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«  - IIs vont rejoindre une meute. Ils ont des points de rendez-vous, dit Munier. Voir un loup me retourne.

- Pourquoi ?

- L'écho des temps sauvages. Je suis né dans la France surpeuplée où la puissance s'épuise et l'espace se réduit. En France, un loup tue une brebis : les éleveurs manifestent. Des panneaux sont brandis : "Non au loup !"

Loups ! Ne restez pas en France, ce pays a trop de goût pour l’administration des troupeaux. Un peuple qui aime les majorettes et les banquets ne peut pas supporter qu'un chef de la nuit vaque en liberté. »

J’en étais là de ma lecture, installé dans un fauteuil de plastique, au trente-troisième jour de confinement. Je levai les yeux, délaissai ma lecture momentanément, embrassai du regard mon jardin éclairé de la lumière rasante d’une fin d’après-midi étrangement estivale.

Ma réalité s’anima, j’entendis enfin mes voisins, un couple en train d’échanger. Sur ma droite, je vis Bernard Jurot, entré dans son poulailler, une gamelle en main. Des gosses piaillaient au loin et plus forts, les oiseaux, plusieurs espèces assurément, conversaient dans les grands arbres, merveilleux rideau, un camaïeu de verts, qui m’empêchait de voir l’homme et la femme occupés à assembler je ne sais quoi. « On fait comme on peut, on pousse, on tire, on tord, on casse » disait l’homme.

Le soleil encore puissant à cette heure, responsable de l’orangé qui enveloppait mon coin de terre, filait vers l’ouest. De beaux nuages blancs, ourlés d’un gris léger, comme je les aime, animaient le ciel bleu clair. Le bruit de la circulation venu de la route départementale, loin d’être nulle - une voiture, parfois plusieurs à la suite, une moto à pleine vitesse - participait à cet environnement sonore dont j’avais fait abstraction lorsque j’étais plongé dans le monde décrit par Sylvain Tesson.

Et, subitement, je songeai que cette tranquillité, ce tableau empli d’indices d’un temps de vacances – les faits on le sait ont imposé cette vacance ! – était, au regard des événements bouleversant le monde, surréaliste. Je songeai donc, que cette réalité était conforme à ma vie, que cette normalité était légitime et donc, que tout le reste – la pandémie, la maladie, le confinement, la détresse, les polémiques – n’existait pas …

Surtout ne pas regarder la télévision !

Pendant que je m’abîmais dans cette réflexion, le soleil, étranger à la folie humaine, avait poursuivi sa descente et la lumière avait changé d’intensité. Seuls, les oiseaux, prolixes, poursuivaient leurs conciliabules. Alors, je suis rentré et j’ai allumé le poste …

 

Champagney, le 18 avril 2020

 

 

Vérité
Tag(s) : #Textes et nouvelles