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Mortalité

 

800px-Danzas de la muerte

                                         La Danse macabre  de Guyot Marchant, 1486


Le taux de mortalité d'Ancien Régime se situe pour la France entre 28 et 38 pour 1000 (Le taux de mortalité en France, en 1970,  était de 12 ‰. Il était de 8,5 ‰ en 2009). A Champagney au cours des cinquante dernières années du XVIIIème siècle il est en proie à de nombreuses variations. Étant de 40,8 ‰ en 1766, il est de 32,7 ‰ en 1778, 48,8 ‰ en 1782 et retombe à 23,5 ‰ en 1791. On retrouve au travers de ces chiffres l’instabilité qui marque le chiffre de la population.
La mortalité ne cesse de varier, même dans les années 1770 où une première petite « crise » apparaît en 1772 avant une chute du nombre des décès, une augmentation du nombre d'habitante due à l'immigration, puis une nouvelle attaque de la mortalité en 1777.


death largeLe Triomphe de la mort, Bruegel l'Ancien, 1562 - musée du Prado


Contrairement à la natalité, la mortalité ne fait pas preuve de continuité. La structure violemment hachée de la courbe des sépultures ne permet pas de conclure à une évolution très nette au cours de cette période. Le nombre annuel des décès n'a pas subi de modifications importantes, proportionnellement au chiffre de la population il est sensiblement égal au début et à la fin de ce demi siècle et ceci pour des années « normales ». Il en est de même pour l'excédant de naissances (17 en 1750 et 26 en 1800). Les « pointes », sans pour autant dépasser la courbe des naissances, reviennent régulièrement tous les deux ou trois ans, ce qui entraîne que les « bonnes années » c'est à dire celles où le surplus des naissances par rapport aux décès est assez important, sont relativement rares (Ces années sont :  1757-58/1762‑65/1769‑71/1773‑75/1778‑80. 1785-87/1794 et au-delà, bien qu'il existe encore des variations à l'intérieur de ces périodes).

Cela s'aggrave lorsque ces « pointes » dépassent la courbe des baptêmes. On observe trois « crises » importantes à Champagney : 1754, 1761 et 1783. D’autres moins prononcées apparaissent en 1759, 1766, 1772 et 1777. Il n'existe qu'une seule crise au niveau national pendant la période que nous avons étudiée, celle de 1791. On peut sans doute faire le rapprochement avec celle qui survient l'année suivante à Champagney et qui peut en être la répercussion. Nous reviendrons plus loin sur tous ces « accidents ». La mortalité est, à Champagney au cours de cette période, conforme au schéma type puisque essentiellement infantile et juvénile. Celle‑ci y est en effet considérable, plus de 50 % (50,5) des décès pour cette époque (1750‑1800) concernent les moins de quinze ans. Environ 27,5 % des décès frappent les enfants dans la première année de leur existence.
Il existe trois éléments d'explication à cette hécatombe chez les jeunes et les nourrissons plus particulièrement. L'hygiène et l'alimentation sont encore déficientes, la misère est le lot de la majorité, les moyens de lutter contre ces états de fait sont inexistants. Il n'est évidemment pas, question de parler de médecine. « Les maladies putrides, les habitations malsaines, la mauvaise nourriture, la malpropreté et le manque d'hygiène étaient la cause de tous les décès des prématurés. » (Jean Girardot: La Révolution en Haute‑Saône, Tome I, le Bailliage d'Amont en 1789).

Sur presque toute l'étendue de cette période la mortalité des moins de quinze ans dépasse celle des autres catégories d'âges, même en temps normal. C'est là un constat qui ne surprend pas. Il va sans dire qu'en cas de crise c'est la jeunesse qui est la principale victime, ce sont les plus faibles qui sont les moins aptes à supporter les multiples dangers qui menacent alors la santé. Ce sont donc les jeunes qui se trouvent à l'origine de ces pointes sur les courbes. Par exemple : Sur 69 décès en 1761, 40 concernent des moins de quinze ans (dont 15 de 0 à un an , 18 de 2 ans à 5 ans, 7 de 6 à 15 ans), en 1783 sur 72 décès on en dénombre 49 parmi les moins de quinze ans (21 de 0 à un an, 19 de 2 ans à 5 ans, 9 de 6 ans à 15 ans) Ces deux exemples sont significatifs, ils concernent deux crises parmi les plus importantes qui aient frappé le Village.

 

La mortalité infantile est divisée en deux catégories. Une première regroupe les décès occasionnés soit par des phénomènes antérieurs à la naissance, soit par des accidents d’accouchement. Il s'agit de la mortalité dite endogène due à l’absence de médecins, chirurgiens, sages‑femmes ou à leurs faibles connaissances. La seconde, mortalité exogène a pour causes des faits postérieurs à la naissance, imputables au milieu extérieur et qui proviennent du manque d'hygiène, de la mauvaise alimentation, d'accidents …  Elle concerne finalement tous les risques dus à l'environnement au cours de l'enfance. Ce n'est pas la présence de chirurgiens à Champagney qui modifiera les choses (En 1714 on note à Champagney la présence de deux « chirurgiens » : B. Chappe & Mougez).

 

En général dans la seconde moitié de ce siècle 30 à 45 % des enfants n'atteignaient pas leur dixième année et songeons à cette phrase de P. Goubert qui parlant du siècle précédent déclare :  « Il fallait deux naissances pour produire un adulte. » Il existe à l'intérieur même de la période qui constitue le plus jeune âge d'importantes variations. Plus on est près de la naissance plus les possibilités de décès sont fortes. Cependant à Champagney parmi les enfants en bas-âge c'est entre un mois et un an que l'on rencontre le plus grand nombre de décès. La mort de l'enfant de quelques jours est rare, c'est à quelques mois qu'il meurt.

 

A l'opposé un peu plus de 30% des habitants de Champagney sont morts âgés de plus de 50 ans. Voilà qui est peut-être surprenant et contraire au mot de Mr Chaunu définissant la vieillesse comme « un accident heureux » (Cette expression est sans doute destinée aux époques précédentes), mais c'est là encore un phénomène significatif du bouleversement qui apparaît au XVIIIème siècle. Passés les nombreux obstacles qui jalonnent l'existence et plus précisément les premières années comme nous l'avons vu, les chances d'atteindre un nombre respectable d'années se font de plus en plus grandes (Philippe Ballay est mort âgé de 79 ans, Melchior Jeanrichard avait 85 ans, Georges Jeanrichard atteint l'âge de 70 années.


sans-titre
Vanité, Van der Schoor - 1660 - Rijksmuseum Amsterdam

Nous songeons encore à ce curé alsacien qui, à partir de 70 ans attribuait le décès de ses paroissiens à leur âge puisqu'il notait dans l'acte les mots « mort de vieillesse » attitude significative de ce que représentait un « âge avan­cé » aux yeux des gens de l'époque. - Waldesbach ‑ Bas‑Rhin-).

Ainsi septuagénaires et octogénaires ne sont pas rares dans les pages des registres paroissiaux, les prêtres de Champagney faisant eux-mêmes figures d'exemples. Pour résumer d'une façon simpliste on peut dire que l'on mourrait soit jeune, soit vieux, l'âge adulte intermédiaire n'étant qu'une confirmation de la victoire sur la mort dans l'enfance. (« En 1789 la population comprise dans les limites du futur département de la Haute‑Saône s'élevait à 272 923 habitants - 135 085 du sexe masculin et 137 838 du sexe féminin- . La moitié avait moins de 25 ans, ceux qui avaient de 50 à 70 ans représentaient à peine le dixième et le nombre des individus dépassant 70 ans n'était 8 que de 25 pour mille. » J. Girardot, La Révolution en Haute‑Saône, Tome I).

Ce sont les saisons qui rythment l’ensemble de la mortalité. Voyons ce qu'il en est à Champagney et si les conclusions propres au général en ce qui concerne la mortalité saisonnière peuvent s'y appliquer. Si l'on s’en tient aux courbes générales regroupant la totalité des décès survenus entre 1750 et 1800 les conclusions ne peuvent pas être valables pour l'étude de l'influence des saisons.
En effet, les crises violentes, 1754 en particulier où la presque totalité des décès eurent lieu en mars et avril, de même qu'en 1761 où ce furent les trois premiers mois de l'année qui accusèrent le choc, déforment la courbe de la mortalité saisonnière. On ne peut donc pas généraliser le clocher qui apparaît sur ce schéma à l'ensemble des cinquante années puisque ce sont essentiellement ces années 1754 et 1761 qui en sont à l'origine. Ce clocher commence au mois de janvier et prend fin au mois d'avril ce qui est tout à fait à l'opposé des données générales propres à l'époque et qui donnent les mois de septembre, octobre et novembre comme les plus touchés par la mortalité. Pour chaque période de la vie on retrouve cet excès au début de l'année et plus particulièrement chez les moins de quinze ans.

 

Afin d'éviter ce défaut et de pouvoir faire des constatations plus parlantes nous avons découpé notre période en trois tranches : 1750 ‑1766, 1767‑1784, 1785‑1800. Encore une fois nous nous rendons compte qu'avec les deux premières le même inconvénient réapparaît puisqu’elles contiennent les crises qui jalonnent le demi-siècle. Aussi, nous nous attarderons sur la dernière plus conforme à une évolution stable donc plus propre à donner des résultats justes à propos de la mortalité saisonnière. Les crises feront l'objet d'une analyse plus loin.

 

On retrouve encore pour cette période (1785‑1800) les principales caractéristiques des cinquante années. Le maximum des décès n'a pas lieu en automne mais en mars et en avril. Une seconde période de hausse se situe en août, septembre et octobre. Tout comme pour le général la fin du printemps et le début de l'été présentent à Champagney un minimum accusé. Les moins de quinze ans sont tout particulièrement frappés en juillet, août et septembre, période des moissons et autres travaux des champs. Les femmes sont alors occupées à l'extérieur d'où des conséquences néfastes sur la santé des jeunes enfants. Le lait de la mère ou de la nourrice qui a peiné au soleil s’altère et de plus, les soins qui sont accordés à ces enfants sont plus négligés. Les décès qui suivent, de la fin de l’été à l'automne concernent les enfants plus âgés et les adultes. Les risques d'infection sont plus grands les troubles gastro‑intestinaux se multiplient dûs à un abus de fruits plus ou moins mûrs (C’est souvent ainsi que l'épidémie suit la famine car, le blé manquant la population se précipite sur ces fruits sans trop se soucier de leur maturité - Démographie Historique, déjà cité.)

Décembre accuse une nette montée des décès, une des plus importantes. Elle touche essentiellement les plus de cinquante ans, de même qu'au printemps. Les affections broncho‑pulmonaires en sont à l'origine. La région étant en proie à de rigoureux hivers et l’habitude de se calfeutrer dans la principale pièce de la maison étant répandue, la moindre imprudence après un tel séjour dans un pareil endroit surchauffé était fatale.

 

On retrouve donc, à quelques détails près la traditionnelle image de mourir jeune en été et âgé en hiver...

 
AJB
mortalite-saisonniere.jpg

 
mort-saison-tranches-d-ages.jpgmort saison 3 périodes


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Le jugement dernier - Conques


 


 

 


 

 

 

 

 

 


 

   


 


 

 


 

 

 

Tag(s) : #Démographie & société à Champagney - 1750-1800