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Cette rédaction de notre élève, René Lamboley, de l'école de Champagney.

Ce devoir daté du 11 juin 1918 a obtenu la note 10/10.

La guerre à l'école - 1918 - 4

L’ombre de la nuit a déjà enveloppé la campagne de son manteau mystérieux et les objets y disparaissent à demi.

Pas un souffle n’agite l’air ! Qu’il fait bon, après une chaude journée fortement ensoleillée goûter la tiédeur du crépuscule ! Et dans le chant du rossignol qui lutte avec le coucou pour l’éclat de la voix, je crois que je m’endormirais au pied du gros hêtre où je suis assis. Ces deux chanteurs se lancent dans des modulations de chant les plus hardies et leurs douces mélopées viennent agréablement frapper mon oreille.

 

Le soleil a déjà disparu à l’horizon, mais derrière le bleu sombre de l’infini quelques points d’argent scintillent en faisant ressortir la beauté et la pureté de l’atmosphère où quelques chouettes, quelques hiboux, quelques chauves-souris s’ébattent en dansant follement comme aveuglés, grisés par le calme, la splendeur de cette fin de journée ! Le disque enflammé du soleil rougit encore le couchant et répand dans le ciel un rouge de sang tandis que ses derniers rayons viennent dorer la cime des grands sapins et les quelques cirrus qui floconnent au firmament.

Qu’il est beau le paysage qui s’étend devant mes yeux ! D’ici je découvre tout le village. Combien de maisonnettes sont entassées là ! Je ne saurais le dire, mais elles sont ramassées autour du clocher que surmonte le coq immobile comme endormi. De quelques cheminées s’échappe une fumée bleuâtre, qui, montant en spirales disparaît à mesure qu’elle s’élève. Une coiffe blanche se déplace devant une maison, c’est une femme préparant le souper des cultivateurs qui reviennent des champs, l’appétit largement ouvert. Sur la colline, l’influence du printemps se fait sentir, l’herbe reverdit, les blés poussent, contents de s’être évadés de la triste prison de l’hiver.

Devant toute cette grâce de la nature je me sens envahi par une impression de tranquillité, de contentement de vivre ainsi au milieu de tant de splendeur et de grâce.

 

Mais voilà qu’un coup de canon se fait entendre depuis le front d’Alsace. C’est lui qui trouble mon calme d’esprit : « Faut-il que je sois égoïste  pensais-je, je ne songe qu’à jouir de la beauté du panorama, tandis que les Parisiens, au lieu d’entendre le chant du rossignol ou du coucou, entendent celui des bombes lancées par ces monstrueux gothas. Des milliers de petits enfants sont sans doute à se morfondre dans les caves à pleurer la mort d’un parent assassinés par les Barbares. D’autres se trouvent sans abri pour la nuit car leur foyer est en ruines détruit par les oiseaux de mort.

Ah ! Quand viendra donc la fin de la guerre et l’écrasement de l’Allemagne !!! … »

 

 

La guerre à l'école - 1918 - 4
La guerre à l'école - 1918 - 4
Bombardement de Paris du 29 mars 1918 : l'église Saint Gervais

Bombardement de Paris du 29 mars 1918 : l'église Saint Gervais

Tag(s) : #Guerre de 1914-1918