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 A5415.jpgFamille de paysans dans un intérieur, 1648 - Antoine ou Louis Le Nain - Le Louvre

Le milieu démographique

 

 

La première constatation qui s’impose, c’est la croissance de la population française au cours du XVIIIème siècle. Les travaux des historiens suggèrent un passage de 20 à 25 millions d’habitants du début à la fin du siècle (Il y a d’autres estimations, mais les différences sont minimes. Ainsi, un passage de 19 à 25 millions est mentionné dans « Démographie historique » de P Guillaume & JP Poussou). Cette croissance dont on note les origines aux alentours des années 1720 est essentiellement marquée dans la secon­de moitié de ce siècle, bien que les dernières années de celui‑ci ne correspondent plus tout à fait à ce « renou­veau ».

Ainsi la France d’Ancien Régime est la première puis­sance démographique, avec tous les avantages que cela im­plique (Les avantages d’un pays peuplé sont argent et soldats pour le souverain. Sur une vingtaine de millions de sujets on pouvait compter sur environ douze millions de producteurs, donc de contribuables. Lorsque la France adoptera la conscription comme mode de recrutement, en 1798, l’Europe s’apercevra de la supériorité d’un pays doté d’une importante « masse de peuple » - cf : Pierre Goubert « l’Ancien Régime, la société », p 33).

 Il ne s’agit pourtant que d’une croissance mo­deste par rapport aux autres pays européens qui font également de grands progrès en ce domaine au XVIIIème siè­cle. (Angleterre plus de 60 % ; Espagne plus de 80 % ; Empire peut-être 100 % - mêmes références tome II, les Pouvoirs, p 192) Il faut cependant dire que notre pays, au regard des conditions économiques et sociales était arrivé à saturation (la densité étant de 40 habitants au kilomètre carré –  Même référence Goubert, page 34).

De plus, cette croissance n’était pas uniforme. L’essentiel en fut supporté par le nord et surtout par l’est ainsi que le midi, régions non saturées démographiquement et touchées par l’essor économique.

C’est entre 1745 et 1770 qu’il faut situer la grande période d’accroissement démographique. L’explication de cette « révolution » (Là encore on note un désaccord entre les historiens à propos de cette « révolution démographique ». Certains ne voient aucune transformation sensible dans la vie quotidienne des masses du XVème au XVIIIème, voire au XIXème.) réside donc dans la disparition des trois grands maux : la peste, la famine et la guerre. Donc il s’agit tout simplement du recul de la mort qui disparaît sous sa forme traditionnelle de catastrophe.

 9083728detail-famille-de-paysan-joueur-de-flageolet-jpg.jpg

La guerre, nous l’avons dit ne joue plus son rôle dévastateur des siècles précédents. Ce n’est qu’au XXème siè­cle  qu’on retrouvera des hécatombes faisant écho celles de jadis. La disette ne pose plus le même problème, bien que cela reste un souci pour les intendants. Au sujet de la peste, l’exception mar­seillaise de 1720 fut la dernière offensive de cette terri­ble maladie qui céda la place à d’autres telles que grippes, varioles, dysenteries et autres maux qui n’en furent pas moins responsables d’impressionnants « clochers » sur les courbes de sépultures. Il ne faut en effet pas croi­re que ce fut une période de félicité. Il ne s’agit ici que de généralités qui n’excluent pas l’existence de multiples exceptions régionales et nous nous en rendrons compte lors de l’étude démographique de Champagney.

  chardin-benediciteLe Bénédicité, 1740 - Chardin - Le Louvre



Pour preuves ces « crises » qui viennent jalonner cette seconde moitié de siècle : 1770‑1773, 1779 (dysenterie) ; 1783, 1786 et 1789‑1790 (Languedoc), comme pour nous démontrer que les caracté­ristiques profondes des temps passés ne s’en vont que diffi­cilement et presque comme à regret.

A ce pénible et laborieux recul de la mort il n’existe pas d’explications franches et précises. Ce terrain de l’histoire est fait de sables mouvants qui ne permettent aucune affirmation, quelquefois une certitu­de mais le plus souvent des suppositions. Ainsi le déclin sen­sible de la mortalité est plutôt dû à la somme de petites cau­ses dont aucune n’est capitale. Nous citerons les principales, celles qui reviennent souvent : une amélioration du climat (bien que celui‑ci soit toujours à l’origine de difficultés), ce point entraînant de meilleures récoltes, un certain essor industriel donc plus de travail et une circulation monétaire accrue, une hygiène meilleure en particulier pour les accouchements et la petite enfance - bien que dans ce domaine ce vocabulaire soit quelque peu démesuré par rapport à la ré­alité -, une amélioration des transports et aussi un souci du gouvernement abordant enfin tous ces problèmes un peu plus concrètement.

 56577887detail-famille-de-paysan-visage-de-femme-jpg.jpg


Autre caractéristique de l’époque avec le rajeunissement de la population, ce qui n’est pas sans poser problème. Il n’en est pas moins vrai que la grande majorité des décès frap­pe les enfants et les adolescents. Ce qui est compréhensible, les causes de ces « mortalités » étant épidémies diverses et disettes, donc des maux s’acharnant essentiellement sur les plus faibles.

Par contre la durée de vie des adultes s’allonge. Elle passe de 40‑50 ans vers 1700, à 50‑60 ans au début de la période qui nous intéresse c’est à dire vers 1750.

Nous retiendrons que c’est au XVIIIème siècle et plus précisément au cours de sa seconde moitié que la mort cesse d’être la compagne traditionnelle de l’homme, ou plus exactement qu’elle lâche un peu son emprise. Deux facteurs nouveaux entrent en jeu : la croissance et le rajeunissement de la population. Ce qui jadis était propre à la nation devient phénomène local, il y a désormais régionalisation des fléaux. Nous verrons ce qu’il en est à Champagney.

 

AJB 


  Lire la suite :

Démographie & société à Champagney - 1750-1800 - Les sources

 

 

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