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Marcel Labbaye

(1891‑1942)

Voici le quatrième des portraits de maires champagnerots du XXème siècle. Marcel Labbaye élu en avril 1930 à la place de Henri Roth, démissionnaire, sera maire de Champagney jusqu’en juillet 1933. Ce mandat sera marqué par la crise économique qui frappe la France entière et la gestion, au niveau local, de la véritable plaie qu’était, déjà, le chômage.

élus d'autrefois - Champagney - 4 -

Marcel Labbaye a trente‑neuf ans en 1930. Il est le secrétaire de son jeune frère Olympe, marchand de vin installé dans la belle maison bourgeoise qui abrita la poste jusqu’en 1996. Homme grand et mince, imberbe, malade des suites de la guerre, il va être maire durant trois années. Ce sera un mandat pénible car, c’est surtout à lui, qu’incombera le traitement social du chômage à Champagney.

En 1931 les fonds de chômage se mettent en place dans treize centres du département. Ces organismes permettent d’allouer aux chômeurs qui sont absolument sans occupation, des secours en argent variant selon la situation de famille et qui peuvent être versés pendant une durée maximum de 180 jours. A Champagney, un chef de famille, victime du chômage touchera sept francs par jour (à titre indicatif, un mineur gagne alors 52 francs par jour et un ouvrier Peugeot 35 francs).

L’Etat a débloqué pour la Haute-Saône, 25000 francs en 1931 et 100 000 francs en 1932 pour aider les municipalités à mettre en oeuvre des travaux pour occuper les chômeurs. En 1927, la mairie de Champagney avait déjà, une première fois, pris en charge un certain nombre de chômeurs en les employant à des travaux de redressement du lit du Rahin. En août 1931 est ouvert un chantier d’extraction de matériaux d’empierrement réservé aux chômeurs. Le 20 octobre, un crédit de 10 000 francs est voté afin de couvrir les frais occasionnés par les travaux de lutte contre le chômage : déblaiements sur la rivière et extraction de matériaux, entretien des chemins vicinaux et débroussaillement des plantations de résineux de la forêt du Chérimont. En novembre, apparaît, toujours dans le même but, le projet de construction d’un canal de décharge devant compléter les travaux de redressement du lit de la rivière au niveau des « Petits Graviers » . Le devis de ces travaux s’élève à 45738 francs couverts par un emprunt.

A cette époque, on compte une cinquantaine de chômeurs sur la commune, dont quarante sont employés aux divers travaux énumérés.

La maison Labbaye au centre du village

La maison Labbaye au centre du village

Les aides gouvernementales sont loin d’être suffisantes, à tel point que le budget de l’année 1932 est, pour la première fois, déficitaire à Champagney : un trou de 45407 francs. « Les charges communales et spécialement celles d’assistance augmentent sans cesse et sans contrepartie de recettes, au contraire celles-ci tendent à diminuer. » (délibération du 1er octobre 1931). Le conseil municipal contracte un emprunt pour couvrir le déficit et réduit les dépenses. Le total de ces économies se monte à 24 900 francs. Le maire propose alors un nouvel emprunt, exceptionnel, pour couvrir ce déficit. Le conseil rejette cette solution et on décide un important train de suppressions de nouveaux crédits et de réductions de dépenses dans un grand nombre de domaines. On va jusqu’à réduire le traitement des employés communaux.

La mairie craint de ne plus pouvoir, à brève échéance, employer tous les chômeurs, pourtant elle remarque : « …qu’il est de son devoir malgré la situation financière de la commune de continuer à rechercher toutes les ressources propres à assurer la subsistance des ouvriers sans travail et sans ressources et que le plus digne est toujours l’assistance par le travail. » (21 novembre 1931). Elle met alors au point un programme de réfection des chemins communaux. En décembre, soixante chômeurs sont inscrits en mairie de Champagney. Leur emploi va exiger 25 à 30 000 francs par mois. Pour atteindre cet objectif, réduire le déficit et équilibrer le budget un emprunt au Crédit Foncier est cette fois-ci incontournable. Il se monte à de 200 000 francs. L’endettement s’est amplifié et le chiffre de la population a baissé au cours de cette période. D’un peu plus de 4000 habitants au début du siècle, il est passé à 3700 en 1930 et atteindra 3300 en 1936.

Le projet du canal du Rahin n’obtient aucune subvention des ministères sollicités. La participation du département pour aider les efforts de la commune est faible. Elle est versée par petites sommes, 12655 francs en tout au trois mars 1932.

Face à cette situation, le conseil municipal, à cette date, décide des mesures restrictives quant aux secours accordés jusque là, regrettant que « …les aides et concours insuffisants des pouvoirs publics les obligent à en venir à ces solutions. » L’assemblée communale décide donc l’achèvement des travaux du canal, le licenciement des chômeurs célibataires, la réduction des salaires et maintient à leur poste les chômeurs ayant des charges de famille.

Le Pont des chômeurs, sur le Rahin, à Saint-Antoine

Le Pont des chômeurs, sur le Rahin, à Saint-Antoine

Parallèlement à cette lutte, l’assemblée dirigée par Marcel Labbaye a mis sur les rails le projet d’extension du groupe scolaire du Centre par la construction d’une école enfantine et a maintenu la pression en vue de la création d’un cours complémentaire pour les filles. Pour preuve cette délibération du 29 mai 1932 : « la création de ce CC est réclamée avec d’autant plus d’insistance par les habitants […] qu’un cours semblable existe déjà à la satisfaction générale depuis plusieurs années pour les garçons et réunit 25 à 30 élèves […] L’organisation de ce cours aurait pour but de donner aux jeunes filles une culture intellectuelle supérieure à celle qu’elles reçoivent à l’école primaire, ce qui leur permettrait de devenir pour les filles, comme pour les garçons de meilleurs cultivateurs, ouvriers, employés, fonctionnaires ou même de meilleures ménagères. »

Le conseil municipal insiste encore sur la pauvreté de la grande partie de la population du village, ouvrière dans l’ensemble et qui ne peut instruire ses enfants au‑delà du certicicat d’études. Dans la foulée, il lance un appel au ministre de l’Instruction publique.

Au mois de décembre, on reçoit une réponse négative du ministre en raison de l’insuffisance de l’effectif. Cependant par une lettre du cinq août adressée au député Frossard, il déclarait : « …si l’effectif scolaire venait à s’accroître de façon sensible, la création de ce cours serait prononcée… ». Les élus champagnerots, sur la foi de cette réponse n’attendent pas d’en savoir davantage et le cours fonctionne en pratique avec treize élèves dès le premier octobre 1932. A cette date on compte 37 élèves au CC de garçons et le conseil municipal écrit : « Or tout fait supposer également un effectif important pour les filles » et il émet pour conclure de vives protestations menaçant de présenter une démission collective en cas de réponse négative quant à la création officielle d’un CC de filles. L’inspecteur d’Académie, ému, promet d’effectuer personnellement une démarche auprès du ministère.

Au cours de cette période assez floue en ce qui concerne la scolarisation des jeunes filles, la volonté des élus permet à un certain nombre d’entre elles de poursuivre leurs études sur place Il est à noter qu’avant la création des cours complémentaires, les instituteurs avaient pour habitude de préparer au brevet élémentaire ‑en plus de leurs cours habituels‑ les bons éléments ayant déjà obtenu le certificat d’études. Cela concernait quelques élèves. Même chose pour les filles en attente de la création de CC pour filles qui deviendra officiel en 1936. L’école enfantine souhaitée par cette équipe municipale verra le jour en 1938.

En 1933, après trois années d’intense labeur dans une période difficile, on l’a vu, Marcel Labbaye jette l’éponge et c’est son premier adjoint Jules Taiclet qui lui succède en juillet 1933.

Le tombeau de la famille Labbaye au cimetière de Champagney

Le tombeau de la famille Labbaye au cimetière de Champagney

Tag(s) : #Histoire locale