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La guerre de 1870 dans les délibérations du conseil municipal de Champagney

La guerre de 1870 opposa le Second Empire français au royaume de Prusse et aux autres États allemands, ses alliés, du 19 juillet 1870 au 28 janvier 1871.

De 1870 à 1873, la France a subi une occupation par l’armée allemande d’une durée variable, de quelques mois au sud de la Loire, jusqu'à trois ans pour certaines parties de l’Est terme du paiement de l'indemnité de 5 milliards de francs exigée par le traité de Francfort.

Les troupes d’occupation font en majorité partie de la Landwehr, la territoriale, qui garde les voies ferrées, les ponts et les points stratégiques, des troupes actives surveillant les places fortes.

Les autorités imposent aux communes et à la population le logement et la nourriture des troupes. Les habitants subissent des réquisitions de vivres, fournitures diverses : bétail, matériaux, vêtements etc. Les communes sont soumises à des contributions financières. Malgré la lourdeur des charges, l’occupation ne s’est pas accompagnée d'une pénurie alimentaire générale comparable à celle des deux guerres mondiales.

 

La guerre de 1870 dans les délibérations du conseil municipal de Champagney

A Champagney, à la séance du conseil du 23 avril 1871, la commune décide la vente par anticipation de la coupe affouagère n°26 « pour créer les ressources nécessaires au paiement des dépenses occasionnées par les armées allemandes.» Le conseil «Considérant que la commune a besoin de ressources dans un délai très rapproché et immédiat pour régler les dépenses innombrables de l’occupation et de la dévastation prussienne, que les habitants sont dans le plus grand dénuement en raison des circonstances, qu’il n’y a pas lieu d’admettre aucune discussion sur les observations de monsieur le conservateur (des forêts). »

Le 4 juin 1871 un emprunt de 40 000 francs est voté pour payer les réquisitions. « Les habitants de Champagney qui ont livré sur réquisitions pendant la dernière guerre des denrées, marchandises, bestiaux, objets mobiliers aux Prussiens, réclament la valeur de leurs livraisons, ayant un besoin urgent de cet argent pour réparer les pertes les plus préjudiciables et les plus sensibles par eux éprouvés pendant la guerre soit par les fournitures ci-dessus soit par le pillage de leurs maisons et ménages par les soldats allemands … »

La commune avait déjà ouvert un crédit de 25 000 francs le 8 septembre 1870 dernier pour couvrir les réquisitions garanties par les fonds libres de la caisse communale et les produits de la vente des coupes forestières extraordinaires de l’exercice 1870-1871.

« Il est de toute justice de venir en aide aux personnes que les réquisitions et le pillage ont mis au dépourvu et réduit au besoin le plus tôt possible et le seul moyen à employer dans ce but est de contracter un emprunt pur et simple. » Il le sera par l’intermédiaire de M Lamboley, notaire à Vesoul à un taux d’intérêt qui n’excédera pas 5%.

Le 25 juin 1871 est évoquée le sabotage de la ligne télégraphique. « La ligne télégraphique servant aux communications prussiennes était coupée fréquemment l’hiver dernier, que ce fait était l’objet de la part des Allemands de menaces très vives de mettre la commune à contribution, que pour éviter tout désagrément fâcheux il a été décidé que des surveillants seraient placés pour empêcher la rupture de ladite ligne, ce service a été confié aux sieurs Genet Augustin et Lacour Florian de Champagney moyennant la somme de trois francs par jour et a été fait pendant 59 journées dont 31 pour Genet et 28 pour Lacour de sorte qu’il est dû à ces personnes la somme de 177 francs. »

Le 27 août 1871, le conseil octroie 600 francs à Eugène Vuillemot. « Demande déposée par M Tourdot avoué à Lure à la sous-préfecture le 11 juillet 1871, représentant le sieur Vuillemot Eugène, maître d’hôtel à Champagney pour obliger la commune à payer au sieur Vuillemot les fournitures faites à l’armée allemande se portant à la somme de 2634,75 francs. » Sur le compte-rendu de la même séance on peut lire : « Il est dû au sieur Mathey, aubergiste à Champagney, une somme de 250 francs, représentant le montant des réquisitions qui lui ont été adressées. »

Le 24 septembre 1871, 7000 francs sont prélevés des fonds libres de la commune qui se montent à 10 987 francs, pour le remboursement des réquisitions allemandes.

Le 12 novembre 1871, 40 francs sont destinés aux « … dépenses faites par les garde nationaux de la commune chez différents restaurateurs de la localité lorsqu’ils ont été requis de prêter main forte à la police ou d’agir en son nom pendant la guerre dernière et d’opérer à l’évacuation d’un troupeau de bétail destiné à l’armée prussienne qui avait déjà atteint la hauteur de Belfort. »

Le 10 décembre 1871, la somme de 640 francs est votée « pour acquitter les frais d’un emprunt de 31 000 francs fait par la commune au sieur Munck Antoine de Champagney et par l’intermédiaire du notaire Lamboley de Vesoul pour le paiement des réquisitions allemandes. »

 

La guerre de 1870 dans les délibérations du conseil municipal de Champagney

Le 31 mars 872 Théophile Tugnot, J F Mathey, Augustin Lambelin, Théophile Mozer et Xavier Courand reçoivent 50 francs parce qu’ils « ont été requis de faire des transports pour l’armée française de laquelle ils n’ont rien reçu et n’ont rien à recevoir d’après la décision ministérielle, que leur travail n’a pas duré 24 heures, que cette occupation leur a occasionné des dépenses qu’il est juste de leur rembourser.»

Le 19 mai 872, l’assemblée vote la somme de 50 francs « pour contribuer à l’érection du monument commémoratif à Villersexel sur la tombe de nos soldats tombés sur le champ de bataille en cet endroit. »

Le 12 août 1872 sont évoquées les réquisitions de fourniture de pain aux mobiles de la Haute-Garonne sur la fin de 1870. « Les bons de fourniture envoyés à M le sous-intendant militaire de Vesoul pour payer le sieur Mayer Urbain, boulanger à Champagney, ont été égarés. Obtenu des duplicatas du corps des mobiles de la Haute-Garonne, considérant que la déroute de l’armée n’a pas permis de réclamer à la trouve aucun paiement, que toutes les demandes ont été faites en ce but, vote la somme de 273 francs pour être payée au sieur Mayer Urbain, boulanger à Champagney. »

 

Le 10 octobre 1872 « Le conseil à l’unanimité, vote la somme de 12 669,83 francs de subsides accordées au sujet de l’invasion allemande aux habitants de la commune qui ont subi des perte suite du pillage et de l’occupation allemande entre les ayants droit, sur l’état qui sera dressé et présenté par le conseil municipal sur les bases de celui arrêté par la commission cantonale. »

10 novembre 1872, l’assemblée destine 50 francs de » contribution « à l’érection d’un monument funèbre à élever au centre du département à la mémoire des soldats qui ont succombé dans la défense du pays. » Il s’agit probablement de la colonne commémorative des Mobiles de la Haute-Saône, place de la République à Vesoul.

Le 9 février 1873, les élus votent 15 francs « pour indemniser le sieur Ruez Jacques, tailleur à Champagney, de la fourniture d’une taie de lit et de deux oreillers neufs qu’il a faits sur réquisition de la commune pour l’armée du siège de Belfort et dont il ne lui a pas été tenu compte jusqu’à présent. »

Le 4 mai 1873, on parle du pharmacien à Ronchamp Frossard qui « a fourni pour le compte des communes réquisitionnées par l’armée prussienne du siège de Belfort des médicaments pour une somme de 117,10 francs suivant l’état qu’il en a établi, il est en outre réclamé par M le vétérinaire Piguet de Lure une somme de 16 francs pour visite des chevaux destinés à la même armée.

Ces réclamations faites tardivement n’ont pas pu être réglées et réparties au moment de la liquidation des réquisitions à supporter par chaque commune, malgré cela il semble juste de contribuer au paiement réclamé dans la proportion arrêtée entre les communes qui est de 33,70% pour Champagney. » Le vétérinaire, Honorin Piguet recevra 44,80 francs.

A la même séance, on vote 400 francs « pour l’acquisition de petits canons mortiers montés pour servir dans les fêtes et cérémonies publiques et remplacer les six petits canons qui ont été enlevés par les Prussiens lorsqu’ils sont venus envahir la communes. »

Le 4 mai 1873 est évoquée la préservation du bétail : « Pendant l’occupation prussienne, après les hostilités, alors qu’aucun service ne fonctionnait, il a été vendu au sieur Febrey François Marie du Pied-des-Côtes, moyennant 563 francs et au sieur Demange Constant du même lieu, moyennant 36 francs, deux baraques ayant servi de refuges au bétail de la commune sauvés ans les bois communaux pour échapper aux réquisitions des Prussiens, que le produit de cette vente porté au budget de 1872 n’a pas été recouvré par le receveur municipal. »

 

Le 1er mars 1874, des concessions de sépultures de militaires sont abandonnées au profit de l’Etat « Il y a dans le cimetière communal quatre sépultures distinctes de militaires français et d’une d’un militaire prussien, que le prix d’une concession perpétuelle étant de 150 francs serait pour les cinq de 750 francs dont le tiers revient aux pauvres. Le conseil dans un but patriotique pour alléger les charges de l’Etat abandonne la portion de concession revenant à la commune soit 500 francs, réserve celle revenant aux pauvres s’élevant à 250 francs qui sera versée dans la caisse du bureau de bienfaisance. »

 

Le 8 mars 1874, il est encore question de rembourses des réquisitions. « La commune a payé aux habitants le montant de leurs réquisitions en bestiaux, marchandises et objets de première nécessité avec un emprunt de la somme équivalente, qu’il a été entendu que les dommages résultent du pillage, logement et nourriture des troupes, seraient indemnisés plus tard au moyen des subsides que promettait le gouvernement, que le premier subside de 12 669,83 francs ayant été réparti proportionnellement entre les perdants, il est de toute justice de faire le même emploi du second que les habitants attendent impatiemment. Que l’emprunt fait par la commune est intégralement remboursé au moyen du produit des ventes des coupes affouagères et par conséquent au moyen des sacrifices que se sont imposés les perdants en abandonnant leur droit s’affouage … le deuxième subside de guerre de 17 015 francs sera réparti aux perdants de la commune au marc le franc du chiffre arrêté de leurs pertes totale. »

Avec une suite le 17 mai 1874. « Un second et dernier subside de 17 015 francs est accordé à la commune pour dédommager les pertes subies pendant la dernière guerre. » Un emprunt de 17 000 francs est contracté « dans les conditions les plus avantageuses pour douze ans. »

 

La dernière délibération évoquant la guerre de 1870 est datée du 14 décembre 1879. « L’entretien des tombes des soldats inhumés dans le cimetière communal restera à la charge de la commune » Ceci malgré la loi du 04 avril 1873 qui prévoit cet entretien à l’Etat.

 

 

 

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