programme remplit la journée tout entière et ne laisse pas la place aux exercices religieux … » Bulletin paroissial de juin 1927.)

 

Le moment fort reste le bal du samedi et du dimanche seule distraction depuis bien longtemps, pour ne pas dire toujours. On dirait aujourd’hui qu’il permettait de décompresser et, le lundi, la tête pleine de la musique de la veille ‑ pour ce qui concerne les plus jeunes ‑ on oubliait momentanément le vacarme des métiers à tisser. Jeunes et moins jeunes allaient danser le samedi soir jusqu’à vingt‑trois heures et le dimanche de quatorze heures à une heure du matin.

Les endroits et donc les occasions de danser, ne manquaient pas : le café‑bal Pasquini au Mont‑de‑Serre (l’ancienne Taverne, première maison à droite après la voûte), chez Périgal (sortie de Champagney, direction Ronchamp, à gauche avant la rue Senghor), chez Henri Gerbereux Sous‑les-Chênes un peu avant le tissage, chez Jean Bari Piguet à La Piotnaz, au Noirmouchot chez Stainmesse dit Le Couaille, en face du chemin qui arrive du Bassin ou encore chez Piguet au Ban, sans oublier les classiques cafés comme chez Péroz à la gare, chez Grisey Bozo et au Centre chez Louis Helle.

En général dans tous ces établissements on dansait au son du piano mécanique, du limonaire aux cartons perforés ou du phonographe à l’imposant pavillon. Quelquefois c’était le summum avec la présence d’un accordéoniste.

On voit sur cette carte postale qu'un bal - type bal Cuny - est en cours de montage sur la place du village.
On voit sur cette carte postale qu'un bal - type bal Cuny - est en cours de montage sur la place du village.

On voit sur cette carte postale qu'un bal - type bal Cuny - est en cours de montage sur la place du village.

Carnaval était aussi une folle journée qui s’achevait immanquablement dans l’un ou l’autre de ces endroits.

D’autres moments attendus étaient de belles occasions de faire la fête. En premier lieu le quatorze juillet.

Avant 1914, la fête nationale débutait par une sonnerie de cloches le treize juillet au soir. Le lendemain, dès six heures, une nouvelle sonnerie d’une durée de dix minutes annonçait le commencement des festivités. Si le curé était maître des cloches, le maire en avait l’usage pour célébrer la République (Sans oublier l’annonce des incendies). Sept à huit hommes étaient désignés pour actionner avec vigueur les trois cloches de volée.

A partir de 1911, la retraite aux flambeaux est rehaussée par la présence de la musique qui en est à ses débuts. Le quatorze, dans la matinée on tirait du canon ‑ six à sept petits canons disposés sur la place du village ‑ opération supervisée par le cantonnier Guillaume (Vaste place puisqu’alors n’existe pas l’école des filles. Nous sommes donc avant 1907). Puis des jeux traditionnels étaient organisés : courses à pied, mât de cocagne, jeu du pot de grès, jeu de la poële, course à la bougie. Dans les années trente un feu d’artifice sera tiré depuis l’arrière de la mairie.

 

Le quinze août, la fête de Champagney, la Saint‑Laurent, autre moment important de l’année, avait comme particularité de rassembler les familles. Ses membres dispersés au loin reviennent au village natal pour cette occasion et le repas préparé pour ce jour prend une importance qui dépasse le stade du culinaire. Son contenu est classique : pot au feu, lapin, tartes et gâteaux de fête, mais ce sont des retrouvailles et il s’éternise si bien que, souvent, les enfants impatients, rejoignent la fête bien avant les adultes.

Toute la place était occupée par les forains, leurs jeux, leurs manèges et autres cricri. Avant 1914, il y avait des attractions rappelant les balbutiements du jeune cinématographe, des images fixes grossissantes sur des sujets d’actualité (la bande à Bonnot par exemple). Quelquefois un cirque était monté sur la place de l’église, un bal installé côté mairie et animé par des musiciens des houillères de Ronchamp venus à titre personnel et un cinéma du côté de l’école des filles.

Dans les années trente, les animations sont toujours aussi nombreuses. Un théâtre fermé, le théâtre Minard, est le long de l’école des garçons. Il donne des pièces en matinée et en soirée, des vaudevilles tels que « Le train de 8 h 47 » de Courteline. Le bal est toujours là, une barrière séparant les danseurs des curieux, ainsi que le cinéma « Chez Rémond »  diffusant l’après‑midi comme le soir des films comiques ou, à l’inverse, mélodramatiques. Sur la première guerre, nos témoins se souviennent du patriotisme et des larmes de la fiction : « Les coquelicots des Flandres ».

Les attractions sont, comme on le voit, tellement nombreuses qu’on ne peut, finances obligent, profiter de tout. Il faut donc choisir ...

 

Jules Démésy, André Carlinet (les 2 premiers à gauche) et des amis "sur" la fête de Champagney en 1936. Il sont à l'angle du café Marsot. On reconnaît au fond une aile l'école. Sur Jules Démésy, voir sur ce blog, le livre "Cher Petit".

Jules Démésy, André Carlinet (les 2 premiers à gauche) et des amis "sur" la fête de Champagney en 1936. Il sont à l'angle du café Marsot. On reconnaît au fond une aile l'école. Sur Jules Démésy, voir sur ce blog, le livre "Cher Petit".

La foire sera elle aussi, un moment essentiel de rassemblement et de rencontres. Le dernier jeudi du mois toute la place était occupée par des commerces de toutes sortes. A côté de la partie alimentation, la diversité des articles proposés à la vente permettait de « s’habiller » sur la foire, d’acheter des souliers, des chapeaux et même des corsets. Parallèlement à cette partie traditionnelle se tenait un marché aux petits cochons, chaque famille élevant alors au moins un cochon dans l’année.

Après 1930, ce rendez‑vous tant attendu perdra de son importance à cause de la diversité des commerces locaux et des services plus nombreux rendus par ces derniers.

La famille Démésy-Petitgirard devant la ferme de la Bouverie en 1908 (photo Mozer).

La famille Démésy-Petitgirard devant la ferme de la Bouverie en 1908 (photo Mozer).

Parmi les animations annuelles propres au chef‑lieu de canton, comment oublier le conseil de révision ? Moment incontournable de la vie du jeune garçon, journée teintée d’une note de rite initiatique que la tradition populaire eut tôt fait de transformer en rencontre à caractère festif.

Entre les deux guerres le conseil de révision avait lieu au mois de mars, l’incorporation étant prévue pour septembre ou octobre. La visite avait lieu dans la grande salle de justice de paix au premier étage de la mairie, en présence du préfet, des maires des communes du canton, des gendarmes et de deux médecins‑majors. Entre cent et cent cinquante hommes de vingt‑et‑un ans sont concernés et il faut une matinée pour les examiner tous. A noter qu’on pouvait être ajourné si ces messieurs jugeaient votre constitution physique trop faible, vous contraignant à un nouvel examen l’année suivante.

En sortant de la mairie, les conscrits trouvent sur la place une dizaine de marchands-forains qui leur proposent cocardes et autres rubans tricolores. Puis le tour du village commence au son du clairon et avec force chansons. Les offrandes sont variées : de l’argent bien sûr, mais aussi des volailles, des œufs... Si les filles ne suivent pas, elles seront du banquet qui rassemblera toute cette jeunesse le dimanche suivant.

A noter qu’à Champagney les conscrits des différents quartiers ne se mêlaient pas pour ce qu’il faut bien appeler réjouissances et même agapes puisqu’au Ban, par exemple, les repas et virées duraient entre huit et quinze jours dans l’espace géographique de ce seul quartier (En 1913 la durée du service militaire passe à trois ans, en 1923 elle est de dix‑huit mois).

La classe 1924 rassemblée devant le monument aux morts.

La classe 1924 rassemblée devant le monument aux morts.

En matière d’uniformes, ceux faisant partie de l’environnement immédiat étaient portés par les gendarmes. Très longtemps au nombre de quatre, ils circulaient à pied ou à bicyclette. En 1905 le conseil municipal de, Champagney réclame un maréchal des logis à la tête de la brigade « ... afin de donner plus de prestige au chef de poste … », (alors un brigadier). La deuxième motivation de cette demande étant le caractère essentiellement ouvrier de la population (Délibération du conseil municipal du 26 mars 1905).

Jusqu’en 1914 d’autres uniformes familiers circuleront au pays. Il s’agit des douaniers dont la présence s’explique par la frontière alors toute proche. Leur bureau était situé au premier étage de la quincaillerie (poste actuelle) et, grâce à une indemnité de logement, étaient locataires dans différentes maisons du village. Toujours par deux, ils partaient à pied en tournée, la nuit, un sac en peau carré au dos, en direction de Passavant ou du Bassin. L’un de ces fonctionnaires était en permanence de faction sur la place du village. Les produits soumis à leur surveillance : les traditionnels tabac, alcool et poudre à fusil. Cette présence qui, avec le recul, peut paraître anachronique et désuète, disparaîtra après la guerre lorsque l’Alsace réintégrera le giron national.

 

La gendarmerie au début du XXème siècle. Tout le monde regarde le photographe, même depuis ses volets ...

La gendarmerie au début du XXème siècle. Tout le monde regarde le photographe, même depuis ses volets ...

Si la mairie souligne la forte proportion d’ouvriers à Champagney lorsqu’en 1905 elle évoque le rôle des gendarmes, c’est qu’au cours de cette la période la circulation sur les routes et les chemins est on ne peut plus calme. On redoute plus l’agitation sociale que les heurts entre véhicules. Il suffit d’observer les cartes postales anciennes pour se convaincre de cette réalité. Celles qui sont « animées », le sont par un public ‑ enfants, passants curieux ‑ installé en général au milieu de la chaussée, le regard en direction du photographe. Les vues des années trente montrent de rares automobiles stationnées ici et là.

A l’origine la circulation est faite des va‑et‑vient des chariots de paysans et de charretiers. Parallèlement il y a aussi des carrioles et quelques tilbury chez les plus aisés au nombre desquels se trouvent les marchands de vin qui possèdent encore des voitures hippomobiles de toutes tailles.

Après 1925 apparaissent quelques conduites intérieures, précédées bien avant par de rares torpédos pilotées par des apparitions en manteaux de fourrure, casquettes et lunettes ; êtres venus d’une autre planète.

C’est le commerçant Millotte qui fut l’un des tous premiers détenteur du permis de conduire à Champagney. Cette rareté l’autorise à devenir le chauffeur du directeur des houillères de Ronchamp, Léon Poussigue. Ceci se passe avant 1908 avec une voiture à pétrole. Parmi les signes annonçant l’apparition de l’automobile, il faut relever l’installation en 1929, d’un distributeur fixe et automatique d’essence tenu par Louis Hosatte.

Le permis de conduire d'Adolphe Millotte (archives Robert Millotte).

Le permis de conduire d'Adolphe Millotte (archives Robert Millotte).

Entre 1930 et 1940, les véhicules automobiles présents à Champagney sont encore rares et on peut facilement dresser la liste des propriétaires. Le boulanger Mathey Barcot possède deux camionnettes, le marchand de vin Mathey trois camions, son collègue Labbaye un camion Berliet, Henri Roth une camionnette ainsi qu’une Buick, le Docteur Duclerget et l’électricien Henri Haaz chacun une Citroën 4. Cette énumération n’a bien sûr rien d’exhaustif : on pourrait encore citer les transporteurs Pernot et Jeandidier, ainsi que les instituteurs Faivre, Cachot et même Madame Clerc qui conduisait une traction‑avant.

 

Quelques voitures sur cette image des années trente.

Quelques voitures sur cette image des années trente.

Pour le commun des mortel, le reste des habitants, depuis toujours le seul moyen de locomotion était ses jambes. Autrefois on marchait, on marchait naturellement. En sabots, en galoches, on se rend à pied à l’école, au catéchisme, à l’usine, à la mine. La distance quelle qu’elle soit ne pose aucun problème puisqu’on n’a pas le choix. Les plus fortunés possèdent une bicyclette, engin qui reste un luxe. Aux heures du travail la Plaine, est envahie par les piétons et les cyclistes en route pour les houillères. On se regroupe par affinité pour accomplir ces quelques kilomètres.

Quant aux sabots, quelle catastrophe si par malheur, une belle glissade, en plus de la griserie procurée par l’une des attirantes descentes qu’offre notre village, les fendait en deux ! (Abel Castel, en hiver, fixait des lames sous les sabots des gamins qui, ainsi équipés filaient sur les ruisseaux pris par la glace).

 

Cette nécessité de se déplacer grâce à sa seule force physique faisait que les gens avaient de l’entraînement. Celui‑ci sera d’ailleurs bien utile pendant la période de l’Occupation (voir les articles consacrées à cette période). En attendant, si l’on marche pour se rendre au travail, on marche également, et avec quel entrain pour aller danser, car on ne se contente pas des ginguettes locales. Les cyclistes, quant à eux, font des prodiges. Les grandes ballades à vélo sont une joie pour leurs heureux possesseurs, alors que de nos jours il s’agit de sport avec des machines autrement sophistiquées ! Avant 1939, les jeunes gens partaient à bicyclette jusqu’au Ballon d’Alsace, retour par le Thillot. Il était courant d’aller jusqu’à Saint‑Antoine ou de grimper la Chevestraye et de rentrer par Fresse et la vallée de l’Ognon. Les routes n’étaient évidemment pas macadamisées ! Toute une époque …

Tout le monde se trouve au milieu de la route. Avant 1914, il n'y a aucun danger.
Tout le monde se trouve au milieu de la route. Avant 1914, il n'y a aucun danger.

Tout le monde se trouve au milieu de la route. Avant 1914, il n'y a aucun danger.

Un "beau mariage" à Champagney, celui de Marie Augustine Mathey - fille du marchand de vin Théodore Mathey - et de Louis Pierre Joachim, employé au chemin de fer, mariage célébré le 9 mai 1903. A remarquer le suisse qui veille au bon ordonnancement de la sortie (archives Huguette Angly).

Un "beau mariage" à Champagney, celui de Marie Augustine Mathey - fille du marchand de vin Théodore Mathey - et de Louis Pierre Joachim, employé au chemin de fer, mariage célébré le 9 mai 1903. A remarquer le suisse qui veille au bon ordonnancement de la sortie (archives Huguette Angly).

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