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Jean Bruller alias Vercors, fondateur, dès 1941 - avec Pierre de Lescure - des Éditions de Minuit, était ami avec Diego Brosset.

Voir cette amitié ici :
http://vercorsecrivain.pagesperso-orange.fr/portraitamitie.html#I
    Etoile
Dans ses mémoires - "La Bataille du Silence" - il évoque à quatre reprises cet ami qu'il admirait.

 

 

Été 1940

UNE LETTRE DU COMMANDANT BROSSET

 

 

 

[… ] Ce fut au cours de ces horribles jours que, dans le rare courrier qui me parvenait, je trouvai une enveloppe dont l’écriture, le timbre et la date d’expédition faisaient un ensemble si insolite que je restai un bon moment à la retourner sans me décider à l’ouvrir, comme on fait devant un problème qu’il faut d’abord élucider. L’écriture était celle de l’ami dont j’admirais profondément le caractère et l’intrépidité, le commandant Brosset. Elle était datée du 10 mai – le 10 mai ! – et elle venait du canal de Panama …

 

C’était une lettre d’une sombre ironie : Je souris à me figurer votre surprise. C’est un sourire amer. Ainsi tandis que vous, peut-être bientôt allez vous battre, je tourne le dos au baroud ! Mais pendant tout l’hiver, de son observatoire du 2ème Bureau, en Lorraine, au Corps d’Armée colonial, il avait tiré le signal d’alarme sans parvenir à se faire écouter. Tant d’entêtement de part et d’autre avait rendu sa présence intenable. Il parlait l’espagnol, on l’expédiait en Colombie enseigner aux Colombiens ce dont l’Armée française ne veut pas.

 

Après tout, concluait-il, c’est bien ainsi. A mon retour, si comme je l’espère, l’ennemi hésite encore à nous envahir, peut-être aura-t-on fini par comprendre, peut-être la France enfin sera-t-elle sortie de ce mortel sommeil et baiserai-je aux lèvres la Belle réveillée. Ah, souhaitons-le ! Sinon, si l’ennemi n’attend pas, les choses qui se passeront alors il aura mieux valu ne pas y participer. [… ]

 

 

 

Hiver 1941

 

BROSSET PARLE A LA RADIO DE LONDRES

 

 

 

[… ] Un autre soir, on avait annoncé : « Le lieutenant Brosset vous parle. » Brosset ? Le mien était lieutenant-colonel … C’était lui. Je reconnu sa voix fougueuse et bien timbrée. Il s’adressait à ses camarades d’Afrique, que commandait Weygand. A celui-ci, nous le sûmes plus tard, il avait écrit dès après l’armistice, se réclamant de leur amitié et du souvenir de Mangin, son beau-père, pour l’assurer de son respect ou de son mépris selon l’attitude qu’il prendrait dans la suite de la guerre. Pour toute réponse Weygand l’avait fait juger par contumace, condamner à mort comme de Gaulle, avec confiscation de tous ses biens. Mais à l’époque je ne savais rien de lui depuis sa lettre du Panama et je me demandais sans trop d’inquiétude il est vrai, quel camp il avait choisi … Je ne fus pas surpris d’apprendre qu’il était à Londres avec les Français libres ; mais rassuré, heureux et fier que, jusqu’à présent, mes grands amis personnels eussent tous opté pour le refus. Je ne les avais donc  pas trop mal choisis. [… ]

 

 

 

 

 

Automne 1942

 

UNE ETRANGE VALISE

 

 

 

[… ] Il fallait de très grandes valises. J’en avais une, mais elle comportait des particularités singulières. Il faut que j’explique qu’elle me restait de Kaligou. Kaligou était le frère de Kébé. Kébé, noble Sénégalais que Diego Brosset avait choisi comme ordonnance pour son intelligence et son athlétisme, avait suivi celui-ci en France et servi quelque temps chez la générale Mangin. J’en avais hérité à la naissance de mes garçons qu’il avait quasiment élevé. Puis il était reparti pour son pays et m’avait envoyé son frère. Mais si Kébé était un musulman de très stricte obédience, refusant la moindre goutte de vin et d’une vertu à toute épreuve, Kalidou n’était pas tout à fait du même métal. Pourquoi, en repartant, avait-il laissé cette valise chez moi ? Je ne me souviens plus mais, en l’ouvrant, j’avais découvert avec l’amusement qu’on imagine tout un tapissage d’images suggestives imprimées sans doute à Casablanca, houris, odalisques et bayadères, ventres, seins et fesses généreusement roses dans les voiles transparents de toutes couleurs [… ]

 

     

 

Été 1944

 

BROSSET EN FRANCE

 

[… ] Les événements se précipitaient. Les alliés ont débarqué à Hyères et Brosset, sur sa jeep, est entré à Toulon le premier pour entraîner des forces hésitantes. Maintenant il remonte le Rhône et ne verra jamais les Allemands, dira-t-il, que de dos [… ]

 

brosset degaulle
Brosset et de Gaulle en Italie dans le livre :

« La 1ère DFL – Épopée d’une Reconquête », ouvrage collectif original, édité au 2ème trimestre 1946.

Sur Vercors :
http://vercorsecrivain.pagesperso-orange.fr/index.html

 

Tag(s) : #Brosset Diego