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Cette tombe, à l’entrée du cimetière – l’entrée sur la route départementale – m’intrigue depuis bien longtemps. Sur la plaque, cassée, on peut lire : « ici repose Thérèse Levain, institutrice décédée à Champagney le 22 Xbre 1877, à l’âge de 70 ans, elle a exercé sa profession 48 ans dans cette paroisse, priez pour elle ».

Thérèse Levain (1807-1877), institutrice à Champagney
Thérèse Levain (1807-1877), institutrice à Champagney

Une rapide recherche permet de rassembler quelques éléments afin d’en savoir plus sur cette institutrice. Elle est née à Colombotte, non loin de Vesoul, le 18 février 1807. Son père, Claude François Levain y était cultivateur. Sa mère s’appelait Marie, née Farque. En 1807, son père avait 42 ans, sa mère 30. Son acte de décès précise qu’elle est célibataire.

Thérèse Levain est évoquée à plusieurs reprises dans les registres de délibération du conseil municipal. Si la plaque de sa tombe parle de 48 années d’exercice à Champagney, une délibération du 21 juillet 1850 laisse comprendre que c’est cette année-là qu’elle commence à exercer à Champagney.

Ce jour-là, le maire – François Augustin Burcey - donne lecture à son conseil d’une lettre de M le sous-inspecteur Carré relative à la nomination de l’institutrice de Champagney. Le conseil municipal, vu la délibération du comité et le duplicata du brevet de capacité de la Demoiselle Thérèse Levain, fait le choix de cette dernière pour institutrice de la commune. Il fixe son traitement à la somme de 450 francs.

Il y avait une institutrice au centre avant 1850, d’ailleurs le traitement de cette dernière avait été porté de 400 à 450 francs le 8 novembre 1841 « attendu l’augmentation du nombre de ses élèves… »

À la date du 15 novembre 1857, on peut lire : « … a appelé l’attention des conseillers municipaux sur la situation tout à fait précaire de l’institutrice. M le Préfet expose que la plupart d’entre elles ne sont pas à l’abri du besoin, que leurs émoluments sont extrêmement modiques, que la rétribution scolaire qui est généralement trop faible dans la Haute Saône leur échappe souvent parce qu’elles n’osent pas exercer des poursuites pour se faire payer, que pour remédier à ces inconvénients il est nécessaire qu’elles reçoivent un traitement de 300 francs au moins et qu’elles soient assimilées aux instituteurs pour le recouvrement de la rétribution scolaire. En conséquence, le Maire propose de voter un crédit pour le traitement intégral attribué à l’institutrice, de fixer le taux de rétribution scolaire des petites filles comme celles des petits garçons et d’en faire opérer le recouvrement par le receveur municipal au profit de la commune … »

L’on décide donc l’ouverture d’un crédit de 930 F pour le traitement de l’institutrice, le taux de la rétribution scolaire des petites filles est fixé, comme celle des petits garçons, à 50 cts et l’on souligne le besoin « d’une sous-maîtresse brevetée qu’elle devra avoir pour aide … »

Le 7 février 1861, l’on vote pour l’institutrice, la somme de 550 francs environ qui correspondent à la rétribution scolaire « après prise en compte du nombre des petites filles qui fréquentent l’école »). Cette somme ajoutée au traitement fixe de 450 francs porte son salaire à 1000 francs. Le 7 février 1864, il sera de 1490 francs, de 1450 francs l’année suivante, de 1500 francs en février 1866.

À la date du 12 mai 1867, on apprend que : « … l’institutrice centrale Mlle Levain ne reçoit absolument rien pour le blanchissage, l’entretien et la réparation des linges de l’église et le concours qu’elle prête à l’élévation des reposoirs au moment des fêtes, lui vote à titre d’indemnité la somme de 30 F annuellement … »

Thérèse Levain (1807-1877), institutrice à Champagney

Le 13 octobre 1867, le maire annonce qu’il « … a reçu de M l’Inspecteur primaire d’arrondissement avis de la démission de Mlle Levain institutrice centrale à la condition d’être remplacée par sa nièce, son adjointe, Mlle Peltier … »

Il ne voit aucun inconvénient à ce que Mlle Peltier reprennent la fonction de sa tante parce que « c’est une personne de mérite, d’une conduite exemplaire, qui a su attirer l’estime et la confiance des habitants par le soin et le dévouement qu’elle prend à l’éducation des enfants … »

Le conseil « … est d’avis de recevoir et d’admettre Mlle Peltier en remplacement de sa tante parce qu’il n’entre pas dans ses vues de voir des congréganistes comme institutrices dans la commune à condition que le traitement de la sous maîtresse qui la remplacera sera pris sur celui de 1050 F alloué à l’institutrice communale. »

Le 10 novembre 1867, Mlle Peltier, institutrice adjointe, est nommée institutrice centrale en remplacement de Mlle Levain sa tante « admise à la pension de retraite ».

Le 20 septembre 1868, le maire propose de voter une « …indemnité qui doit revenir à Mlle Levain ancienne institutrice à Champagney pour le temps qu’elle passe à instruire les petites filles depuis l’absence de l’institutrice adjointe dont le poste est actuellement vacant, calculée d’après le traitement annuel de l’institutrice adjointe. » On ne sait ce qui est arrivé à la nièce qui réapparaît l’année suivante puisque le 7 février 1869, 50 francs sont destinés à la « Demoiselle Pelletier institutrice centrale pour le blanchissage des linges de l’église et entretien des ornements ».

Ensuite, il n’y a plus de trace, dans ces registres, de ces deux enseignantes.

Thérèse Levain (1807-1877), institutrice à Champagney

Les écoles avant 1880

Sous la Restauration, l’ordonnance du 29 février 1816 marque un tournant dans l’enseignement. Elle établit un comité cantonal chargé de la surveillance des écoles. Par son article 14, elle oblige les communes à « pourvoir à ce que les enfants qui l’habitent reçoivent l’instruction primaire, et à ce que les enfants indigents la reçoivent gratuitement ».

Au cours du XIXe siècle les gouvernements successifs s’efforcent d’améliorer l’enseignement primaire. Il s’agit aussi, bon gré mal gré, de lutter contre la volonté de l’Église catholique de contrôler la formation intellectuelle et morale des jeunes Français. Avec la loi Guizot de 1833, les communes de plus de 500 habitants sont tenues d’avoir une école de garçons. Sa loi fixe également un montant minimal pour le salaire des instituteurs (200 francs), leurs appointements payés par les communes étant jusque-là très bas, parfois inexistant[]. Les femmes sont interdites de métier d’instituteur jusqu’à un avis du Conseil royal du 8 août 1834 qui les autorise à diriger, provisoirement, les écoles de garçons ou les institutions mixtes[].

La loi Falloux de 1850 cherche à développer l’enseignement primaire en fixant le principe d’une école de garçons dans toutes les communes et d’une école de filles dans chaque commune de plus de 800 habitants. Elle autorise les institutrices congrégationnistes à enseigner avec une simple lettre d'obédience alors que les institutrices laïques doivent être munies d'un certificat de capacité.

Elle officialise la dualité des systèmes d’enseignement, à côté d’un enseignement public financé par l’État peut se développer un enseignement « libre » essentiellement formé d’écoles catholiques. De plus, elle confère à l’Église catholique un droit de contrôle très important sur l’organisation, les programmes et la nomination des maitres de l’enseignement public.

La loi Duruy en 1867 organise officiellement l’enseignement primaire féminin, imposant notamment l’ouverture d’une école de filles dans les communes de plus de 500 habitants[.]

Malgré des projets en ce sens après la Révolution de 1848 aucun gouvernement jusqu’en 1880 n’instaure l’obligation d’éducation.

Nikolay Bogdanov-Belsky - 1897

Nikolay Bogdanov-Belsky - 1897

Tag(s) : #Histoire locale