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Marius Mozer

Marius Mozer est né à Champagney en 1887. Après un rapide passage au collège des Jésuites de Dôle, il fait toutes ses études au lycée de Belfort. Ensuite, il est élève au lycée Louis‑le‑Grand à Paris avant de poursuivre des études de médecine.

Il est interne provisoire au concours de 1912, élève de Babinski (Joseph Babinski 1857-1932 médecin français d’origine polonaise qui a décrit plusieurs signes caractéristiques d’affections neurologiques), puis interne titulaire au concours de 1913. Marius Mozer arrive à l’hôpital maritime de Berck dans le Pas-de-Calais en 1914.

Les docteurs Marius et Gérard Mozer

A partir de cet instant, il s’intéresse à l’étude de la tuberculose osseuse, de la tuberculose des vertèbres ou mal de Pott et y consacrera toute sa vie. Il termine son internat chez le professeur Netter, son maître, ainsi qu’à l’Institut Pasteur où il se familiarisera avec toutes les techniques de bactériologie et les travaux de laboratoire.

Très tôt, le jeune médecin a choisi sa voie : se consacrer à des recherches scientifiques sur les tuberculoses chirurgicales et pour ce faire retourner à Berck.

Avant la guerre, Marius Mozer à l’allure robuste, est un homme plein d’entrain, au caractère jovial et agréable. Telle est l’image qu’il a laissée à ses collègues de Berck. Mais c’est aussi un travailleur infatigable, tenace et méthodique.

En 1914, il part au front comme médecin auxiliaire au 161° régiment d’infanterie. Quelques semaines seulement après le début des combats, il est grièvement blessé au visage. Il échappe de peu à la mort. Après un long calvaire, il guérit, la mémoire et ses capacités intellectuelles reviennent, mais il gardera de graves séquelles parmi lesquelles des douleurs qui le feront souffrir tout le reste de son existence.

De retour à Berck, après cette triste période, il est nommé chef de laboratoire, ce qui lui vaut un travail écrasant. A tel point qu’un moment arriva où la nécessité d’un chef de laboratoire adjoint s’imposa. C’est ainsi que son frère Gérard, de quelques années plus jeune que lui, vint le seconder après s’être spécialisé en bactériologie.

De cette collaboration, entre 1927 et 1933 vont naître des travaux sur la tuberculose, des techniques médicales, des résultats, des publications qui feront l’admiration de tous ceux qui, de France ou de l’Étranger, viendront séjourner ou étudier à Berck.


Les docteurs Marius et Gérard Mozer

Malheureusement, une triste fatalité voulut qu’un accident de laboratoire contamine Gérard Mozer qui mourut après un calvaire de plusieurs années. Marius sera toujours hanté par ce destin tragique et cette terrible idée qu’en invitant son frère à venir travailler à ses côtés, il avait été la cause immédiate de sa mort.

Les fonctions de chef de laboratoire n’étaient qu’un aspect des activités de Marius Mozer à Berck. Il était encore responsable d’un service de chirurgie de 1500 malades ainsi que d’un pavillon d’isolement de quarante lits, son domaine personnel.

En dehors de l’hôpital maritime qui appartenait à l’Assistance Publique et qui ne recevait que les malades indigents de Paris, la ville de Berck disposait de nombreux hôpitaux privés vers lesquels affluaient tous les malades de l’assistance médicale gratuite de la région, atteints de tuberculose osseuse. Là encore, Marius Mozer organisait et surveillait leur laboratoire en se chargeant des examens et des services de bactériologie.

Ce grand médecin meurt trop tôt en 1938, à l’âge de cinquante ans des suites éloignées de ses blessures de guerre. E. Sorrel, son collègue de Berck lui rend hommage " ...Homme de laboratoire hors pair, clinicien d’une valeur exceptionnelle, ce fut à lui que peu à peu s’adressèrent, dans les cas difficiles, tous ses confrères de Berck et ceux aussi de la vaste région qui s’étend de Boulogne à Abbeville : il n’avait pas désiré ce rôle, mais la haute conscience qu’il avait du devoir d’un médecin ne lui permit pas de s’y soustraire.

Pendant près de vingt ans, avec un désintéressement et une abnégation qui lui valurent l’affection et le respect de tous, il put mener de front la triple charge écrasante de directeur de laboratoire d’un hôpital où des milliers d’examens de toutes sortes se faisaient chaque année, de chef de service médical et de grand consultant … »

Ainsi donc, pendant plus de vingt ans tous les travaux qui sortirent de l’école de Berck portèrent l’empreinte de Marius Mozer. Il prodigua son enseignement à de nombreux médecins étrangers venus tout spécialement à Berck.

Médaillé militaire, cité à l’ordre de l’armée pendant la guerre, Marius Mozer fut encore décoré de la Légion d’Honneur.

« Ce fut un homme de bien, l’un de ceux dont on s’honore d’avoir été l’ami. » écrit encore E. Sorrel.

Faire-part de décès de Marius Mozer - collection personnelle Élisabeth et Michel Verdure

Faire-part de décès de Marius Mozer - collection personnelle Élisabeth et Michel Verdure

Courrier reçu à propos de cet article
« Je mets par écrit pour mes enfants des infos sur ma famille. Je viens de trouver votre article sur les frères Mozer. Il se fait que Marius Mozer fut le parrain et le tuteur de ma mère.

Marius Mozer était un ami très proche de mon grand père le Docteur Monvoisin, lui même décédé des suites du typhus contracté au Camp de prisonniers de Wittemberg (1914-1915). Le typhus fut le sujet de sa thèse. »

Élisabeth Verdure-Chuffart

Marius Mozer le 5 février 1938 conduisant Georgette Monvoisin, sa filleule, le jour de son mariage. (Document : collection personnelle Élisabeth et Michel Verdure)

Marius Mozer le 5 février 1938 conduisant Georgette Monvoisin, sa filleule, le jour de son mariage. (Document : collection personnelle Élisabeth et Michel Verdure)

Gérard Mozer

« Gérard Mozer, l’un des Mozer, le plus jeune des deux était l’image de son aîné, dont il suivait la trace. Dans notre esprit, ils ne faisaient qu’un. » (Marcel Galland du syndicat des médecins de Berck, 1933)

Les docteurs Marius et Gérard Mozer

Gérard Mozer est né à Champagney en 1892. Le docteur Richard, chirurgien‑chef de l’hôpital de Berck évoque ainsi cette origine géographique : « C’est un attrait particulier et très puissant pour les hommes de ce coin là, que ce caractère fortement trempé par la longue hérédité de ceux qui tant de fois ont subi les tristesses, les dévastations, les cruautés de l’invasion des hordes germaniques, allié à cet accent chantant, à ce sens merveilleux de l’hospitalité, à cette droiture absolue qui a parfois déconcerté par sa brusquerie. »

Le jeune frère de Marius Mozer fait, lui aussi, de brillantes études remportant régulièrement le prix d’excellence. Ses dons multiples et ses réussites sont tels qu’il peut se permettre d’hésiter : il est attiré par Centrale et par les Beaux-arts. Sa famille préférerait Polytechnique. Brusquement, le jeune homme choisit la carrière médicale prenant pour modèle et pour guide son frère aîné qu’il aime et qu’il admire.

A partir de 1925 et jusqu’à la fin de sa vie les deux frères, « les Mozer » formeront un tout indissociable.

En 1913, il est reçu parmi les premiers à l’externat des hôpitaux de Paris, il se met aussitôt à la préparation de l’internat. Malheureusement le premier conflit mondial stoppe son élan.

D’abord affecté à l’aérostation, il obtient en 1917, après trois demandes, sa mutation dans l’infanterie au 106°. Il y termine la guerre, années au cours desquelles il obtient deux citations. Après quelques mois d’occupation en Rhénanie, il décide de poursuivre ses études, conquiert son diplôme et se spécialise en stomatologie. Il s’installe alors à Reims où son cabinet devient vite prospère.

C’est à cette époque, comme nous l’avons vu, que Marius Mozer débordé par l’écrasant travail de l’hôpital maritime de Berck, appelle son cadet à l’aide. Mais celui-ci ne se sent pas prêt pour cette tâche, aussi, avant d’aller rejoindre cet aîné qu’il admire tant, il entreprend de compléter sa formation : une année à l’Institut Pasteur comme élève, une deuxième comme moniteur, enfin une troisième à l’Institut du Radium. Chez les Mozer, on ne fait rien au hasard et, ainsi armé, Gérard se juge apte à rejoindre son frère, capable de le seconder.


Les docteurs Marius et Gérard Mozer

De 1927 à 1932, il passe toutes ses journées au laboratoire de l’hôpital maritime. En 1930 un stupide accident de laboratoire ‑ une contamination buccale par pipette souillée de bacille de Koch ‑ frappe le jeune chercheur. Il comprend aussitôt l’effroyable gravité du mal qui le frappe et meurt le 17 mai 1933 à l’âge de 41 ans, des suites de la maladie qu’il cherchait à vaincre de toutes ses forces en communion avec son frère et toute leur équipe. 41 ans ! Il restait tant à faire ! Tant d’énergie encore à investir au service de l’humanité.

Victime de la science tout comme Semmelweis en 1865 pionner des méthodes antiseptiques et aseptiques ou même Marie Curie contaminée tout au long des années de recherches par le radium, Gérard Mozer avait reçu quelques jours avant sa mort, du ministre de la Santé, la médaille d’or de l’Assistance Publique.

A la nouvelle de cette mort, c’est la consternation et la tristesse à Berck. Marcel Galland dira encore : « Gérard était un exemple d’honneur, honneur d’homme et honneur professionnel. C’était l’incarnation du dévouement, dévouement inlassable et désintéressé auprès du malade. C’était l’incarnation de toutes les qualités essentielles : la probité, la sincérité, l’excessive modestie, la charité vraie. »

Marius et Gérard Mozer disparaissent à quelques années seulement de distance. Ce fut une perte immense pour la médecine, la communauté scientifique, l’hôpital maritime de Berck, mais aussi pour la ville de Berck et toute sa région.

C’est ainsi que, d’abord immortalisé par leur action et leur œuvre scientifique, les docteurs Mozer le furent par la municipalité de Berck-Plage qui donna leur nom à une rue de cette cité où ils s’investirent tant. Champagney ne peut oublier deux de ses enfants parmi les plus doués.




Élisabeth Verdure-Chuffart nous apprend encore que Gérard Mozer, pendant sa maladie, s'adonnait à la peinture. (Tableau : collection Madame Bédague Chuffart)

Élisabeth Verdure-Chuffart nous apprend encore que Gérard Mozer, pendant sa maladie, s'adonnait à la peinture. (Tableau : collection Madame Bédague Chuffart)

Au cimetière de Champagney
Au cimetière de Champagney

Au cimetière de Champagney

L'essentiel de cet article a été repris sur le site de l'Office du tourisme Rahin & Chérimont

Les docteurs Marius et Gérard Mozer
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