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Eau et adduction d'eau - 1900-1950

Le Rahin- le Moulin : Vers 1905, très belle image montant des femmes faisant la lessive dans un Rahin au faible débit.

Le Rahin- le Moulin : Vers 1905, très belle image montant des femmes faisant la lessive dans un Rahin au faible débit.

Après l’histoire de l’apparition de l’électricité à Champagney et l’arrivée du téléphone, voyons ce qu’il en fut d’un élément autrement vital : l’eau et de sa maîtrise, du creusement du  puits jusqu’à l’arrivée du précieux liquide sous pression – confort suprême – au robinet, sur l’évier.

PROGRÈS TECHNIQUES ET MODERNISATION DU VILLAGE - Champagney - 3

Au fil des délibérations du conseil municipal, on s’aperçoit que l’eau fut un souci constant pour les élus : des caprices- voire des dangers - du Rahin au curage des ruisseaux, en passant par l’irrigation des prairies. A ce propos, on peut associer les fréquents incendies de maisons, ainsi que l’installation et l’entretien des pompes à incendies. La maîtrise de l’eau – puits, fontaines et lavoir – est donc un sujet récurrent.

Quelques exemples : à la date du 3 mai 1840, on apprend que « … Le puits situé sur le champ de foire est dégradé entièrement, qu’il y a peu d’eau et qu’elle est malsaine par rapport aux remblais de toute nature qui y sont jetés… ». Le 6 mai 1849, cent francs sont votés pour remettre en état la fontaine d’Eboulet que « … depuis plus de quinze ans que cette construction […] mal établie a arrêté la source, qui depuis, ne produit qu’une petite quantité d’eau très insuffisante pour la consommation nécessaire à ce hameau… ». Cette même fontaine sera encore réparée en juin 1871.

Le 8 février 1863, on apprend que M Colard, architecte à Lure, a dressé les plans et devis à hauteur de 2000 F pour trois fontaines à construire au Ban Ce coût sera réduit grâce à l’engagement d’habitants du lieu «…de prêter leur concours pour l’exécution des travaux, soit au moyen de transport des matériaux ou en fournissant leur main d’œuvre… ». Ces fontaines seraient installées, l’une au Millery, une autre près de chez Jean-Baptiste Tournier, la troisième au Grand Crochet. Le 18 mars 1866, on débloque 100 F « pour la construction d’une petite fontaine au Petit Ban dont les habitants sont entièrement privés d’eau […] et ne peuvent en puiser que dans les mares environnantes, très mauvaises, qui peuvent nuire à leur santé et rendre leurs animaux malades… »

Lessive dans le creux Gouget. A gauche, les femmes lavent le linge dans la rivière derrière la maison Jacquot à la Bouverie. Nous sommes dans les années trente.

Lessive dans le creux Gouget. A gauche, les femmes lavent le linge dans la rivière derrière la maison Jacquot à la Bouverie. Nous sommes dans les années trente.

Autrefois le creusement d'un puits allait de pair avec la construction d'une maison. Même chose en ce qui concerne les bâtiments publics : le creusement d'un puits et l'installation d'une pompe étaient synonymes d’achèvement de toute construction d’école.

Aujourd’hui, on voit un grand nombre de ces puits dont les margelles simplement composées de quatre grosses plaques de grès, sont parfois prolongées d’une auge. Il n’est pas rare d’apercevoir au fond, le miroir mouvant de l’eau toute proche.

Autre preuve de la « valeur » portée à l’eau, les nombreuses demandes d’autorisation de « prises d’eau » qui reviennent régulièrement dans les délibérations municipales entre 1840 et 1880. Il s’agit le plus souvent de gens habitant en forêt, car vivre en pleine nature n’était pas, en ce temps-là, une raison pour se servir librement dans les ruisseaux. Un seul exemple : le 16 décembre 1877, André Jules Laurent « …ouvrier mineur demeurant sur le bord du chemin d’Etobon qui sépare sa maison de la forêt du Grand Crochet, sollicite l’autorisation d’aller puiser de l’eau dans ladite forêt. »

 

Le lavoir est l'autre élément important en ce domaine. Il y en a dans tous les quartiers et l'effort se poursuit au début XXème siècle. En 1902 deux nouveaux lavoirs sont construits, un au Centre, l'autre au Magny.En 1904, une pompe est installée près du café Rapp au centre du village et en 1908 sont construits un lavoir au Pied des Côtes et un autre à la Piotnaz. Une pompe communale est encore placée près de chez Paul Mathey au Chérimont en 1924.

En septembre 1930 il est prévu de modifier le lavoir Sainte Barbe aux Epoisses en un lavoir simple de six mètres de long, d'en construire un autre inclus à la digue sur la rivière alors érigée par les chômeurs. En réalité, ce lavoir ne sera pas construit, la digue des chômeurs étant rapidement emportée par une crue du Rahin. A la même époque – septembre 1930 – on projette un puits avec une auge et un abri au Petit Ban. Ce dossier important traîne plusieurs années bloqué par l'administration, le génie rural, et le coût. En 1933, la mairie fait l'acquisition de terrains au Mont de Serre et Sous les Viaux pour d'autres lavoirs à édifier et, pour ce faire, contracte un emprunt de 45 000 francs. C'est un entrepreneur de Montreux qui emporte le marché et l'on souhaite par cette vague de constructions ‑ à laquelle il faut encore ajouter les lavoirs de Sainte‑Pauline et de l'usine Corbin ‑ donner de l'ouvrage aux nombreux chômeurs du moment. En novembre 1929 est établi un projet d'adduction d'eau, la commune « …ayant besoin de, canalisation d'eau, de fontaines publiques et d'abreuvoirs destinés à distribuer […] la quantité d’eau indispensables aux besoins généraux de l’alimentation et agricoles. » (Délibérations du conseil municipal).

On prend ce jour là une décision de principe et le maire fera procéder à une analyse de l'eau et à une étude géologique. Commence aussi, avec ce projet, un feuilleton qui va durer trente‑cinq ans avant que chacun ait l'eau à la maison.

Le canal – chemin de l’usine : L’eau était dans tous les quartier grâce aux nombreux ruisseaux et, ici, au canal de la fonderie Corbin « rue de la Fonderie ».

Le canal – chemin de l’usine : L’eau était dans tous les quartier grâce aux nombreux ruisseaux et, ici, au canal de la fonderie Corbin « rue de la Fonderie ».

En 1930 est réalisé un rapport géologique sur les sources du Chérimont. A la même époque, la Société des Houillères de Ronchamp demande l'autorisation de capter la source dite « La Belle Fontaine » afin d'alimenter en eau les logements ouvriers (30 maisons de deux logements chacune) qu'elle a l'intention de faire construire à Eboulet (printemps 1930). La commune donne son accord à condition que les voisins de la conduite puissent se brancher ultérieurement et que la commune ait la possibilité de racheter l'installation au prix coûtant afin de l'inclure dans son futur réseau d'eau communal.

En mars 1930 un marché est établi dans ce sens. La source de « La Belle Fontaine » est cédée à la Société des Houillères de Ronchamp. L'eau de cette source est abondante et de bonne qualité, la source à fleur de coteau jaillit du grès. La société demanderesse aura droit à un débit minimum de 30 m³ par jour. Les travaux commencent en mai. Une conduite de 1480 mètres de long est nécessaire avec des tuyaux en fonte de sept centimètres de diamètre, de plus un réservoir de 100 m³ est construit.

Le débit de la source étant de 95 m³ en moyenne par jour, il permettra l'alimentation de tout le quartier d'Eboulet. La commune est enchantée puisque tous les travaux sont à la charge de la société des houillères et que, à priori, toute la population est appelée à en profiter. La durée de la concession est fixée à onze ans.

 

Le captage à Eboulet

Le captage à Eboulet

En novembre 1931, une délégation d'habitants dEboulet fait un exposé au conseil municipal sur leur désir de profiter de la captation de la société des mines de Ronchamp. Mais la période est aux restrictions budgétaires et la municipalité leur répond en remettant sur le feu un avant projet d'adduction d'eau.

En mai 1932, l’ingénieur Bedon livre ses conclusions sur le sujet : « Les différentes sources dégagées et mesurées sont d’un débit insuffisant pour les besoins à satisfaire et leur captation et amenée entraîneraient de grosses difficultés et des dépenses très importantes. » (délibérations du conseil municipal). C'est la douche froide, le conseil municipal abandonne le système d'alimentation par les sources.

A la fin de cette même année, la municipalité considère que.le projet d'adduction d'eau est un élément sérieux de lutte contre le chômage, qu'il faut établir un projet définitif et choisir une fois pour toute « l’hormne de l’art » qui en sera chargé : Monsieur Fournier ou Monsieur Bedon. Quinze conseillers sur dix‑huit sont pour le projet et c'est le second architecte qui est choisi.

Plusieurs années s'écoulent. En février 1938 réapparaît le projet Bedon chiffré alors à 3 300 000 francs, soit 1085 francs par habitant. Le conseil municipal considère que le remboursement de l'emprunt inévitable ferait plus que doubler les impôts locaux et décide de demander l'avis des habitants avant de prendre une décision. En réalité aucun référendum ne sera organisé puisqu'en ocobre le projet d'adduction d'eau est abandonné

 

Le 26 août 1944 a lieu le renouvellement de la concession de la source d'Eboulet aux Houillères de Ronchamp pour une redevance annuelle de mille francs. Le projet d'adduction d'eau ne refait surface quant à lui qu'en février 1951. Il est alors question, pour la première fois d'un syndicat intercommunal. En avril de cette année là, les habitants d'Eboulet ont enfin la possibilité de se brancher eux mêmes sur la fameuse conduite des Houillères de Ronchamp. Il seront remboursés de leurs frais de raccordement, est‑il écrit, lors de la réalisation du projet général d'adduction.

 

En 1952 le projet d'alimentation en eau potable de la commune est inscrit au plan quinquennal de travaux d'équipement national (tout comme celui d'agrandissement du réseau électrique). Cette ronflante décision permet de faire patienter d'autant plus qu'il est question de s'associer avec Plancher les Mines, Plancher‑Bas, Ronchamp, La Côte et Lure. Le 24 août de cette année, les maires de Champagney et des deux Plancher étudient le problème de l'alimentation en eau potable à partir des eaux du Rahin. Ils créent enfin un syndicat auquel se joint Ronchamp, et adoptent le nom de « Syndicat intercommunal de la vallée du Rahin ».

Il faudra encore plus de dix années d'efforts et de patience, puisque c'est en 1964 que les Champagnerots auront l'eau sous pression à leur domicile.

Peut-on imaginer – gâtés que nous sommes – que l’image de Cosette, si petite pour un seau si lourd, n’est pas qu’une page de littérature ? Que la corvée d’eau reste le lot de millions de nos frères humains, surtout des femmes et des enfants ? En outre, ce geste anodin et si facile qu’est l’ouverture du robinet, est la cause d’un tel gaspillage ! Nous savons tout cela …

PROGRÈS TECHNIQUES ET MODERNISATION DU VILLAGE - Champagney - 3
Tag(s) : #Histoire locale