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CHAMPAGNEY


L’ARRIVÉE DES ALLEMANDS

Le 18 juin 1940

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Origine inconnue

Les Allemands, tourbillon vert, investissent Champagney le 18 juin 1940. C’est une chaude et belle journée ensoleillée.

Trois jours auparavant, le 10° génie s’est replié sans que personne ne prenne la décision de détruire les approvisionnements et le matériel qui tomberont intacts aux mains de l’ennemi. Le 16 juin d’autres éléments français quittent le village pour le Territoire de Belfort. Le 18 enfin, il ne reste plus que quelque cent cinquante artilleurs complétement isolés et dispersés chez l’habitant.

 

Ce matin là, les voies de chemin de fer sont encombrées de trains. Un train militaire est stoppé à la prise d’eau de la gare. Il ramène du nord, via Nancy, 1500 hommes du 15° génie, une unité de forteresse avec son matériel. Il y a aussi des trains de ravitaillement et des wagons remplis des biens de réfugiés égarés dans la tourmente. La pagaille est telle que ces trains forment un embouteillage jusqu’à la Houillère, voire plus loin encore.

DSCF0598Le site, aujourd'hui, au niveau de la gare


Des soldats descendent du train pour se procurer un peu d’épicerie au café Grisey en face de la gare. Ils viennent de la ligne Maginot et règlent leurs achats en tabac.

Les habitants de Champagney savent les Allemands proches et les attendent dans les conditions que l’on sait. Le curé Gaillard s’est réfugié au château de la Houillère chez le directeur Michel Detève, laissant seul son vicaire l’Abbé Meyer (Arrivé à Champagney en 1939, l’Abbé Meyer d’origine suisse, donc non mobilisé, vient seconder un curé Gaillard âgé et malade qui n’avait eu de vicaire jusqu’alors. Il restera jusque vers 1942).

abbé MeyerL'abbé Meyer témoigne après la guerre

Celui‑ci, ce mardi, après avoir dit sa messe du matin, au moment où il sort de l’église par la petite porte côté cure, voit un side‑car allemand. L’engin fait trois fois le tour de l’église. Cette avant‑garde discrète, des « des colliers de chiens » (Expression dont l’origine est liée à la plaque suspendue par une chaîne au cou des feldgendarmes), un pilote et un homme armé d’une mitraillette, constate que le village est quasiment désert. La scène se passe entre sept et huit heures.

Les Allemands au cours de cette campagne éclair ne veulent pas perdre de temps en combats subalternes. Ainsi, si les combats pour investir Lure se prolongent jusqu’à treize heures, l’ensemble de leurs forces venue de Vy‑lès‑Lure est à Moffans et Lyoffans dès sept heures et poursuit rapidement sa route sur Belfort.

On imagine ce side‑car faisant demi‑tour pour aller ensuite rendre compte. Un peu plus tard, vraisemblablement entre sept heures trente et huit heures, la colonne allemande arrive à Champagney. Les habitants réfugiés au Bermont l’aperçoivent dans la Plaine.

Le secrétaire de mairie Paul Jacquot est devant la mairie en compagnie de Jean Lemercier. Même si, à cette date, la surprise n’est plus de mise, leur sang se glace. Le premier s’exclame : « Ce sont les Allemands ! ». Plus loin, vers la poste (bar de la mairie) un groupe de soldats français pense qu’il s’agit de soldats polonais. Paul Jacquot qui a précipitamment quitté la mairie et remonté la rue, leur dit quelle est leur méprise. A partir de cet instant tout va aller très vite.

Les blindés allemands arrivent à leur hauteur. Paul Jacquot est maintenant au bord de la route devant le grand immeuble qui abrite le tabac (Il habitait lui- même la maison située juste derrière, mais visible de la route), il a été rejoint par M Beaumier, greffier de justice de paix. Entre temps, les soldats français ont jeté leurs armes et se sont rendus. Ce sont les premiers prisonniers. Un char s’est arrêté à la hauteur des deux civils. Le tankiste qui les domine s’exprime dans un français impeccable et leur apprend qu’il est en terrain connu car ayant travaillé autrefois aux mines de Ronchamp ! Cette conversation est brutalement interrompue par des tirs provenant de la ligne de chemin de fer. Sur les conseils de l’Allemand, Paul Jacquot et M Beaumier courent se mettre à l’abri chez le premier dont la famille est terrée à la cave. Les Allemands se précipitent entre les maisons en direction des trains, proches du centre à cet endroit, et ripostent. Des soldats français sont grièvement blessés dans ces jardins. Le docteur Duclerget sort de chez lui, s’occupe d’eux, en soigne un qui a une jambe coupée. Les prisonniers sont nombreux (Souvenirs de Marguerite Jacquot, fille de Paul Jacquot).

la place CPLes premiers combats eurent lieu entre le groupe de maison à gauche et la ligne de chemin de fer

Cette violente escarmouche n’a pourtant pas stoppé la colonne des envahisseurs qui, vers huit heures, atteint la gare. C’est probablement au cours de ces trente minutes qu’a lieu le sacrifice du lieutenant Stiefvater. (voir plus loin)

Les détonations provoquées par les combats du centre parviennent aux hommes du génie en attente plus haut sur la voie de chemin de fer. De nombreux Français vers la gare se sauvent en catastrophe. Les bicyclettes disparaissent en un clin d’œil et les chevaux errent, désœuvrés. Les Allemands avancent rue de la Gare. Ils ouvrent le feu sur les trains au niveau du cimetière. Les Français tués le sont derrière chez Malblanc, les locomotives explosent. Un obus incendiaire atteint la maison Jeanblanc au Mont‑de‑Serre.

L’horloge comtoise marque huit heures dix, lorsqu’André et Georgette Jeanblanc sont brutalement tirés du lit par leur père : la maison brûle. A cet instant, ça tire du côté de la gare. « On entend crépiter les mitrailleuses un quart d’heure au maximum »  se souvient André. Le toit de leur maison s’effondrera vers dix heures. La famille est sauve, mais hormis leurs quatre vaches, ils ont tout perdu. Ce seront les seuls sinistrés de 1940.

 

Au moment où les Jeanblanc font sortir les animaux de l’étable, de nombreuses familles du quartier, poussant des voitures à panier préparées la veille, se sauvent dans les bois en direction du Champey. Elisabeth Campredon raconte : « Ça tirait, on entendait des cris, des choses tombaient. » Plus tard des avions survoleront le village, mais ils ne tireront pas.

 

De nombreux soldats français ont sauté des trains du côté du Mont‑de‑Serre et se sont enfuis dans les bois, vers le Champey, le Bermont. Certains d’entre eux seront recueillis par les habitants, cachés, changés, les uniformes et les papiers brûlés, puis conduits plus tard, de nuit, vers des pistes forestières (Beaucoup seront repris les jours suivants à la ferme de Passavant).

Vers onze heures, au Petit Ban, Yvette Mathey rencontre des combattants français ébouriffés et affolés venant de se battre et cherchant à fuir. Le Bois du Roy est jonché du barda de nos soldats disparus précipitamment, de cantines, d’armes et de chevaux abandonnés.

A Champagney, des fusils et des mousquetons en grande quantité sont éparpillés dans les prés et les jardins de chaque côté de la voie ferrée. Il y en a même plein les ruisseaux du Mont-de‑Serre.

Une colonne de prisonniers descend la rue de la Gare et l’ennemi, que rien ne peut arrêter, continuer à monter. Les Français sont rassemblés sur la place du village dans l’attente de leur sort. (Un camp de prisonniers français a été improvisé à Lyoffans. 20 000 prisonniers y auraient été regroupés en ce mois de juin). Des femmes du voisinage n’écoutant que leur cœur leur apportent de l’eau et proposent des draps pour ensevelir les tués. L’Abbé Meyer qui, fébrile, a quitté la cure en quête du malheur, découvre au bord de la route, devant la poste, le cadavre du lieutenant Stiefvater (voir plus loin). Bouleversé par la brutalité de l’ennemi, il poursuit son chemin ensanglanté : « Ma soutane m’a servi de laissez-passer. Certains soldats allemands riaient en me voyant, d’autres saluaient, d’autres encore faisaient le signe de croix. Mais ils ont respecté ma soutane … Par gestes, je me suis fait comprendre. Je voulais aller secourir les victimes de la fusillade du talus de la gare. Ils m’ont laissé passer. Je suis arrivé chez Malblanc et, dans l’atelier de la marbrerie, j’ai trouvé un ouvrier, un jeune – je ne sais plus son nom – qui est venu avec moi. C’était dans les champs de blé. On a eu du mal de trouver les corps. Un à un, on les a traînés jusque dans le hangar de Malblanc. IL n’y avait pas beaucoup de blessés. On les a aussi traînés à l’abri. Ils n’ont été secourus que longtemps plus tard et emmenés vers l’hôpital de Belfort. Lorsque je suis rentré à la cure, ma soutane était couverte de sang. Les soldats allemands me regardaient de façon narquoise. Ils étaient les vainqueurs et tenaient à le montrer. » (Témoignage recueilli en 1991par F. Parietti pour le journal Le Pays).

 

 

L’Abbé se souvient d’un nombre de tués dépassant la dizaine, tous criblés de balles. Ils seront, dans un premier temps, enterrés au cimetière de Champagney. (D’après Arthur Wissler, le capitaine des pompiers, les morts recueillis sur la voie sont conduits chez Georges Malblanc. Ils sont neuf, enterrés le lendemain au cimetière, à proximité du carré militaire. Ce sont : Jean Leyghe et Raymond Dijon de saint-Omer, Deckeser de Béthune, Roger Reynaud de Privas, Victor Dekmyn de Lille, Gaston Deprest de Cambrai, Charles Rossel de Saverne, Auguste Maillot de Mézières et Charles Dentel de Strasbourg).

 

Si les véhicules allemands continuent à monter, des blindés, puis des camions (Un accident aura lieu au centre, un motard allemand se tuant contre le mur de l’église ce 18 juin), d’autres Allemands parcourent tout de suite après la fusillade, les différents quartiers du village. Vers neuf heures ils patrouillent déjà au Mont‑de‑Serre. Les side‑cars roulent très lentement, leurs occupants exigent que les volets soient ouverts et ne veulent pas voir les rideaux bouger. Même scénario Sous‑lès‑Chênes. Yvette Mathey qui revient de livrer du pain au Petit‑Ban, les rencontre au Bochor. Ils sont à cheval, d’autres à pied et sourient.

Les contacts avec la population seront variés. Lucienne Millotte qui a dix ans, se voit offrir une paire de chaussures par un tankiste. À plusieurs reprises les envahisseurs se renseignent sur les fabriques de champagne (Champagney). Dans l’après-midi, la cave du café Péroz à la gare est pillée par la troupe qui monte. Thérèse Zeller entend encore les cris indignés de Madeleine : « Les lâches ! Les lâches ! » Autres attitudes au café Grisey, à deux pas de là : les Allemands y consomment et payent normalement ou, à l’opposé, se servent et font le geste ceinture, en guise de paiement.

Si les hommes de la Wehrmacht ont pour consigne en cette année 1940 de se montrer corrects et même polis avec le vaincu, les comportements sont pourtant à nuancer. Ainsi, chez Edouard Hambert au centre de Champagney, la famille cachée à la cave une bonne partie de la journée du 18 juin, décide dans l’après-midi de remonter. Ils vont sur la rue. A ce moment précis, un camion allemand recule contre la porte d’entrée de la maison. Les soldats se rendant compte que finalement la ferme est habitée, redémarrent aussitôt.

En cette fin de journée, les Champagnerots sont sous le choc et réalisent l’ampleur du désastre. « J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps » dit l’une qui n’est pas la seule à avoir réagi ainsi. Une autre personne pleure trois jours après le discours de Pétain (22 juin). Et que dire de l’état d’esprit des anciens combattants de 14‑18 ?

Le 19 au matin, un officier allemand se présente à la cure et, aidé d’un interprète, demande à l’Abbé Meyer de rassurer la population. C’est ainsi que d’hargneux et agressif au début, l’occupant deviendra aimable et civilisé, ne manquant pas en ces premiers temps d’occupation de saluer les habitants.

Les trains resteront plusieurs semaines avant que les voies ne soient dégagées. Les Allemands fouillent les wagons de marchandises dispersant sur les quais les affaires éventrées des réfugiés. Il y a là de tout : des vivres, du linge, des services de table, des machines à coudre, des poules, des chèvres ... Les gens de Champagney viennent se servir écrivant là une pénible page de cette histoire. Quelques jours après, le garde‑champêtre diffusera un ordre des Allemands enjoignant à la population de rapporter en mairie le matériel dérobé dans les trains. Puis ils attribueront aux pompiers la garde des convois ainsi que celle du dépôt de l’usine Dorget. Les pompiers seront encore employés à la collecte des armes dispersées de chaque côté de la ligne et, sous la surveillance de sentinelles, casseront les fusils avant d’en récupérer les canons destinés à la refonte. Ce travail durera environ une semaine. Dans le même temps, des civils seront réquisitionnés pour nettoyer le long de la voie ferrée et enterrer les chevaux morts.

Le lendemain du 18 juin et les jours suivants, la troupe allemande passera encore par vagues successives : des camions, de l’infanterie et des véhicules hippomobiles. En juillet ces armées combattantes auront en partie quitté le pays se préparant à d’autres conquêtes et laissant la place à l’armée d’occupation avec ses règlements, ses avis, ses contraintes, ses réquisitions et ses humiliations. En un mot avec la volonté de faire appliquer la loi du vainqueur.

 
Tournant place CP


La Mort du lieutenant Stiefvater

 Louis Stivater

Louis Stiefvater est né à Frotey‑les‑Lure en 1908. Ses parents y étaient marchands de vin et sa famille avait quitté l’Alsace après la défaite de 1870,

Cet ingénieur des Arts et Métiers est, en 1940, lieutenant au 226° Régiment d’artillerie. Le 18 juin 1940 il commande le détachement stationné à Champagney depuis peu. Il lui aurait été aisé, dans la pagaille de ces sombres journées, de rejoindre les siens. C’était sans compter le sens de l’honneur et le patriotisme de cet officier.

Le 17 les responsables locaux, afin d’épargner le village, ont eu toutes les peines du monde à lui faire abandonner ses plans de résistance. Qu’à cela ne tienne ! Sa décision est prise. A mademoiselle Grandjean, la postière, chez laquelle il loge, il confie : « J’en flinguerai, je ne serai pas prisonnier ! » Le 18, à la messe du matin, il communie et déclare à l’abbé Meyer : « Aujourd’hui, je ferai mon devoir. Aujourd’hui, je mourrai ! »

La poste, nous l’avons vu, était située à l’endroit de l’actuelle « Taverne des amis » ; devant la maison une cour fermée par une murette. Il ne semble pas que le lieutenant Stiefvater se soit précipité au devant des premiers Allemands arrivés au Centre (Il n’y a plus de témoins de l’évènement). Il sort de la poste, logiquement, lorsque les combats engagés derrière terrorisent tout le quartier. Comme nous l’avons dit, malgré cette brève mais violente escarmouche, la colonne de blindés poursuit sa route. Lorsqu’il sort, le lieutenant choisit sa cible parmi les ennemis : un officier dans un side‑car et l’abat avec son revolver d’ordonnance. Dans la seconde, les soldats qui montent la route entourent l’officier ennemi et le mitraillent à bout portant. (Paulette Ruga qui habitait en face de l’église de Ronchamp déclare que Louis Stiefvater a abattu un colonel allemand dont le corps a été déposé à l’église de Ronchamp avant d’être provisoirement enterré au cimetière du même village, juste à côté de leur tombe familiale).

 rue princi CP

A droite, en retrait, la poste de l'époque et devant, la murette
devant laquelle resta le corps du lieutenant




Son corps restera au bord de la route toute la journée, une sentinelle à côté, les vainqueurs refusant qu’on l’enterre. Dans la matinée, l’Abbé Meyer va au village, sur les lieux de la fusillade : « [] arrivé devant la poste, j’ai trouvé le cadavre du lieutenant Stiefvater. Il était criblé de balles, déchiqueté. Ils s’étaient acharnés sur lui, ils voulaient qu’in le laisse là pour l’exemple [] » (Témoignage de 1991).

 

Plus tard dans la journée, une journée de forte chaleur, Édouard Taiclet (aujourd’hui maison Chatel) interviendra auprès des Allemands proposant d’enterrer le lieutenant dans son verger. Ce n’est que le soir qu’ils donneront leur accord, interdisant toutefois l’usage d’un cercueil. Premier acte de résistance : cette exigence sera contournée. Dans la nuit, avec la complicité des gendarmes (voisins d’Édouard Taiclet), le corps du soldat supplicié sera exhumé afin d’être enveloppé dans un drap.

L’enterrement du Lieutenant Stiefvater aura lieu le 20 juin à Frotey‑les‑Lure. L’abbé Thomassey raconte : « [] Comme, j’arrivais pour la cérémonie et que je disposais un drapeau sur la bière qui se trouvais déjà à l’église, je vois entrer deux soldas allemands en armes, je leur demande ce qu’ils viennent faire et ce qu’ils veulent : Regarder , répondent-ils. Nous ne sommes pas encore habitués à ces factions et à ces formes d’espionnage qui dureront quatre ans … La cérémonie funèbre eut lieu sans incident. Les soldats disparurent discrètement, et j’observai le silence qui avait été demandé. Le lourd cercueil, porté par quatre jeunes gens de Frotey (André Olivier, l’un des quatre jeunes gens), fut accompagné jusqu’au cimetière par la population émue, consternée, inquiète, puis déposé dans le caveau familial. » (« Roye et la région de Lure, souvenir de guerre » ‑ Abbé Thomassey – 1946).

 
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En 1991 la municipalité de Champagney rendit hommage à Louis Stiefvater en apposant une plaque à sa mémoire non loin du lieu de son sacrifice. A l’époque l’Abbé Meyer, sur la fin de sa vie, déclarait : « Le lieutenant Stiefvater a réagi en homme humilié. Humilié dans son amour-propre de soldat et de patriote. Pour tous, cela doit être entendu comme un acte de courage, de patriotisme. Ce lieutenant avait dans son esprit une très haute idée de son uniforme et de la France. Il est probablement l’une des premières victimes de la Résistance, quand cette idée n’avait germé que dans l’esprit de quelques-uns, quelques heures avant l’appel du général de Gaulle … Le nom de Stiefvater doit figurer en bonne place au martyrologe de ceux qui refusèrent le déshonneur et l’asservissement, de ceux qui préférèrent la mort au manque de liberté. » (Témoignage recueilli en 1991 par F. Parietti pour le journal Le Pays, déjà cité).

 
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 Louis Stiefvater avant guerre


Cette relation de la journée du 18 juin 1940 à Champagney repose essentiellement sur les souvenirs de personnes devenues âgées (décédées aujourd’hui). Afin de mesurer la difficulté de s’approcher de la vérité voici un document brut. Il s’agit d’extraits du journal d’Arthur Wissler, le capitaine de la compagnie des pompiers

On verra qu’il y a là des différences sur bien des points: l’heure de l’arrivée des Allemands, l’encombrement puis le dégagement de la ligne de chemin de fer, le pillage du ou des trains. La publication de ce texte est un plus, mais s’il rend l’histoire vivante, il apporte aussi d’autres interrogations. Par exemple sur l’heure d’arrivée des ennemis le témoignage l’abbé Meyer reste capital et André Jeanblanc est catégorique sur l’heure de l’embrasement de sa maison.

Le journal d’Arthur Wissler (qui couvre ensuite toute la période des bombardements de 1944) reste un document essentiel comme tous les écrits similaires.

Les 2 gares

Les deux gares : à gauche la gare SNCF, au centre celle du "tacot",
tout à fait à gauche : le château d'eau

 

 Extraits du Journal d’Arthur Wissler

« Mardi 18 juin 1940 : Vers 9 heures du matin, une camionnette blindée chargée d’une dizaine de soldats fait son entrée suivie de trois motocyclistes. Après un intervalle de 10 minutes environ, les tanks suivent et c’est un long défilé. Un arrêt se fait cependant car un train très chargé de matériel et de troupes du génie s’est arrêté, lui aussi, sur la voie parallèle à la route. Des coups de feu partent du train, il s’ensuit une violente canonnade, les tanks mettent le feu au train, les soldats français se retirent du côté du Mont de Serre.

Des soldats allemands visitent le train et prennent tout ce qui leur est utile. La maison Jeanblanc est touchée par des balles incendiaires ... C’est seulement à 13 heures que je peux réunir quelques volontaires et commencer à éteindre le feu, six wagons brûlaient, plus deux autres plus haut du côté de la gare. Nous attaquons le plus important qui se trouvait au‑dessus du pont, route du Mont‑de‑serre... Pendant que l’on combat l’incendie, la population, invitée par les soldats allemands, pille le train. Le maire ne peut être joint, le pillage s’intensifie (le lendemain l’ordre arrive de tout faire réintégrer à la mairie.) Vers 18 heures l’incendie est maîtrisé.

Les morts recueillis sur la voie sont conduits chez Georges Malblanc. Ils sont neuf, enterrés le lendemain au cimetière à proximité du cimetière militaire... Ce sont : Leyghe Jean et Dijon Raymond de St Omer, Deckeser de Béthune, Reynaud Roger de Privas, Dekmyn Victor de Lille, Deprest Gaston de Cambrai, Rossel Charles de Saverne, Maillot Auguste de Mézières, Dentel Charles de Strasbourg, Stiefvater Louis de Frotey‑lès‑Lure.

 

Mercredi 19 juin : Ordre est donné de faire remettre dans les wagons tous les objets qui jonchent la voie. Les vivres sont dirigés sur la mairie, les chevaux sont débarqués et emmenés à l’usine Dorget. Ordre est donné de faire prendre la garde du train, mais les soldats allemands continuent à le visiter et s’emparent de tout ce qui leur convient.

Jeudi 20 juin : Une machine est amenée pour rétablir les communications. Mais elle déraille.

Vendredi 21 juin : Des soldats allemands arrivent. Je suis chargé de trouver 70 lits depuis le pont jusqu’à la place. Un autre groupe faisant lui‑même son cantonnement s’installe de la place au cimetière. La route du Mont‑de‑Serre est occupée par la Croix‑Rouge.

Nous continuons la garde du train. La voie est enfin rétablie. Les sapeurs‑pompiers partis le 16 juin par ordre pour rejoindre Dijon, n’ont pu atteindre leur but. Ils sont presque tous de retour.

Samedi 22 juin : On organise des équipes pour le nettoyage des rues et des cantonnements. On continue la garde du train, mais les soldats le visitent toujours cherchant dans les wagons. Ils menacent de leur revolver les hommes de garde. Le commandant allemand n’est pas au courant !

Dimanche 23 juin : Un nombre important de soldats allemands doit arriver aujourd’hui. Les pompiers sont débordés. Tous les hommes valides du pays sont appelés pour nettoyer les rues et préparer les cantonnements. Le train est toujours là et également les soldats allemands qui le visitent ... »


Lire aussi :

1939-1940 à Champagney - 1 - soldats et réfugiés
1939-1940 à Champagney - 2 - la guerre effective






Texte extrait de : Cham 3

 

 


 

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