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La vie, autres contraintes - 2 -
b9fae5f80fef49e3-grand-homme-rentrant-foin-aide-brouette-miHomme rentrant du foin à la brouette - Jean-François Millet


L’entretien des routes

 

Le pouvoir central venait s’imposer en de nombreuses circonstances encore. Par exemple, les communautés étaient responsables de l’entretien des routes royales traversant leur terri­toire (on se souvient qu’elles devaient le même soin à l’égard des chemins seigneuriaux). Ainsi, régulièrement, venait de l’in­tendance l’ordre de réparer telle portion de route.

Il n’y avait qu’une seule route royale dans notre région, la partie qui la traversait conduisait dans les directions de Paris, Bâle, Strasbourg.

Il y avait un poste de Lure à Ronchamp et un poste et demi de Ronchamp à Frahier. En réalité, les habitants étaient astreints à la réfection de voies qui ne leur étaient pas destinés. Ils n’empruntaient eux, que des sentiers forestiers ou des chemins d’exploitation.



 

La contrebande

 

Une des caractéristiques de la région était la contrebande. Malgré une surveillance sévère, elle était très développée. Le principal objet de cette fraude était le sel. Valant quinze livres en Comté, il ne coûtait que 12 livres et 10 sols en Alsace. Dans les années 1770 existait aussi une contrebande du blé. Les Suisses accaparaient celui de la Bresse qu’ils faisaient passer par la Franche‑Comté pour gagner leur pays. Des ordres précis avaient été donnés pour contrecarrer cette nouvelle tricherie.

  garde chasse

Dans le même chapitre il faut mentionner l’étrange trafic auquel les étoffes de Héricourt donnaient lieu. Cette ville et toutes les localités voisines fabriquaient des toiles dites «verquelures », production très florissante dans les années 1772 (Ces étoffes étaient des toiles rayées blanches et rouges à carreaux bleus, le sixmax de laine grise, le droguet uni beige, le droguet rouge, ou rouge rayé blanc et noir, ou bleu ou vert, le velours de gueux).

Elles étaient donc renommées et l’étranger les imitait, mieux il faisait pénétrer par la Lorraine et 1’Alsace ses propres étoffes accompagnées des plombs de fabrique de Héricourt et les faisait ensuite passer pour des étoffes fabriquées dans ladite commune, véritables contrefaçons. Marchands et ouvriers se faisaient leurs complices. Mais après 1772 fut mise en place une réglementation rigoureuse qui limita le privilège des habitants de Héricourt aux seules étoffes d’origine.

 

La chasse aux contrebandiers atteint peut‑être son maximum d’intensité en 1754 avec l’apparition dans la région – plus précisément entre Lure et la Champagne -  d’une bande dépendant du fameux Mandrin. Cette équipe rebroussa rapidement chemin non sans avoir commis quelques dégâts dont le saccage du poste des fermes générales à Ronchamp.

 

Coût de la vie et pauvreté

 

L’aspect économique de la vie, lui aussi, n’était pas très encoura­geant.  En 1727, les trois‑quarts d’un champ de tren­te ares valaient 30 livres, plus un petit pré.

En 1728, une va­che se vendait 48 livres et un trousseau de fille était estimé à 120 livres. En 1750 une livre de fer valait trois sols. En 1760, une paire de bœufs était évaluée entre 150 et 200 livres.

En 1794, le charroi d’une voiture de foin, blé, fumier ou de bois valait de 15 à 45 sols selon  la distance. En 1790 la valeur d’une journée de travail était de 15 sols. L’année suivant le pain se vendait deux sols et six deniers la livre, la farine trois sols.

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Homme portant sur son dos des fagots, Jean-François Millet



Les premiers chiffres concernent les personnes fortunées, les derniers – valeur d’une journée de travail suivie du prix du pain – sont significatifs de la situation des plus défavorisés pour lesquels problèmes d’ar­gent sont synonymes de problèmes d’alimentation.

 

Il est difficile d’avoir une idée du « monde des errants » comme est nommée sous l’Ancien -Régime cette véritable c1asse que constituaient les mendiants et autres malheureux courant les campagnes et, au rythme des saisons, rejoignant villes ou villages. En 1775 est inhumé à Champagney un mendiant inconnu âgé d’environ 70 ans. D’où venait‑il ce témoin d’un monde si particulier ?

En 1789,  c’est un nommé Jean Claude Lacreuse, dit « mendiant » lui aussi, personnage étrange marié trois fois, qui est enterré dans le cimetière de Champagney.

En l’an III on compte 24 indigents au sein de la communauté, le 29 floréal de la même année (18 mai 1795) on en dénombre 66. Le seuil de l’indigence devait être assez effrayant puisque l’on décide alors de verser à chacun de ces infortunés la somme de six livres trois so1s.

 

Les habitations traditionnelles qui subsistent encore rappellent cette époque. Un imposant toit s’abaissait sur des murs très épais. La répartition des différentes fonctions de la demeure était toujours la même : d’un côté l’habitation séparée des écuries par la grange qui elle, était surmontée du grenier à foin - le perchis - et précédée de l’avant‑grange pour combattre le froid. Une pièce principa1e - le poele -, une cuisine, une ou plusieurs chambres. L’ameublement robuste est influencé par le style Louis XIV. Il se composait de buffets en bois de chêne à deux battants, de coffres de bois, de lits que garnissaient des rideaux de couleurs, quelques chaises. La literie est à l’image du mobilier : des draps tout aussi rustiques, des traversins et des plumons.

 

La vaisselle était très diversifiée : de nombreuses assiettes en terre, en bois, en étain, quelquefois en faïence, des jattes, tourtières … Ces objets insignifiants en apparence lorsqu’ils sont sortis de leur contexte sont en fait autant de signes d’aisance. Toute cette énumération correspond aux biens de laboureurs riches. Les variantes sont infinies. La possession de bétail en nombre plus ou moins grand vient encore accroître les nombreux niveaux de richesse.

Une autre catégorie sociale rassemblait des fermiers et des ouvriers qui pour tout logis ne disposaient que d’une seule pièce. En effet, à côté des quelques maisons bourgeoises et fermes de laboureur aisés, à l’autre bout de l’échelle sociale se trouvaient les nombreux et modestes abris dispersés dans les bois et qui abritaient bûcherons, charbonniers et autres forestiers.

 

Telle était la vie sous l’Ancien Régime faite en effet de contraintes et d’inégalités. La Révolution modifiera‑t‑elle ce système séculaire pour instaurer un peu plus de justice ? Rien n’est moins sûr …

 

  AJB

   Voir :  Démographie & société à Champagney - 1750 et 1800 - la vie, autres contraintes - documents

 
Lire la suite : Démographie & société à Champagney - 1750 et 1800 - première révolution, nouvelles contraintes

 

     

A propos des illustrations choisies : elles datent des XVIème, XVIIème, XVIIIème, voire XIXème siècles, tant le monde paysan, à travers ces images est intemporel.

 


Tag(s) : #Démographie & société à Champagney - 1750-1800