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Vu dans les cahiers de René Beluche, élève en 1917 de Madame Frechin, en 1918 de Monsieur Emile Beluche

La guerre à l'école - Champagney - 1914-1918

La guerre pourrit tout, les corps et les esprits. Elle ne s’exprime pas seulement par les combats meurtriers qui font disparaître les hommes les plus jeunes et les plus robustes d’un pays.

La guerre, c’est aussi la manipulation des opinions par une propagande toujours plus sophistiquée. Lorsqu’un pays est en guerre, toutes les composantes de sa population, quel que soit le régime politique, subissent cette manipulation. On parlait autrefois de « bourrage de crâne ».

Ainsi, à l’école même, la guerre était bien présente. Pour preuve ces sujets de « rédactions » trouvés dans les cahiers du jour d’un écolier de Champagney entre 1917 et 1918, René Beluche, élève du cours supérieur.

La guerre à l'école - Champagney - 1914-1918

« Un de vos jeunes amis – enfant de douze ans – vous écrit et s’est plaint de ne pouvoir rien faire d’utile pour la guerre. Félicitez-le de ses bons sentiments, mais montrez-lui qu’il se trompe, que bien des choses utiles sont à sa portée et que d’ailleurs bien faire son devoir, là où il est, est l’essentiel. » (3 juillet 1917)

 

« Recherchez quels évènements journaliers, quels spectacles fréquents, quelles sources de nouvelles et quels sujets de conversation ramènent sans cesse votre pensée au front. » (16 novembre 1917)

la fin de ce devoir : "de la journée ce que je vois et entends me ramène la pensée au front."
la fin de ce devoir : "de la journée ce que je vois et entends me ramène la pensée au front."

la fin de ce devoir : "de la journée ce que je vois et entends me ramène la pensée au front."

« Racontez le retour des soldats dans votre village » (1er décembre 1917)

« La France va faire un nouvel emprunt pour assurer définitivement le triomphe du droit et de la liberté. Dites ce que vous ferez autour de vous pour en assurer le succès. » (4 décembre 1917)

« La guerre a inspiré un grand nombre d’affiches illustrées. En est-il une qui vous ait particulièrement intéressé ? Pourquoi ? Réflexion et sentiment qu’elle a fait naître en vous ? » (1er février 1918)

« Vous avez vu beaucoup de blessés de la guerre. Quelle impression gênée avez-vous éprouvée ? Quelle catégorie vous a particulièrement émue ? Et qu’espérez-vous pour vous ? Surtout pour ces derniers ? » (8 février 1918)

« Dites comment, à votre avis, un soldat doit se conduire au régiment. » (27 avril 1918)

« Par une belle soirée de printemps, vous êtes frappé de la douceur de la température, de la pureté du ciel, de l’éclat de la lumière. Vous vous arrêtez à contempler le spectacle qui vous ravit. Impressions que vous en recevez. Soudain, vous songez qu’à cette heure, peut-être, des gothas font pleuvoir des bombes sur Paris. Réflexions. » (11 juin 1918)

« Encore un emprunt ! vous écrit un de vos amis. Eh bien ! Ils n’auront pas mon argent ! Vous lui écrivez pour lui faire part des réflexions que vous ont inspirées ses paroles. » (5 novembre 1918)

 

Même lorsque le sujet ne renvoie pas directement à la guerre, l’élève y retourne parfois de lui-même. Ainsi, René – notre élève - dans son devoir du 30 octobre 1918 où il raconte ce qu’il a fait du contenu de sa tirelire brisée, écrit : « J’étais fort indécis sur le choix de mon achat quand tout à coup, trois petits coups résonnèrent contre la porte. Maman alla ouvrir et deux jeunes filles entrèrent “ Nous faisons une quête au profit des réfugiés serbes !” dirent-elles. Alors je leur remis mes trente francs, content d’avoir fait une bonne action. »

La guerre à l'école - Champagney - 1914-1918

Les textes des dictées font, eux aussi, référence au conflit.

Le 16 novembre 1917, le titre en est « Infirmières et train de blessés, août 14 », le 18 novembre 1917, le texte « L’avion » raconte un combat aérien et on y trouve des phrases telles que « On a la sensation charmante que l’avion français ne risque rien. ». Ce style typique du moment se retrouve dans la dictée du 4 décembre 1917 intitulée « Les morts anonymes » puisqu’on peut y lire, parlant des soldats tués au front : « Sur eux, l’herbe verte, les fleurs, la neige et les feuilles mortes seront toujours renouvelés. ».

La dictée du 4 décembre 1917 : "Les morts anonymes"
La dictée du 4 décembre 1917 : "Les morts anonymes"

La dictée du 4 décembre 1917 : "Les morts anonymes"

Le patriotisme s’exprime encore dans les dictées de 1918 avec les textes « A la France » de Paul Deschanel le 1er février 1918, « L’Alsace et la France » le 27 avril et « Le crime allemand » le 5 novembre.

 

A l’époque, rien de tout cela ne pouvait surprendre. Au contraire, ces sujets et ces textes étaient probablement bien reçus de tous car il est impossible de les extraire d’un contexte précis : une guerre effroyable, longue et tellement meurtrière.

 

La Classe de monsieur Beluche  De Gauche à droite Rang du haut : le 2ème : Olivier, le 7ème : Maurice Collilieux (père de Jacky), le 10ème : René Vaxelaire (frère d’Odette Desingle) -  Au centre le maître Emile Beluche (encadré de deux élèves plus grands que lui). Le 2ème à sa gauche est un Burcey -  Assis :  le 4ème : Jean Lemercier, le 6ème : Emile Rué -  Où est René Lamboley ?

La Classe de monsieur Beluche De Gauche à droite Rang du haut : le 2ème : Olivier, le 7ème : Maurice Collilieux (père de Jacky), le 10ème : René Vaxelaire (frère d’Odette Desingle) - Au centre le maître Emile Beluche (encadré de deux élèves plus grands que lui). Le 2ème à sa gauche est un Burcey - Assis : le 4ème : Jean Lemercier, le 6ème : Emile Rué - Où est René Lamboley ?

Je tiens à la disposition des amateurs tous les textes cités plus (d'autant que l'écriture de cet élève est excellente !).

Tag(s) : #Guerre de 1914-1918