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Jules Taiclet (1884‑1967)

Le cinquième portrait des anciens maires de Champagney au XXème siècle est celui d’un véritable personnage. Le successeur de Marcel Labbaye, Jules Taiclet sera maire de Champagney durant vingt-six ans. Ce véritable « règne » sera marqué par la crise économique des années trente, la guerre et l’Occupation, les combats de la Libération, puis la reconstruction du village. Les années suivantes lui permettront de poser les jalons qui conduiront le village vers la modernité.

Remise de la légion d’honneur à Jules Taiclet – juin 1959 –  De gauche à droite : Anatole Delattre (2ème), Alphonse Pheulpin (chauve, maire de Ronchamp), derrière lui Eugène Coppey, Jules Taiclet (Simon Liechtele, tête juste au-dessus), Alphonse Mozer (à droite de Jules Taiclet, conseiller municipal d’Eboulet), Théodore Gillet (derrière, chemise bleue ouverte), André Taiclet (à droite de Gillet), Georges Schtoupie (au fond contre la colonne de la porte), Maroselli (maire de Luxeuil , pochette blanche), Charles Taiclet (au-dessus de Maroselli).

Remise de la légion d’honneur à Jules Taiclet – juin 1959 – De gauche à droite : Anatole Delattre (2ème), Alphonse Pheulpin (chauve, maire de Ronchamp), derrière lui Eugène Coppey, Jules Taiclet (Simon Liechtele, tête juste au-dessus), Alphonse Mozer (à droite de Jules Taiclet, conseiller municipal d’Eboulet), Théodore Gillet (derrière, chemise bleue ouverte), André Taiclet (à droite de Gillet), Georges Schtoupie (au fond contre la colonne de la porte), Maroselli (maire de Luxeuil , pochette blanche), Charles Taiclet (au-dessus de Maroselli).

Lorsqu’en juillet 1933, Jules Taiclet - dit « Datou » - succède à Marcel Labbaye, il a déjà quarante‑neuf ans, mais n’est pas un novice en matière de politique locale puisqu’il est conseiller municipal depuis 1919 (au cours du premier mandat d’Hippolyte Simonin) et sera de toutes les listes élues qui suivront.

Il est né le quinze décembre 1884 dans la ferme de sa mère Louise Moser à la Bouverie. Son père Jules Taiclet, gendarme, fut nommé en Corse; c’est donc dans un univers de femmes, entouré de sa mère et de ses tantes, qu’il grandit.

Après quelques années passées au collège de Bourges accueilli par un oncle officier, à l’âge de seize ans il revient au pays natal. Il devient alors mineur aux houillères de Ronchamp en plein développement en ces années-là. En 1900, il débute au puits du Magny, puis travaille de nombreuses années au puits Arthur de Buyer. En 1914, tout comme Marcel Labbaye ou Henri Roth, il est mobilisé et connaîtra, pendant trois années, les champs de batailles de la Somme, de la Marne et de l’Argonne.

L’inévitable silicose, pour un mineur de fond, le contraint en 1927 à mettre un terme à sa carrière de « gueule noire ». Il se consacrera alors à l’élevage dans la ferme familiale et son savoir‑faire en ce domaine lui vaudra de se voir décerner en 1937 le Mérite Agricole.

Le souvenir qui subsiste de Jules Taiclet est celui d’un maire au franc parler, qui tutoyait tout le monde, du plus humble au plus grand, à l’exception des femmes évidemment. A des témoins, étonnés de l’entendre tutoyer l’inspecteur d’Académie, il fait remarquer : « qu’un Inspecteur d’Académie, ce n’est qu’un instituteur qui est monté en grade ! »

Jules Taiclet restera maire jusqu’en 1945 étant alors victime du fait d’avoir été le premier magistrat de la commune durant la difficile période de l’Occupation; mais reviendra aux affaires dès 1947 en tant que premier adjoint et comme maire de 1951 à 1965, soit trois réélections après guerre.

Avec ce personnage (car c’en est un, tout comme le curé Gaillard et le curé Jeanblanc), c’est réellement un homme du peuple qui dirige la commune, contrairement aux élus précédents qui étaient tous depuis Jules Décey, plus ou moins des bourgeois de part leur profession ou leur comportement. Politiquement, comment pourrait-il en être autrement ? Jules Taiclet est « rouge » sans équivoque, plus tard il sera étiqueté SFIO. Il n’a peut‑être pas l’instruction d’autres élus, mais c’est un travailleur qui a du bon sens et, sous un physique carré et bourru, il est d’une grande générosité. Il a encore le sens de la formule . par exemple : « Les glorieux de Ronchamp ! » est un de ses raccourcis à ne pas interpréter hors du contexte.

En 1944, au plus fort des bombardements, il sera le tout dernier avec les siens, à quitter la Bouverie dévastée, pour se réfugier au Centre.

Sur ce cliché pris par Yvette Mathey le 19 novembre 1944 – jour de la libération de Champagney – Jules Taiclet fait étrangement songer à Charlot.

Sur ce cliché pris par Yvette Mathey le 19 novembre 1944 – jour de la libération de Champagney – Jules Taiclet fait étrangement songer à Charlot.

Le 5 mai 1935 la liste de Jules Taiclet est réélue. Pour la seconde fois il est fait état de la création de commissions municipales : finances, travaux, enseignement, bâtiments communaux et fêtes. (Le 14 juin 1925 avaient été constituées les commissions: électrification, assistance, travaux, cimetière, bâtiments, fêtes, budget et agriculture).

Avant guerre, ces hommes poursuivent les efforts de leurs prédécesseurs en matière d’électrification et dans le domaine scolaire : l’école enfantine est enfin construite et la bibliothèque municipale créée. Cela se passe en 1936 et correspond opportunément à l’esprit du Front Populaire. Les travaux d’agrandissement du groupe scolaire du centre sont alors en cours et, si ce projet remonte à 1932, il ne concerne pas seulement la construction d’une école enfantine annexée à l’école des filles. Il prévoit aussi la réalisation d’une scène de théâtre à l’extrémité du préau existant, le reliant ainsi à la nouvelle école. Celle-ci offrira également plusieurs salles à l’étage destinées « au fonctionnement d’un foyer populaire, patronage laïque et bibliothèque ». Le conseil municipal souligne que ce projet « est encore plus accentué aujourd’hui avec les nouvelles mesures sociales et les projets des pouvoirs publics. » Il s’agit de créer « un foyer populaire ou cercle laïque comportant bibliothèque communale pour adultes et salles de lecture, causeries, conférences, jeux, audition de TSF et de disques, réunions, etc… le tout destiné également à servir aux élèves des écoles et du cours complémentaire en particulier. » Et le conseil de souligner encore « … le très grand intérêt que présente pour toute la population d’une commune comme Champagney, mi-rurale, mi-industrielle, chef-lieu de canton de 3300 habitants, la réalisation du programme exposé. » (citations de la délibération du 20 décembre 1936).

Mais la crise économique se poursuit et la guerre, inéluctable, arrive. Il s’agira alors de faire front afin de préserver au mieux les intérêts du village et de ses habitants en temps de guerre d’abord (troupes en cantonnement, afflux des réfugiés) puis, face à l’occupant, ce qui ne sera pas une mince affaire et qui lui fera perdre la mairie en 1945.

Banquet de la Sainte-Barbe à l’hôtel du commerce en 1953. On reconnaît à table de gauche à droite : Charles Wissler, Jules Taiclet, Le commandant Clerc de Vesoul et Gaston Didier. Debout de profil, M Brochot, receveur des PTT.

Banquet de la Sainte-Barbe à l’hôtel du commerce en 1953. On reconnaît à table de gauche à droite : Charles Wissler, Jules Taiclet, Le commandant Clerc de Vesoul et Gaston Didier. Debout de profil, M Brochot, receveur des PTT.

Il n’est pas possible d’évoquer ce maire sans parler de son alter-ego : le curé Joseph Jeanblanc. Celui-ci arrive au village en octobre 1943. Ce personnage atypique fut officier de liaison du colonel de Gaulle. Il a obtenu trois citations pour son comportement lors des combats de mai et juin 1940. Sa première visite est donc pour le maire. Il se rend à son domicile pour se présenter et, lorsque ce premier contact se prolonge devant une bouteille de goutte du cru, Jules Taiclet comprend qu’il a affaire à une personnalité aussi forte que la sienne et que cette soutane ne fait décidément pas le moine !

Georges Taiclet évoquant ce couple le comparait à celui du cinéma : Pépone et Don Camillo. A la grande différence qu’ici, c’est la douleur et les souffrances qui vont consolider les liens qui dès l’origine unirent les deux responsables. En effet, la période des bombardements de l’automne 1944 les verra associer leurs efforts pour soulager les peines des uns et des autres, allant assister les blessés et les mourants, soutenir en paroles les habitants terrés dans les caves ou parlementer avec les Allemands (l’abbé Jeanblanc parlait allemand).

La houleuse amitié qui lie le maire et le curé poursuivit son œuvre, après la guerre, lors de la période de reconstruction du village. Les deux compères sont encore soudés lorsqu’il faut se battre pour tenter de sauver les houillères condamnées et ils n’hésitèrent pas à monter au ministère à Paris en compagnie du maire de Ronchamp, Alphonse Pheulpin.

Dans les épreuves les deux hommes ont appris à se connaître. Malgré des différences de culture ou d’éducation, leur souci de soulager les plus modestes de leur troupeau, en a fait des complices, des amis. Cela n’empêchait pas des mises au point parfois bruyantes et c’est un peu dommage que leurs contemporains n’aient retenu que cet aspect superficiel de leurs rapports.

Jules Décey, nous l’avons déjà dit, a connu lui aussi la gestion en temps de guerre avec ses difficultés et ses conséquences. Pour Jules Taiclet, les problèmes furent multipliés à cause de la défaite et de l’occupation. S’il perd la mairie en 1945, son retour en 1947 comme premier adjoint sur la liste de Paul Jacquot, puis de nouveau comme premier magistrat en 1951, lui permettra de gérer un autre très lourd dossier, propre à mécontenter le particulier, celui de la reconstruction.

La reconstruction du village et des bâtiments communaux, avec tous les problèmes administratifs et techniques que cela suppose, est un des éléments à joindre à son actif. Pour cet élu qui a si souvent obtenu les suffrages de ses concitoyens, nous devons encore citer parmi ses réussites : l’acquisition par la commune, grâce aux dommages de guerre, de 821 hectares de bois fouillies, de friches, de terres à bois et de prés en 1952 (Une première tentative de remembrement de toutes ces parcelles eut lieu en 1930. Des tracasseries administratives la firent échouer. La municipalité regrettait déjà à l’époque : « … Le morcellement infini des bois-fouillies, situation extrêmement préjudiciable à l’intérêt général et à la bonne exploitation et mise en valeur de cette richesse du pays causée par ce morcellement … » Délibération du 20 septembre 1930.

Il faut encore citer à l’actif de ce maire l’achat en 1957 de terrains à la Bouverie en vue de la construction du collège d’enseignement général puis du terrain de sport, l’acquisition des plans d’eau des Ballastières, la création en 1962 du syndicat mixte de la base de plein air et, en 1964, l’adduction d’eau de Saint‑Antoine qui reste un événement très important.

Après son élection du quatre février 1951, Jules Taiclet sera réélu deux fois de suite lui permettant ainsi de rester le premier magistrat de la commune jusqu’en 1965, mettant un terme à la période d’instabilité municipale de l’après guerre.

Jules Taiclet aura battu tous les records (avant d’être dépassé, plus tard, de trois ans par Gérard Poivey) : conseiller dès 1919, il fut élu pendant quarante années. Il sera maire de Champagney de 1933 à 1965 (avec une interruption de 1945 à 1951) soit vingt-six années de magistrature. Pour rendre hommage à cet élu qui aura marqué de son empreinte l’histoire de Champagney, le 15 juillet 1989, une rue (sa rue à la Bouverie) sera baptisée de son nom.

Deux grandes figures de Champagney des années 40 et 50 : l’abbé Jeanblanc et le maire Taiclet « Datou ». Ce document date du jour de la remise de la légion d’honneur au maire de Champagney, en juin 1959,

Deux grandes figures de Champagney des années 40 et 50 : l’abbé Jeanblanc et le maire Taiclet « Datou ». Ce document date du jour de la remise de la légion d’honneur au maire de Champagney, en juin 1959,

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