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Voici un nouveau devoir de l'élève René Lamboley de l'école de Champagney. Ce travail date du 8 février 1918. Pour découvrir toute la série utiliser, en bas de la page, le lien "La guerre à l'école".

Tous ces cahiers me furent donnés par Maurice Ducotey dans les années quatre-vingt. Maurice Ducotey est à l'origine de la rénovation du carillon de l'église de Champagney. Ne l'oublions pas ... l'homme et l'oeuvre.

La guerre à l'école - 1918 - 7

Vous avez vu beaucoup de blessés de la guerre. Quelle impression générale avez-vous éprouvée ? Quelle catégorie vous a particulièrement émue ? Et qu’espérez-vous pour tous et surtout pour ces derniers ?

La guerre à l'école - 1918 - 7

Depuis le début de la guerre, j’ai vu beaucoup de blessés et de mutilés. Chaque fois que je voyais ces pauvres hommes mon cœur s’emplissait d’une tristesse et d’une émotion profonde. J’avais de la pitié pour eux mais je me gardais bien de leur faire voir cette pitié de peur de les chagriner davantage.

Je m’efforçais de leur rendre service chaque fois que je le pouvais. Je les aidais à gravir l’escalier des magasins, je faisais leurs commissions, je les aidais à porter leurs paquets, etc …

Mais ce qui m’a particulièrement ému, ce sont les aveugles. Un dimanche, je me promenais sur la route. Dans un tournant de rue, je me trouvai devant un aveugle. Sa petite fille de quatre à six ans le tenait par la main pour le guider.

Comme cette vue m’a remué le cœur, des larmes me perlaient aux paupières, cela me fendait l’âme. Je le voyais marcher à petits pas avec beaucoup de précautions. Parfois,  lorsqu’il entendait du bruit, il serrait nerveusement la main de sa petite fille, de peur de la lâcher. Par moment, il tournait la tête comme pour voir encore mais hélas, c’était inutile.

Les gens qui assistaient à ce spectacle se disaient entre eux : « Quel malheur d’être aveugle, je préfèrerais la mort. » Quant à moi je me disais : « Les aveugles sont sûrement les plus cruellement atteints de tous les blessés. Quelques-uns ont un œil en moins, cela n’est pas grand-chose à côté des aveugles, et d’autres ont un membre en moins, mais ils ont toujours les yeux pour voir ; ils se rendent compte de ce qui se fait autour d’eux ; quand ils s’ennuient ils peuvent lire. Ils jouissent de choses que les aveugles ne connaissent plus, ces derniers ne savent plus ce que c’est que la lumière, pour eux c’est la nuit, toujours la nuit. »

Pour tous les mutilés, j’espère que non seulement la patrie leur viendra en aide, et au besoin leur fournira un emploi. Des autres Français ils recevront un secours moral.

Pour les aveugles, la patrie a installé des écoles où ils sont instruits. Mais c’est surtout pour eux que nous  devront être prévenants et généreux

La guerre à l'école - 1918 - 7

Ce jour-là, il y eut comme travail :

Le matin : instruction civique : la Constitution Républicaine

Géométrie : Cercle

Dessin

Calcul : un travail sur les nombres premiers et deux problèmes

Soir :

Géographie : Chemins de fer

Sciences : Le son

Dictée : La première neige (Théophile Gautier)

Questions

Et enfin cette rédaction

 

Défilé des mutilés le 14 juillet 1919 de Jean Galtier-Boissière - musée d'histoire contemporaine de Paris

Défilé des mutilés le 14 juillet 1919 de Jean Galtier-Boissière - musée d'histoire contemporaine de Paris

Tag(s) : #Guerre de 1914-1918