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    BUNDES~1

LA GUERRE EFFECTIVE

mai‑juin 1940    


Les Allemands lancent leur offensive sur la France le 10 mai 1940. Un mois plus tard, en cinq jours, notre département sera submergé. Le 15 juin les divisions du général Guderian, au sortir de Langres, abordent la500px-Almanach 1940 Haute‑Saône. Le coup de faux allemand a pour but de couper la retraite aux armées françaises d’Alsace et de Lorraine en voie d’encerclement. Ainsi, venant de l’ouest et du sud l’ennemi va donner l’impression d’arriver partout en même temps. Plus qu’une impression ... Les Français de la 8ème armée alors les yeux fixés sur le Rhin et redoutant même une violation de la Suisse, tombent des nues. (La 8ème armée comprenait dans ses divisions de forteresse de nombreux réservistes du Territoire de Belfort et d’Alsace. Elle recevra l’ordre du Général Laure d’abandonner la berge du Rhin pour couvrir Mulhouse, puis Belfort. Ce général sera fait prisonnier avec son armée.)

C’est la cohue sur les routes : des réfugiés et des troupes refluant de Champagne et de Lorraine ou se repliant sur le Doubs. Le douze juin, le préfet avait pourtant envoyé une note aux maires demandant aux populations de ne pas quitter leur domicile.

 

Ce même 15 juin les Allemands entrent à Champlitte et, le lendemain, ils investissent Besançon. Ils vont s’infiltrer partout, les 1ère et 2ème panzerdivision se partageant notre secteur. Heinz Guderian prenant personnellement la tête de la 2ème panzerdivision fonce sur Besançon et Pontarlier.

Toujours ce samedi 15 juin, tombe cet ordre apparemment officiel et qui va bouleverser l’existence de nombreux jeunes garçons pour plusieurs mois : tous les jeunes gens du département doivent se diriger sur Dijon.

A Champagney, c’est le garde‑champêtre Jean Lemercier qui véhicule cette nouvelle. André Beurier se souvient de son avis : « Les classes 40, 41, 42, 43 doivent rejoindre Dijon via Gray par leurs propres moyens. » (Une partie de la classe des jeunes de vingt ans est alors mobilisée).

Le garde repasse vers vingt‑deux heures : « Ils doivent partir immédiatement par Héricourt et Baumes-les-Dames. » Tout le monde est donc parti se souvient notre témoin. Les jeunes du Pied‑des‑Côtes se mettent en route à vélo et arrivent à Besançon le lendemain en même temps que les Allemands.

Au Centre, Émile Cuenin se souvient également du tambour de Jean Lemercier. Il partira le 15 en soirée avec quelques camarades et sera en Ardèche le 22 juin, jour de l’armistice. Un autre groupe d’une douzaine de garçons (dont Maurice Gouhenant, Alfred Graizely et Robert Vissler) est informé par les gendarmes : « Les Allemands sont à Gray ! ». Le temps de préparer une musette, les voilà partis.

jeunes juin 40
Cette photo montre un des groupes de garçons ayant quitté Champagney à vélo le 15 juin 1940. Après avoir peiné dans le flot des réfugiés qui encombrent les routes, ils se retrouvent à Saint-Marcelin dans l’Isère où ils sont accueillis en tant que réfugiés.

Les dix jeunes Champagnerots qu’on voit là le 7 juillet 1940 aideront les paysans du village de Chevrière et des environs pendant près d’un mois. Puis ils prendront la décision de rentrer au village, seront bloqués à Saint-Claude où il leur faudra passer clandestinement la ligne de démarcation.

De G à D :

Assis : Marius Démésy, André Wissler, Alfred Gaizely, Jules Démésy, un Belge Liek réfugié à Champagney et Maurice Gouhenant.

Debout : Robert Kramer, Robert Vissler, Léon Mettetal et Gabriel Hambert.


 Le secteur d’Héricourt est alors envahi de militaires épuisés, étendus dans les prés et les fossés. La traversée de Besançon est épouvantable, le flot des réfugiés les obligeant à marcher à côté de leur bicyclette.

 

Tous se retrouveront à faire les paysans au sud de la ligne de démarcation et connaîtront bien des difficultés pour rentrer au village natal (suivant la fortune de chacun, le retour se fera entre octobre et décembre 1940).

L’un des rares à ne pas filer à vélo est Mimi Kibler. Informé également par les gendarmes, il quitte le village le 16 en compagnie d’André Bourquard et de Louis Richard (fils de l’instituteur du Magny) à bord de deux motos. Après un crochet par Saint‑Etienne où ils retrouveront d’autres jeunes de Champagney, ils échoueront dans l’Aveyron. Plus chanceux, notre garagiste sera de retour dès juillet.

Ces quelques journées dans la pagaille de l’été quarante, la condition de réfugié au bout de la route, puis pour finir la difficile remontée avec l’aléatoire et dangereux passage de la ligne de démarcation, furent parmi les moments les plus denses de l’existence de ces hommes aujourd’hui septuagénaires. Ils n’ont rien oublié ... (ce texte a été écrit dans les années 1990).

 
classe-40-filles-copie-1.jpg

Les filles de la classe 40 : de G à D :Simone Jacquot, Julie Bruey, Elisabeth Campredon, Madeleine, Galley, Germaine Pautot (en arrière), Jeanne Dagneau, Georgette Jeandidier, Marguerite Roussiaux, Germaine Grandjean. Photo du 14 janvier 1940    .




A Champagney, en ces chaudes journées, on sait les Allemands proches et on a peur. Beaucoup sont terrorisés. C’est là le résultat de bruits qui courent, ou qu’on fait courir. Mais cet état d’esprit est aussi entretenu par les anciens combattants de 14‑18 : « Les Allemands coupent les mains des enfants ! »

Souvent ces Anciens de l’autre guerre font creuser des abris, des tranchées couvertes, dans les jardins ou derrière les maisons. De plus, vers le dix juin, les soldats français aménagent un barrage antichar au niveau de la boulangerie Mathey : des trous creusés dans la chaussée avec des poutrelles en fer plantées en leur milieu. Ils déclarent mi‑figue, mi‑raisin : « Il faudra évacuer les femmes et les enfants, ça va faire fort ! » Cette peur a pour effet de provoquer le départ d’une minorité qui s’enfuit en automobile. Pour les autres la première réaction est de quitter sa maison et de s’éloigner du centre.

C’est ainsi que les familles Mathey et Bourquard montent à Belfahy vers le 15 juin. Curieux et fébriles, ils redescendront vite mais se cacheront à nouveau au Petit Ban dans le tunnel d’alimentation du Bassin. Ils y passeront la nuit du 17 au 18 juin.

Le 17, il y a beaucoup de soldats français au café Kibler. La famille d’Edmond Kibler est elle aussi sur le point de partir. Des soldats tentent de les en dissuader : « Ne partez pas, les Allemands ne veulent pas vous faire de mal ! » En vain. Ils arriveront à Belfahy en même temps que les Allemands ! Le lendemain, de retour à Champagney, ils reconnaîtront parmi les Allemands patrouillant au village, certains des hommes qui portaient l’uniforme français la veille au café ...

Sur ce sujet, illustrant la réalité de ce qu’on nomma « 5ème colonne », Marguerite Jacquot raconte qu’avant le 15 juin, alors au Ban, des soldats français leur conseillaient de partir. Les familles de ce quartier de Champagney chargèrent alors les charrettes, allèrent dans un premier temps au Chérimont, puis sur Belfort. Il fallait rejoindre Lyon. Finalement ces habitants feront demi‑tour et rentreront chez eux.

Plusieurs familles choisirent la colline du Bermont pour passer les nuits de cette mi­-juin. Norbert Sarre et sa mère se réfugièrent une nuit dans la forêt, non loin du puits du Chanois. Chez Gouhenant on fait fiévreusement les valises pour gagner Sous‑lès‑Chênes. Il s’agit bien de quitter les grands axes pour un site jugé éloigné d’éventuels combats. C’est la guerre, tout peut arriver ...

C’est bien pour la même raison que le 16 juin, la famille de Paulette Ballay charge une voiture à échelles et se met en route pour le Pré‑Besson où habitent les grands‑parents. Pris d’un remords ‑ ils ont abandonné la maison ‑ ils rentreront dans la journée et seront bombardés au retour par des avions italiens.

Ce même après midi des avions italiens mitraillent le centre du village. Élisabeth Campredon a juste le temps de se réfugier à la pharmacie au moment où Marguerite Vendrely se hâte de mettre les volets de bois.

L’Italie a déclaré la guerre à la France le 10 juin. « La France, défaite impute alors aux aviateurs fascistes tous les bombardements infligés aux non-combattants » écrit le Général Bertin (« Résistance en Haute-Saône » - 1990, ed D. Guéniot) qui démontre que les avions italiens n’ont pas agi dans notre secteur. Il y a d’abord la difficulté de reconnaître le symbole peint sur leur carlingue - trois haches de licteur sur fond blanc cerclé de noir, et non pas une cocarde vert, blanc, rouge - mais aussi les Allemands « qui confirment qu’il n’y a pas eu intervention d’équipages italiens dans leur zone d’engagement » (Le bulletin d’information de la préfecture évoquant l’exode des réfugiés écrit cependant : « Les avions allemands et italiens les bombardent sans pitié » -  N°16, 4ème trimestre 1969.)

Quoiqu’il en soit depuis le début du mois les raids aériens se sont multipliés sur le département et, apparemment, c’est ce même 16 juin qu’un bombardement frappe les bains‑douches et la salle des fêtes de Ronchamp. (Le premier juin 1940, un Heinkel s’écrase au Grand Crochet. La destinée de l’équipage : deux tués et un prisonnier pris sur place. Un quatrième homme sauté en parachute sera capturé à Frahier le trois juin, le radio ayant sauté sur Héricourt).

 

A cette date, il n’y a plus guère d’hommes à Champagney. Il reste les Anciens dont l’état d’esprit est résumé par Émile Marsot : « Autant être tué chez soi que sur les routes ! » Outre ceux qui ont choisi la fuite et la jeunesse partie le quinze, il y a bien sûr les hommes mobilisés. Mais il faut encore citer les employés du chemin de fer évacués avec leur famille par un train spécial. Bloqués à Clerval dans un embouteillage monstre de trains militaires et de réfugiés, ils seront bombardés par les Italiens et finalement rentreront à Champagney à pied.

Les ouvriers mineurs qui ont, quant à eux, reçu une affectation pour le Massif Central, partis à vélos, seront coincés à Baume‑les‑Dames et rebrousseront chemin.

Le 17 juin, vers vingt heures des éléments de la 2ème panzerdivision sont à Lure. Le lendemain en fin de matinée il n’y aura plus de résistance dans la sous‑préfecture.

A Besançon la 1ère panzerdivision s’est scindée en deux. Une première partie se dirigera alors sur Montbéliard et prendra Belfort le 18 juin. L’autre moitié, par Rioz et Villersexel rejoindra Giromagny. Ce sont ces éléments qui traverseront Champagney ce même 18 juin 1940.

     
1er RTM b

     
Jules Démésy, de Champagney,  avec ses camarades du 1er RTM (Accroupi, le 2ème à gauche). A la date du 18 juin Jules est mort. Il a été tué le 26 mai à Meurchin (Pas-de-Calais).

classe 40 garçonsLa classe 40, les garçons

G à D

Assis : Lucien Rollet, Charles Billerey, Paul Sarrazin, Maurice Vissler, Bernard Castel Henri Sarre

Debout : Fleur, Maurice Boillat, René André, René Anjoubaut, Emile Follot, Robert Kramer, Georges Peroz, Marcel Perney, Jean colney

classe 40
Ce 14 janvier 1940, tous réunis au milieu de la route devant l'hôtel du commerce. On fait mine de se réjouir, mais on imagine ce que chacun peut ressentir au plus profond.

  classe-40-noms.jpg



Voir aussi : 1939-1940 à Champagney - 1 - soldats et réfugiés


Texte extrait de :Cham 3

Tag(s) : #Histoire locale