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Contexte économique à Champagney

à l’aube du XXᵉ siècle

 
tissage

Au début du XXème siècle, Champagney ne ressemble plus beaucoup au gros bourg agricole qu’il semble avoir été auparavant, même si dès le XVIIIᵉ siècle d’autres secteurs d’activités que le travail de la terre étaient déjà en place : découverte du charbon au Chevanel, existence d’une verrerie et de nombreux moulins (Une verrerie est née à Champagney au XVIIIᵉ siècle, elle cesse de fonctionner en 1816. Voir « Verriers et verreries en Franche‑Comté au XVIIIᵉ siècle » par Guy‑Jean Michel, édition Erti, 1989, tome 2, pages 544 à 548).

Une délibération du conseil municipal datée du 26 mars 1905 décrit Champagney comme un « [ ... ] chef‑lieu de canton très important (4090 habitants), où la population est en partie ouvrière ; une grande partie des ouvriers des houillères de Ronchamp habitent ladite commune [ ... ] l’usine Corbin en construction va amener plusieurs centaines d’ouvriers [ ... ] ».

 dorget papier

Paradoxalement, le monde agricole est le mieux représenté au sein du conseil municipal du moment. Ainsi, suite aux élections du 8 mai 1904, sur vingt‑trois élus, on constate que neuf sont dits cultivateurs, deux mineurs, les autres artisans, commerçants ou exerçant des professions libérales. Le maire, Jules Décey est un instituteur à la retraite (les fonctionnaires en activité n’ayant pas le droit d’être candidats aux élections). Mais il est vrai que ces cultivateurs sont à l’époque l’équivalent du « laboureur » de 1789, c’est-à‑dire des gens relativement aisés, et cela réduit un peu le paradoxe.

       Roth 1

Ainsi, dans les premières années du XXᵉ siècle, Champagney voit cette ruralité fortement contrebalancée par la présence d’un tissu industriel qui ne se limite pas à la présence des mines de charbon voisines ou qui se trouve même sur son propre territoire (hameau d’Éboulet). Il va se développer au cours des années qui précèdent la première guerre mondiale grâce essentiellement aux entreprises Mulfort‑Dorget et Corbin.

Corbin papier


Du siècle dernier subsiste une petite usine de clefs, de serrures et de chaînes, la fabrique Camille (maison de Dédé Pautot). Elle sera dévastée par une forte crue du Rahin le 7 septembre 1897. Entre 1880 et 1900 cette petite entreprise n’est plus qu’un simple dépôt où quelques ouvriers viennent chercher, puis rapporter l’ouvrage commandé. À la même époque, on recense une tuilerie Sous‑les‑Chênes (impasse des Myosotis), la tuilerie Guillerey ; plusieurs moulins au Magny (d’où la rue des Vieux Moulins) et un autre au Mont-de-Serre (rue du Champey). Il s’agissait de produire la farine nécessaire à un quartier car, jusqu’en 1914 chacun confectionnait son pain.                                     

Le moulin le plus connu de nos jours, puisque toujours appelé « le Moulin » avait un propriétaire très ingénieux, Gustave Lods qui avait installé localement, bien avant l’arrivée offi­cielle de la fée électricité, un réseau de distri­bution électrique.

 

Sous-les-Chênes se trouvait encore une tannerie (maison Péroz) qui appartenait aux frères Renaud. Elle était assez importante au XIXᵉ siècle puisqu’elle se fournissait non seule­ment sur Champagney, mais aussi auprès des exploitants d’écorces de la vallée de l’Ognon. Vers 1900, elle est désaffectée.
Ramondot 1

L’entreprise Ramondot au Magny installée sur le site d’un ancien moulin, fabriquait de la peinture et des vernis dès la fin du siècle précédent.

En 1905 l’usine Corbin (Pernot), elle aussi située à l’emplacement d’un moulin, le moulin Agté, était donc en pleine construction (décolletage et fonderie d’aluminium), le tissage Mulfort suivra de peu et, en 1919, Henri Roth s’installera à la gare (récupération et fonderie).

 

Il y avait ainsi en plus des mines de charbon, grandes utilisatrices de main-d’œuvre au point de faire appel à de nombreux étrangers - Italiens, Polonais,sans oublier les « étrangers » à notre région comme les Lorrains très nombreux - , une activité très diversifiée qui donnait du travail dès plus jeune âge : « On allait à l’usine à douze ans ! » racontent nos grands‑mères. Une activité qui nous fait envie en cette période de récession économique.                     

Nous ne nous étendrons pas ici sur le chapitre des houillères. Nous nous souviendrons surtout que Champagney autant que Ronchamp, la cité voisine, a un passé largement marqué par la présence de ces mines de charbon. Notre village leur doit une part de son développement, un mode de vie, une culture, un brassage de populations important.

 

En 1888, les mines font déjà partie de la mémoire collective. L’instituteur Helle en parle en ces termes :

« [ ... ] Je ne saurais terminer cet article sans rendre un sympathique hommage aux ouvriers mineurs qui exposent journellement leur vie pour procurer le pain quotidien à leurs familles. Je ne peux non plus oublier les malheureuses victimes du travail que le grisou, les éboulements et les accidents de toutes sortes ont ravies à l’affection des leurs et à l’estime de tous. Je citerai pour finir les diverses catas­trophes qui ont jeté si souvent la consternation et le désespoir dans les familles et le deuil dans les communes voisines de La Houillère.

Le premier de ces désastres eut lieu en 1824 et fit trente‑trois victimes, en 1829 il y eut vingt-neuf morts, quatre en 1848, dix‑sept en 1857, vingt‑neuf en 1858, dix‑huit en 1881, dix‑sept en 1886 et deux en 1888... Aujourd’hui la houillère est un grand village qui a ses écoles, son admi­nistration à part. La société fait ce qu’elle peut pour améliorer le sort des ouvriers, sans nuire à ses propres intérêts. Si le travail est de dix heures, le gain varie de 3 à 4 francs par jour pour les bons travailleurs. Tous ont une caisse de secours pour payer les soins des médecins et les médicaments, tous ont droit à une pension après quarante ans de services. Certes la société serait ingrate si elle ne leur accordait pendant leur vieillesse cette marque de sollicitude et de reconnaissance. »

 

Pour essayer d’être complet, il faut encore évoquer le travail de la dentelle au filet qui était la spécialité du pays. Les femmes travaillaient à la maison et allaient livrer leur production chez grossistes : l’entreprise Valentin au Pied‑des‑ Côtes, chez « André le Brodeur » à Ronchamp route d’Éboulet, chez Charles toujours à Ronchamp, ou encore chez Croissant de Clairegoutte. Cette broderie à domicile consistait en travaux sur filet, sur toile, en dentelles de Luxeuilet en broderies d’ameublement (stores, « jetés » et services de table, « jours », draps brodés). On gagnait ainsi entre six et quinze par jour en 1928.    
                                          

 broderie

 

Emilienne Petitgirard est fière de montrer son ouvrage. Photo prise vers 1920 devant l’actuelle maison Jacquot à la Bouverie. De G à D : Émile Petitgirard, Marie Démésy, Mlle Jeanne Lacour, Julie Pharisien, le grand-père Edmond Petitgirard et son petit-fils Maurice Lacour (Photo Mozer)

Autre source de moindre revenu, survivance de l’Ancien Régime, en plus de l’exploitation des forêts, l’exploitation et la vente des écorces de chênes aux tanneries pour en extraire le tan indispensable au traitement des peaux. Ce commerce spécifique sera pratiqué jusqu’aux années quarante.                                                                                                                                        

A toute cette activité déjà très variée, il faut encore ajouter les travaux de construction du bassin destiné à l’alimentation du canal de la Saône au Rhin (13 millions de m³). L’édification d’une digue gigantesque de 785 mètres de longueur sur 33 de hauteur, amena un flot d’émigrants dès 1892. La pierre de Cravanche utilisée s’avérant de mauvaise  qualité, la réalisation d’un contre‑mur en béton, technique  alors novatrice, prolongea les travaux jusqu’en 1929.

Nous mentionnerons pour terminer, l’exploitation des ballastières (entreprise Drouard) entre Champagney et Ronchamp qui fonctionna de 1910 à 1958.

 

 Nous voyons que Champagney, au début du XXᵉ siècle n’est plus une cité exclusivement agricole. Les houillères tiennent une place importante depuis longtemps déjà et ce caractère semi‑industriel va se confirmer avec l’implan­tation d’usines. Nous aurons donc affaire à un paysan‑mineur, à un paysan‑ouvrier qui possède, pour ce qui est des familles d’origine, un petit train de culture avec quelques vaches, qui exploite ou loue une fouillie au printemps et dont l’épouse possède souvent un petit métier à broder car on ne reste jamais sans rien faire et toutes les rentrées d’argent sont bienvenues.


paire boeufs
Devant la maison Jacquot à la Bouverie - années 20 (photo Mozer)

Cette activité et le cadre de vie qui en découle seront à peu de chose près les mêmes jusqu’à la  Seconde guerre mondiale et la vitalité de la cité sera liée à ce développement économique : construction des écoles, importance des commerces, trafic du tacot, dynamisme des gares… Malgré les réserves déjà émises quant difficultés matérielles de l’existence, ce fut bel et bien le début d’un âge d’or pour Champagney.

 Champagney vue géSi l'on aperçoit la fonderie à l'arrière-plan à gauche, on note aussi que les coteaux sont fauchés preuve du caractère encore agricole du bourg.

 



Cham 1

Texte extrait de :

                           

 

 

 

 

                                                              

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

                                                                                                                     

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                

 

 

 

 


 

Tag(s) : #Histoire locale