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Depuis une dizaine d'années, je prends la parole à la cérémonie d'hommage au général Brosset à la date anniversaire de sa mort. En 2021, cet hommage a eu lieu le 14 novembre.

 

 

Le général Brosset, l’anticonformiste

 

 

Mort juste après avoir libéré notre cité, le nom de Brosset est à jamais lié à l'histoire de Champagney. Diego Brosset, issu d'une vieille famille lyonnaise, est né à Buenos Aires, le trois octobre 1898. À dix-huit ans, en 1916, il s'engage pour la durée de la guerre. Son comportement lui vaudra quatre citations et il deviendra vite sous­-officier.  En 1920, le futur général entre à l’école de Saint-Maixent et, devenu sous-lieutenant, entreprendra une carrière coloniale. Sa vie se déroulera alors en Afrique (AOF, Mauritanie, Maroc) jusqu’à la veille de la Seconde Guerre Mondiale. L’expérience de ce diplômé d’arabe littéraire en fera un spécialiste de l’Afrique qu’il affectionne, lui permettant d’écrire de nombreuses études consacrées à ce continent.

 

  « La drôle de guerre » ne convient pas à, ce tempérament. On aurait été surpris du contraire. Il se rend vite insupportable à ses supérieurs qu’il accuse de manquer d’audace et d’imagination. Rapport de cause à effet ? En avril 1940, il est expédié à la Mission militaire française de Colombie. C’est là que le touche l’appel du général de Gaulle. Il rejoint Londres où il devient sous-chef d’état-major. A ce titre, il accompagne le chef de la France Libre en Ethiopie et en Egypte. Ses responsabilités auprès de l’armée de la France Libre en gestation ne vont cesser de croître.

 

 En janvier 1943, il prend le commandement de la 2e brigade française libre, la future DFL qu’il ne quittera plus. Cette division, moins favorisée que sa cadette la 2e DB, est restée une division d’infanterie. Brosset est le chef idéal pour une telle troupe qu’il aime et qui le lui rend bien.

En 1944, elle entame sa cinquième année de campagne sous tous les climats : Libye, Tunisie, Italie, France. Après avoir débarqué en Provence, libéré Toulon, Lyon, Autun, elle poursuit les Allemands encore retranchés au pied des Vosges.

 

Le 20 novembre 1944, vers 7 heures, Brosset, radieux, quitte son PC de Melisey. « Tout marche bien, dit‑il, nous serons ce soir à Giromagny. » Comme à son habitude, malgré le froid et le mauvais temps, il est en short et conduit lui-même sa jeep découverte. Son aide de camp, Jean‑Pierre Aumont, est à ses côtés, son chauffeur Pico, à l'arrière. Ils visitent les brigades en coupant par les bois. Lorsque la jeep s'embourbe, le général descend et, jambes nues dans la neige, la sort de l'ornière. Décidément rien chez lui n'est banal, tout son comportement le fait aimer de ses hommes et provoque surprise et admiration des populations libérées.

 L’offensive a repris. Le BM 24 a dépassé les bois de Passavant et le BM 21 est au Pré‑Besson. Fébrile, le général lance en plus sur Plancher‑Bas l'escadron Barberot et un peloton de tanks­ destroyers. À 11 h 15, Brosset toujours en tête, la colonne investit Plancher‑Bas et vers 12 h 30 Auxelles‑Bas où les gens embrassent ce chef étonnant.

 

Un peu plus tard, en fonçant sur Giromagny, le général verse dans le fossé, cassant ainsi la direction de son véhicule. Il exulte de voir sa divi­sion progresser aussi vite : sept kilomètres depuis le matin. Il emprunte une jeep du 8e chasseurs et repart pour Champagney à la même allure.

 

En sortant de Plancher‑Bas, les fils d'un pylône tombé en travers de la route s'enroulent autour de ses roues. Il faut s'arrêter. Encore !

 Pas le temps d'attendre. Pressé d'arriver à Champagney où il doit transmettre ses ordres au commandant Saint‑Hillier, il intercepte une jeep du détachement de circulation routière, s'empare du volant. Son chauffeur a juste le temps de sauter à côté, Jean‑Pierre Aumont derrière. Le chauffeur de l'auto réquisitionnée peut quand même prévenir le général que celle-­ci déporte à gauche lorsqu'on freine.

Reparti en trombe, il a tôt fait de parcourir le kilomètre qui le sépare de Passavant, l'endroit où le matin même une barricade érigée par les Allemands avait arrêté ses hommes. Il arrive à cent à l'heure. Jean‑Pierre Aumont crie : « Attention le pont est miné! » Le général freine et donne un coup de volant pour éviter un fourneau de mine.

La jeep quitte la route et bascule par‑dessus le parapet de pierre. Il est aux environs de 16 heures. Le Rahin est en crue. L’acteur de cinéma  et le chauffeur parviennent à se dégager avant que la jeep ne soit engloutie. Le général, assommé semble-t‑il, est emporté par les flots glacés et rougeâtres du torrent. Le corps du général est retrouvé le 22 novembre.

 

Pierre Deveaux du bataillon des Chambarand (unité de FFI affectée au BM 4) qui a participé aux recherches, raconte : « […] le corps du général est retrouvé, retenu par un barrage de branches, i1 flotte face au ciel. Même dans la mort, il apparaît plus grand, plus imposant qu’il ne l’a jamais été. Une civière est descendue sur la rive. Deux équipes de dix hommes seront nécessaires pour hâler au sommet de la berge le valeureux général. Un lent cortège se forme pour ramener sa dépouille vers l'arrière, tandis que la division blindée qui monte en ligne, rend les honneurs au passage ».

 

Les obsèques du général Brosset ont lieu le 23 novembre à l'église de Lure. Il repose au cimetière de Rougemont (25) au milieu de ses hommes tombés en ce triste automne 1944.

 

 « Diego Brosset appartient à cette catégorie de généraux non classiques, pour ne pas dire en marge, comme les guerres de la Révolution et de l’Empire en ont produit quelques-uns en France …» a écrit Jacques Chaban-Delmas. 

 

Photos : François Bresson

 

 

 

 

Diego Brosset - hommage 2021
Diego Brosset - hommage 2021
Diego Brosset - hommage 2021
Diego Brosset - hommage 2021
Diego Brosset - hommage 2021
Diego Brosset - hommage 2021
Diego Brosset - hommage 2021
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Diego Brosset - hommage 2021
Diego Brosset - hommage 2021
Tag(s) : #Histoire locale