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Voici un nouveau devoir de l'élève René Lamboley de l'école de Champagney. Ce travail date du 1er décembre 1917. Pour découvrir toute la série utiliser, en bas de la page, le lien "La guerre à l'école".

Tous ces cahiers me furent donnés par Maurice Ducotey dans les années quatre-vingt. Maurice Ducotey est à l'origine de la rénovation du carillon de l'église de Champagney. Ne l'oublions pas ... l'homme et l'oeuvre.

La guerre à l'école - 1917 - 6

Sujet : "Racontez  le retour des soldats dans votre village".

La guerre à l'école - 1917 - 6

« Dimanche la maison était en grand émoi. Il y avait de quoi. En effet mon oncle Jules venait de nous envoyer une lettre qui nous annonçait son retour pour jeudi.

Quelle joie de revoir ce brave soldat qui s’était battu à Verdun, dans la Somme et qui revient des Flandres. Depuis dimanche nous nous sommes préparés pour son retour. Tout le monde s’ingéniait à lui faire plaisir.

Pour moi je me suis bien promis, et je me promets encore, de l’accompagner lorsqu’il ira chasser le lièvre ou les perdrix.

Maintenant nous attendons à la gare l’arrivée du train des permissionnaires. La crainte d’être en retard nous a fait partir trop et les minutes nous paraissent des heures. Qu’il est long à venir ce train ! Nous parcourons la salle d’attente en tous sens pour tuer le temps. Enfin un sifflement se fait entendre. Nous nous précipitons dehors. Un roulement de tonnerre se rapproche rapidement. La fumée nous aveugle. Nous passons rapidement devant les wagons. Un poilu, chaussé de gros souliers, vêtu d’habits crottés de boue, coiffé d’un casque bosselé et ayant la figure cachée par une barbe noire et négligée, nous fixe et cherche le moyen d’ouvrir la portière.

Enfin le voilà) devant nous. Il nous embrasse  tous l’un après l’autre, sa petite Jeanne qui voulait lui dire de belles phrases a tout oublié et lorsque son papa l’enleva comme une plume, elle ne put lui dire un mot.

Toute la famille est de retour. Partout on arrête mon oncle, ses amis voudraient le faire entrer chez eux et l’invitent à dîner ; mais lui refuse et promet d’aller un autre jour. Le retour me paraît beaucoup moins long que l’aller malgré que nous mettons plus de temps. C’est qu’en allant, l’émotion nous serrait le cœur, tandis qu’en revenant nous nous efforçons de faire dire à notre hôte comment il a gagné sa croix de guerre et pourquoi il ne nous en avait pas parlé dans ses lettres : « C’est si simple » dit-il.

Nous voilà arrivés. Après avoir changé de vêtements, il se lave et se coupe la barbe, après quoi nous faisons honneur au dîner.

À force de le prier nous lui faisons dire quelques petites anecdotes. Mais il aime mieux nous entendre parler du pays, de ses amis et de ses bœufs que de nous dire ce qui se passe au front. »

La guerre à l'école - 1917 - 6

Notre élève est toujours aussi bon en "rédaction". Sur ce thème précis, quel a été le discours du maître ? Quelle est la partie imaginée par l'enfant ? A t-il réellement assisté au retour en permission de l'oncle Jules ou a- t-il brobé autour de l'existence de personnages réels ?

Le soldat qui arrive semble tout droit sorti de sa tranchée, aura-t-il vraiment envie d'aller à la chasse ? La référence à "quelques petites anecdotes" semble déplacée mais l'idée que le soldat préfère se taire et entendre parler du village est plutôt réaliste.

"La gare de l'Est sous la neige" par Maximilien Luce

"La gare de l'Est sous la neige" par Maximilien Luce

Tag(s) : #Guerre de 1914-1918