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SOLDATS ET RÉFUGIÉS

Septembre 1939 - mai 1940    

Les conscrits de la classe 1939 font leur tournée. Après un passage au café Périgal, ils font un arrêt, non loin de là, chez paul Gouhenant où le protographe les immobilise un instant (Maison André Olivier, 1 rue Senghor).

De G à D, 1er rang : Paul Graffe, Paul Mur, Marius Grisey « Macapoix », Gabriel Pautot.
2
ème rang : Raymond Michel, André Helle, Maurice Lacour, André Carlinet, Alfred Mettetal.

classe 39 garçons


Tout comme les conséquences de la défaite de 1870 contenaient les germes de La Revanche, le Traité de Versailles de 1919 fut une bombe à retardement. Son détonateur, le nazisme, en accéléra la mise à feu. Vingt brèves années de paix ...

 

 

A la fin des années Trente, la guerre semble donc inéluctable et les Accords de Munich (29 septembre 1938) leurrent une grande partie des Français (une mobilisation partielle a eu lieu peu de temps avant), alors qu’une autre, minoritaire pense que c’est reculer pour mieux sauter.

En effet, en mars 1939 Hitler s’empare de la Tchécoslovaquie, puis c’est la crise de Dantzig. Prise au piège de ses alliances, la France déclare la guerre au 3ème Reich nazi le deux septembre 1939. Mais rien ne se passe et on s’installe dans une guerre sans combats qui va s’éterniser huit mois. (Roland Dorgelès, rescapé de 14‑18, effectue un reportage aux armées qu’il intitule : « Drôle de Guerre »).

 

Dès le deux septembre 1939, le 10° régiment du génie s’installe à Champagney dans le tissage Dorget désaffecté et une section d’aérostiers prend ses quartiers à l’ancienne fonderie Corbin. Ils y font aussitôt un dépôt de gaz.

Tous ces soldats vont s’organiser et devenir familiers aux villageois. Des officiers logent chez l’habitant. Un mess se trouve au Mont‑de‑Serre et une roulante est installée non loin de là, dans la maison Grandjean (Réau). La cohabitation se fait dans une bonhomie générale. Les soldats font leur lessive dans les ruisseaux. Ils sont si bien intégrés qu’il y a même un homme du génie qui apporte sa contribution au patronage apprenant L’Hymne à la Joie aux jeunes Champagnerots.

 

Tous fréquentent les cafés du village et les aérostiers ont pris l’habitude d’emprunter la passerelle qui conduit à la fonderie. Certains vont se promener jusqu’à Eboulet. L’on se souvient encore de leur uniforme bleu et de leur accent du midi. Ces méridionaux peu habitués à la neige organiseront, cet hiver-là, de fameuses batailles de boules de neige. De grands enfants ...

Les aérostiers effectuent des missions au départ de Champagney. Paul Pernot, alors propriétaire de la fonderie, se souvient d’un retour de mission dramatique avec deux morts et une nacelle maculée de sang.

Le préau des écoles était lui aussi occupé par des aérostiers. Ceux‑ci donnaient volontiers des gâteaux vitaminés aux enfants des alentours. Leurs officiers avaient installé un poste de commandement à la maison Guyot, en face du cimetière. C’est là que fut conduit le pilote d’un avion allemand tombé au Noirmouchot. A la nouvelle de cet évènement les filles Hambert, curieuses, enfourchent leur bicyclette. Leur mère s’écriera : « Vous avez bien le temps d’en voir! ». C’est un fait, l’ennemi finira bien par arriver...

 
      carte pain 1


Au tissage Dorget où tous les métiers à tisser avaient été poussés dans un coin, les soldats du génie fabriquent des barques en bois, montent une école de camouflage et creusent des tranchées, un peu plus haut, au Monceau. Ils ont aussi, durant cette période, réquisitionné l’atelier de Robert Sonet rue de la Gare (Serrurier‑ferblantier : actuel site Barberot). Pendant ce temps, des artilleurs avaient monté un atelier à l’entrée du village (derrière l’actuelle propriété du docteur Lamboley).

 

Outre les hommes du génie, le tissage reçoit le parc du matériel de la 8ème armée alors déployée en Haute Alsace. Tous les régiments viennent s’y servir et on y trouve tout ce qu’on peut imaginer être utile à une armée en campagne : des milliers de lampes, des haches, des perceuses, de la peinture, des toiles, de l’huile de lin, des ampoules, des outils de toutes sortes, des pompes Japy ... mais pas d’armement. Inutile de préciser qu’à leur arrivée les Allemands s’empareront de tout ce matériel.

Un autre dépôt militaire se trouvait dans des baraques situées peu avant la carrière Drouart à Passavant. Il semble qu’il y ait eu là des armes puisque Roger Jolain, gamin, y a pris des cartouches juste avant de se faire surprendre par les Allemands (ceci après le 18 juin).


Ci-dessous, la classe 1939 en compagnie des filles :

De G à D : Pierre Henry, Simone Ribaud (classe 40), Raymond Michel, Paul Graffe, André Helle, Gabrielle Descamps, Jeanne Ribaud, Paul Mur, Albert Lecrille, Maurice Lacour, Marie Louise Burkalter, André Carlinet, Gabriel Pautot, Paul Mathey du Chérimont, Marius Grisey, Marcel Rault, René André, Charles Billerey

 

classe 39
L’autre grand souvenir de ces étranges mois d’attente est le passage des réfugiés. L’Alsace est évacuée sitôt la déclaration de guerre et Belfort est déclarée ville ouverte. Dès le trois septembre les centres d’accueil de Champagney et de Frahier sont mis en activité et quinze wagons de paille dirigés sur la gare de Champagney.

 

 

Le deux septembre, le maire de Champagney reçoit une note de la préfecture lui annonçant l’arrivée de plus de 8000 réfugiés à disperser dans les communes du canton.

Champagney doit en accueillir 2530. Cette note tombée à treize heures est complétée à 14h30 par une autre plus précise : « Evacués Belfort arriveront demain au nombre de 6350 – Chaque Maire est avisé du nombre de réfugiés à recevoir … Veiller à répartition logements, hygiène, eau, soins médicaux dès arrivée – Evacués seront porteurs deux jours de vivres. Officier qui vous est adjoint assurera liaison avec intendance qui doit contribuer à ravitaillement mais sous votre autorité … Organisez ce ravitaillement avec votre commission d’achats. Achetez dès maintenant vivres journées mardi et suivantes. Engagez dès maintenant dépenses nécessaires, sans gaspillage … »

(Télégramme du Préfet à Jules Taiclet ‑ Chef du centre de recueil de Champagney ‑daté du 2 septembre 1939, 14 h 30 - Archives de Vesoul).

 

Ces réfugiés belfortains seront en partie dispersés par les soins de la mairie chez l’habitant. Ils séjourneront à Champagney de quinze jours à plusieurs mois.

A partir du douze septembre, les réfugiés espagnols quittent le département (Champagney a accueilli des réfugiés espagnols en 1937. Plusieurs familles de Bilbao, puis de Barcelone furent logées à l’ancienne école des filles. D’autres femmes et enfants fuyant la guerre civile espagnole furent installées au Ban. Mimi Kibler les ravitaillait pour le compte de la mairie) et les Belfortains sont rapidement suivis des Alsaciens arrivés à pied avec chariots et voitures à plateaux. Triste cortège dont les images sont bien connues. Théoriquement ils ne doivent que passer. Mais certains, comme les familles Ritter ou Kielwasser, s’installeront à Champagney pour la durée de la guerre. (Ainsi la Haute‑Saône, d’étape provisoire, deviendra un lieu de refuge permanent. René Kielwasser sera tué par les bombardements en 1944).

 

Les mairies doivent venir en aide à ces personnes déplacées. Le sept septembre le ministre Frossard visite le centre d’hébergement de Champagney. Un grand nombre d’Alsaciens essentiellement du Haut‑Rhin, semble‑t‑il, originaires de Saint‑Louis, de Kembs, séjourneront plusieurs mois à Champagney. Ils seront hébergés pour une part chez l’habitant.

Une grande partie du village de Blotzheim sera là avec son maire, l’un des rares à s’exprimer en français. Les pompiers se chargent de leur ravitaillement (bons en mairie) allant jusqu’à chercher des fagots de toquotes à Plancher‑Bas pour leur chauffage  (Une douzaine de pompiers dépendants directement du préfet seront mobilisés sur place pour accueillir les réfugiés. À la mi‑juin, ces hommes quitteront le village à vélo et rencontreront les Allemands à Lons‑le‑Saunier. Ceux‑ci leur diront de rentrer chez eux. Ils seront ainsi de retour dès la fin juin).

 

Tout ce monde est réparti dans les écoles, à l’ancienne école des filles, chez Helle ... Leurs véhicules, chariots, voitures à échelles ainsi que les chevaux, sont parqués sur les terrains derrière la mairie. Tout sera vendu aux enchères lorsque leurs propriétaires partiront pour Bordeaux : un train complet au départ de Champagney.

Les mairies croulent sous les notes préfectorales. L’ère des réquisitions et des économies est bien commencée. Après les chevaux de labours début septembre, l’armée a besoin de couvertures. Il faut économiser l’essence et le pain. Enfin, pour couronner le tout, le mauvais temps est de la partie : d’importantes chutes de neige – recouvrent dès fin octobre, tout le département. (Ce fut un hiver très enneigé. Avril verra les dernières chutes de neige).

    carte pain 2

En avril 1940 a lieu un recensement en vue de la distribution des cartes de rationnement. Le même mois l’armée décide de faire passer une ligne électrique dans la forêt du Chérimont et un comité d’entraide aux mobilisés et à leurs familles est créé à Champagney. La bibliothèque municipale est fermée pour la durée de la guerre (depuis le quatre novembre 1939) et un projet d’assistance entre les pompiers des villages voisins est mis sur pied.

Malgré tous ces évènements anormaux et directement liés à la guerre, du fait de la longueur de l’attente, on s’est habitué à cette anormalité. Le réveil n’en sera que plus brutal et l’angoisse plus grande.

 

Pendant ce temps :

Jules Démésy, de Champagney, qui faisait son service militaire au 1er RTM, a quitté le Maroc pour combattre en Belgique puis en France avec ses camarades. Il sera tué le 26 mai 1940.

Voir ici : Cher Petit - 1 - Avant-propos

1er RTM



Théodore Bès, de Champagney, douanier à Strasbourg - alors déclarée "ville ouverte" pose avec ses collègues. Il sera fait prisonnier, malgré son uniforme de douanier, lors de la débâcle de 1940. (5ème en partant de la droite - debout)

Strasbourg 11-12-39

 
Gance 1939
Alexis Gance, de Champagney - 1er à gauche - est lui aussi mobilisé ...


école 10-04-1939
L'école de Champagney le 10 avril 1939



texte extrait de :Cham 3





















   


Voir la suite : 1939-1940 à Champagney - 2 - la guerre effective

Tag(s) : #Histoire locale