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Reconstituteurs à Belfort le 4 aôut 2013

Reconstituteurs à Belfort le 4 aôut 2013

L’apprentissage de la Marseillaise est bien obligatoire à l’école élémentaire. D’aucuns polémiquent à propos des paroles de l’hymne national qui seraient trop violentes. Il est impossible de parler de ce texte sans le replacer dans le contexte du moment. Effrayées par sa Révolution, les monarchies européennes sont alors en guerre contre la France. Si cette histoire eut des conséquences sur l’existence des grands personnages de l’époque, voyons ce qu’il en fut du quotidien de villageois parmi tant d’autres : les « braves gens de Champagney ».

Le 20 avril 1792, la France déclare la guerre à l'Autriche. Le 11juillet l’Assemblée nationale proclame la « patrie en danger ». À la fin de ce mois, 40 000 gardes nationaux sont réquisitionnés dans les départements de l'Est. Le 20 septembre c'est la victoire de Valmy sur les Prussiens. Le même jour, l'Assemblée Législative cède la place à la Conven­tion Nationale. Le lendemain, la nouvelle assemblée abolit la royauté et le 22, proclame la République.

On trouve une première trace de cette guerre dans les registres de Champagney, le 21 septembre. Ce document nous apprend que la municipalité de Champagney apporte sa contribution à l'élan national en offrant six fusils pour armer les volontaires. Les houillères font de même en donnant cinq fusils. Antoine Priqueler, qui rejoindra l’armée de Coblence l’année suivante, « prette » deux pistolets d’arçon, enfin neuf autres habitants cèdent chacun un fusil. Au total 22 armes pour le village. On a donc fait ce qu'il fallait pour ne pas être en reste, on peut retourner à ses occupations, l'esprit tranquille.

La levée en masse dans l'imagerie révolutionnaire

La levée en masse dans l'imagerie révolutionnaire

La guerre continue : victoire à Jemmapes le 6 novembre et « délivrance » de la Belgique. Le 1er février 1793, la Convention déclare la guerre à l'Angleterre et à la Hollande, puis le 7 mars à l’Espagne. Face à la crise des effectifs, une levée de 300 000 hommes est décrétée le 24 février. Toute l’Europe des rois a rejoint l’Autriche et la Prusse contre la France. Jusqu’ici les levées avaient été volontaires. Désormais chaque Français peut être réquisitionné. Alors, contrairement aux précédentes levées, celle-ci ne se fait pas dans l'enthousiasme et la Convention s'en remet aux autorités locales pour rassembler ces hommes.

Comment faire ? Le département de l'Hérault choisit une solution originale et logique, puisque sont désignés les « citoyens les plus patriotes »…

À Champagney, l’opération a lieu le 15 mars 1793. À tout hasard on ouvre un registre pour inscrire les volontaires. Au bout de trois jours, personne ne s'étant mani­festé, les responsables de la cité demandent aux hommes assemblés, le système qu'ils dé­sirent voir adopté pour trouver les neuf soldats que le village doit fournir. C'est le traditionnel tirage au sort qui est retenu. Auparavant certaines clauses sont définies : on aura la possibilité de faire tirer son billet par un autre en état de porter les armes et le maire Joseph Mozer tirera les billets des éventuels absents. Puis « …les billets ont été faits par le secrétaire‑greffier en présence de la municipalité, en­suite comptés en présence de tous les citoyens assemblés et mis dans un petit sac à ce destiné… »

Mais, avant de procéder au tirage proprement dit, les hommes veulent con­naître la somme que la commune envisage de verser aux soldats désignés. Joseph Mozer annonce un montant de 100 livres pour chacun (argent à emprunter par la commune, trop pauvre, pour faire face à cette dépense). Aussitôt des protestations s'élèvent « …ont tous crié qu'ils ne partiraient pas et qu'ils ne tireraient même pas a moins de 200 livres par chaque soldat, ce qui fait 1800 livres pour les 9, et de plus leur payer les 9 chapeaux contant… » On discute encore et la municipalité cède enfin : « …Il sera fait un emprunt de 18 à 1900 livres pour rendre l'union et la paix aux concur­rents… » et là tirage peut enfin avoir lieu : « …Ensuite du bon ordre et de la tranquillité rétablis, il a été fait un appel nominal de tous les citoyens et chaque individu a passé devant le corps de la municipalité assemblée pour qu'il ni eut fraude ni four­berie à la vue du public, Joseph Chatillon officier ayant été choisi pour tenir le sac à ce destiné, élevé sur une table, et suivant l'ancienne coutume (le tirage de la mili­ce sous l'ancien régime) chacun suivant son appel a tiré son billet… » Finalement on trouve les neuf hommes « qui ont eut le sort pour être soldat volontaire », mais quelle journée !

Cette levée ne donne guère plus de la moitié des hommes prévus. Puis des problèmes intérieurs apparaissent avec la montée de la contre‑révolution conduite par les Girondins. Les mois passent et l'Europe entière est dressée contre la République dont les frontières sont de nouveau menacées. C'est ainsi que le 23 août 1793 la levée en masse est décrétée.

Il faut un certain temps pour que nouvelles et décisions gagnent les campagnes, ainsi c'est une délibération du 5 septembre qui rend compte de l'application de ce décret à Champagney : « … en exécution de la loi du 23 août dernier qui fait réquisition à tous les citoyens garçons ou veufs sans enfans de 18 à 25 ans de se lever en masse pour être organisé en Bataillon pour voller sur les frontières ou la patrie est en danger… »

Tant de difficultés quelques mois auparavant afin de faire partir seulement neuf hommes et pour en arriver là…

NB : Le document à l'origine de ce texte est un registre de délibérations du Conseil Municipal, le plus ancien, actuellement archivé en mairie de Champagney. L’orthographe originale a été respectée.

Dans l'imagerie scolaire de jadis

Dans l'imagerie scolaire de jadis

Tag(s) : #Histoire locale