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Champagney - Haute-Saône

Le grand maître d'école par Jean-Jacques de Boissieu, 1780

Le grand maître d'école par Jean-Jacques de Boissieu, 1780

Sous l’Ancien Régime, il y avait généralement une école par paroisse, fréquentée en théorie par tous les enfants. L’absentéisme, voire le mépris pour le maître d’école, étaient cependant chose courante.

À cette époque, ce qui motivait l’enseignement, était l’étude du catéchisme. En toute logique, il était nécessaire de pouvoir utiliser le principal livre traitant du sujet : la Bible. Pouvoir lire les textes religieux impliquait donc l’enseignement de la lecture.

Les écoles n’étaient pas toujours mixtes, d’où la présence parfois de maîtresses d’école. Néanmoins, le maître ne devait pas recevoir de fillettes âgées de plus de neuf ans.

Quelques maîtres d’école, ou « recteurs » ont exercé à Champagney. En 1750, Jean Claude Poly occupe cette fonction, depuis longtemps déjà puisqu’il a conclu un marché avec la communauté de Champagney dès 1731. Il semble rester en place longtemps encore, car un autre contrat n’apparaîtra qu’en 1781, conclu cette fois avec Pierre Laurent Potey.

En 1787, il est fait mention, dans les registres paroissiaux, de deux maîtres d’école-laboureurs nommés Laurent et Jac­quet. Leurs fonctions étaient sans doute limitées, peut-­être s’agissait‑il d’aides ? Car, en effet Potey est tou­jours instituteur en 1793, date à laquelle un nommé Joseph Gouhenans entre en fonction.

Pour une communauté, ce n’était pas une petite affaire que de trouver un maître d’école. Généralement, ce choix se faisait par l’assemblée générale des chefs de familles convoqués à cet effet par l’échevin au son de la cloche. Cette réunion souvent annoncée par le curé, était souvent projetée huit jours à l’avance au sortir de la messe. Elle se tenait­ sur la place publique, quelquefois sur le cimetière lorsqu’il avoisinait l’église. En cas d’intempéries, on trouvait refuge dans une maison voisine, parfois au presbytère. Auparavant, tout un processus avait été mis en route pour trouver ce recteur d’école : affiches posées dans diverses localités, recherches de la part des habitants…

Les candidats se mettaient en rapport avec les administrateurs de la commu­nauté et devaient bien sûr être présents à l’assemblée où seraient débattues les conditions à observer de part et d’autres, ­fixé le choix et rédigé le traité à intervenir entre les parties. Celui-ci, passé quelquefois par-devant notaire, é­tait fait 1e plus souvent sous seing privé et écrit par le recteur contractant, cela permettant de se rendre compte de sa valeur et plus précisément de la qualité de son écriture. C’est à 1a majorité des voix des membres présents que le recteur était désigné. En outre, le consentement du curé était nécessaire.

Maîtres d'école à Champagney au XVIIIème siècle

Par le contrat du 31 janvier 1731, passé entre la communauté de Champagney et JC Poly, celui-ci s’engage « … à enseigner pendant six ans. la jeunesse de Champa­gney et à lui donner une bonne éducation, à bien servir M. le curé pour ce qui regarde les offices divins, à répondre toutes les messes tant à basse qu’à haute voix, à chanter les vêpres, à. assister le dit sieur curé toutes les fois qu’il sera obligé d’aller administrer les sacre­ments dans sa paroisse, à sonner l’angélus le matin à midi et le soir, à sonner les cloches contre les injures du temps, à remonter l’horloge soir et matin à en avoir tout le soin nécessaire et la faire sonner au juste, à faire ou faire faire tous les cierges nécessai­res; à l’église du 1ieu, en lui fournissant la cire, à al­lumer la lampe de l’église soir et matin et à la faire clai­rer suivant, les statuts du diocèse, à écrire les réparte­ments qui se font en la‑dite communauté… ».

On voit que les obligations « extra‑scolaires » du maître étaient nombreuses et diverses, touchant aux domaines religieux et administratif.

L'article 30 du cahier de doléances de Champagney : " Que toutes les maisons relgieuses rentées de l'un et de l'autre sexe établies dans les villes, bourgs et villages soient obligées à enseigner gratuitement la jeunesse."

L'article 30 du cahier de doléances de Champagney : " Que toutes les maisons relgieuses rentées de l'un et de l'autre sexe établies dans les villes, bourgs et villages soient obligées à enseigner gratuitement la jeunesse."

La classe était ouverte toute l’année, excepté pendant le temps des moissons et celui des vendanges. Il y avait trois heures de classe le matin et trois heures l’après-midi. Cepen­dant, celui du jeudi était libre. En ce qui concerne le contenu de l’enseignement, le maître avait son programme la lecture, l’écriture, l’arithmétique. Il ne devait faire lire que du français ou du latin, ne se servir que de livres approuvés par l’autorité religieuse, faire le catéchisme plusieurs fois par semaine.

En outre, écrire les délibérations de la‑ communauté, les rôles d’im­positions, les dépenses locales, dresser les comptes de gestion, donner lecture à haute voix sur la place, des multiples déclara­tions tant royales que locales, étaient les principales obligations que le maître devait à la communauté. Des variations existaient d’un village à l’autre au niveau de l’école, de l’église ou de la communauté. Mais le rôle du maître d’école était ca­pital dans la vie de toute localité, car il en était réellement l’homme à tout faire.

Ses ressources étaient aussi variées que ses activités. Le marché établissait ses gages payés par l’échevin ainsi que la rétribution mensuelle pa­yée par les parents des élèves (Il faut noter que l’article 30 du cahier de doléances de Champagney demande la gratuité de l’enseignement). Lui revenait éga­lement le prix des services qu’il rendait aux parti­culiers ou à la communauté. De plus il percevait quel­quefois les gains issus d’une profession secondaire, cas que l’on rencontre fréquemment.

Par le contrat de 1731, Jean Claude Poly s’engageait à servir la commu­nauté de Champagney en qualité de maître d’école aux conditions suivantes : « …Il recevra 60 livres, monnaie royale par chaque année le jour de fête St Martin d’hiver, cinq sols par mois de chaque élève qu’il enseignera, il logera ses élèves chez lui et 1es chauffera à ses frais, il aura la jouissance d’un pré à Champagney pouvant rapporter cinq livres par an. »

Enfin pour être valable, le traité passait entre les mains de l’intendant qui, avant de l’approuver, exa­minait si les clauses étaient conformes aux ordonnances royales.

Maîtres et maîtresses d’école étaient sous l’auto­rité absolue de l’archevêque de Besançon de qui ils te­naient l’autorisation d’enseigner et sous le contrôle duquel ils demeuraient tant qu’ils exerçaient leurs fonctions. Ils dépendaient également du pouvoir, ceci plus particulièrement depuis la conquête de la Franche‑Comté.

Maîtres d'école à Champagney au XVIIIème siècle

La formation du recteur d’école était des plus simples. Celui qui se destinait à cet état, se mettait sous la direction d’un bon maître, le secondait en classe et recevait en dehors de celle‑ci, des leçons a­fin d’améliorer son niveau intellectuel. La formation était donc double, pratique et théorique.

C’est celle que reçut, par exemple Joseph Gouhenans de Champagney entré en fonction en 1718 et qui, auparavant avait été en apprentissage chez son prédécesseur Claude Herbette, maître exerçant là depuis le début du siècle. Il pouvait arri­ver que le maître d’école se charge de la formation pro­fessionnelle d’un ou plusieurs de ses enfants destinés alors à prendre sa succession.

Les marchés n’étaient pas toujours respectés. Il s’en suivaient alors plaintes et conflits. C’est ainsi qu’en septembre 1793, Potey, le maître d’alors, se plaint de n’avoir pas perçu ses gages et d’avoir été contraint de s’endetter pour subvenir aux besoins de sa famille. La municipalité eut alors recours à un impôt exeptionnel pour le garder à son service.

La Révolution modifiera les critères anciens pour le choix et la nomination des maîtres. Ainsi, le 12 nivôse 1793, le district de Lure décide de nommer deux instituteurs et une institutrice à champagney. C’est Joseph Gouhenans qui est choisi comme premier instituteur, possédant entre autres qualités celle d’être « patriote ». (C’est un homonyme du Joseph Gouhenans nommé en 1718).

Malgré les bouleversements politiques, le rôle du maître d’école ne changera pas, conservant les même obligations et les mêmes contraintes que sous le ci-devant « Ancien Régime ».

Tag(s) : #Histoire locale