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Effigies de Marie

 

A l’occasion de l’Assomption, petit inventaire des statues de la Vierge sur la commune de Champagney

 

La France, vieux pays chrétien, porte de très nombreuses traces de l’emprise du religieux sur son histoire et celle de ses habitants : cathédrales et églises dans les villes et villages, croix et calvaires au plus profond des campagnes.

Si les croix de pierre sont nombreuses, il faut aussi remarquer, à côté de ces signes de la foi du paysan, la présence, ici et là, de statues protectrices de la Vierge Marie. Est-ce la proximité du pays protestant qui explique ce culte à la mère du Christ ? Sur ce point, on songe également à Notre-Dame du Haut et à son pèlerinage.

Si Marie n’est évoquée que très rarement dans les textes bibliques, elle a toujours tenu une place privilégiée dans la foi populaire catholique. Ainsi, à Champagney, on peut voir quatre statues de la Vierge dispersées sur la commune. En outre, il ne faut pas oublier les maisons des 18ème et 19ème siècle, présentant en façade une petite niche qui abrite une statuette de la Vierge. Cette manière de mêler piété et désir de protection, place la foi à la limite de la superstition.

 229-2977 IMGMaison Luxeuil, Sous les Chênes

La première de ces statues se trouve sur le calvaire installé rue de la gare, à l’angle du cimetière. La singularité de ce monument, c’est que, justement, il montre une Vierge au dos du Christ en croix. Remarquable, mais pas exceptionnel, puisqu’il existe d’autres calvaires présentant cette particularité dans les Vosges saônoises. Notre croix porte la date de 1601. Parmi les raisons que donne Jean-Christophe Demard sur l’implantation des croix dans nos campagnes, l’action de grâce après une tragédie semble être celle qui convient. En effet, au début du 17ème siècle, Champagney et tout le pays, grâce au roi Henri IV, sortaient des guerres de religion, c’est à dire de plusieurs décennies d’horreurs.

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En septembre 1587, le fils de l’amiral de Coligny (l’un des chefs du parti protestant assassiné lors de la Saint-Barthélémy en 1572), François de Chatillon avait ravagé avec sa troupe, la seigneurie de Lure. Peu après, un détachement de l’armée des Guises – des catholiques - voulut faire payer au Comté de Montbéliard l’hospitalité qu’il avait accordée à leur ennemi L’une de ses bandes de mercenaires composée de Lorrains et d’Italiens, passa par la seigneurie de Passavant, traversa Plancher-Bas, Champagney et pilla Magny Danigon et Clairegoutte. En 1595, l’invasion du Lorrain Tremblecourt fut encore plus terrible.

 

Jadis, ce calvaire – édifice le plus ancien de Champagney - était placé un peu en avant du monument aux morts. A plusieurs reprises, des voitures le heurtèrent, même des véhicules allemands pendant l’Occupation. Cassé à chaque fois, brisé en plusieurs morceaux, il fut réparé grossièrement à l’aide d’un vulgaire ciment. En mars 1930, le curé du village, l’abbé Gaillard, considérant, à juste tire, que cet objet de piété était très mal situé, écrivit au conseil municipal pour lui suggérer de l’ériger dans le petit terrain triangulaire situé au chevet de l’église. Il proposait encore de partager les frais que ce déplacement occasionnerait. Le conseil refusa pourtant, arguant du fait que le terrain proposé était une place publique. Il faut préciser que les relations entre l’homme d’église et les élus ne furent pas toujours très bonnes.


DSCF0212.JPGLe calvaire de 1601

Finalement, il faudra attendre 1957 et les travaux de rénovation et d’allongement du mur du cimetière pour que le maire du moment, Jules Taiclet, fasse aménager l’emplacement actuel du calvaire.

 

La seconde effigie de Marie est la statue qui domine le village depuis la colline du Bermont. La raison qui est à son origine est la même que celle qui explique le calvaire de 1601 : l’action de grâce suite à une catastrophe. En 1944, Champagney assiégé, vit sous les bombes un nouvel épisode tragique de son histoire. Le curé Jeanblanc visite les caves où sont réfugiés ses paroissiens. Il les encourage, apporte les nouvelles, et tous prient de concert. Lorsque le bombardement devint trop intense, empêchant les déplacements, le curé poursuivit son action en rédigeant un message que les habitants recopièrent et se le transmirent de caves en abris. Dans ce texte, daté du 15 octobre 1944, l’abbé écrivait : « Je me suis engagé, en mon nom personnel et au vôtre, d’élever une statue à la Vierge sur une colline dominant notre pays. Je vous demande de faire cette promesse chacun. Votre délivrance est à ce prix. ». Etrangement, ce n’est qu’en 1957, la reconstruction du village étant terminée, que le curé Jeanblanc rendra sa promesse effective.


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    La Vierge du Bermont

La troisième statue de la Vierge se trouve à la Houillère, au carrefour de deux voies, face à ce qu’était autrefois l’hôpital des mines. Aucune date, aucune indication sur son socle. Est-elle liée à l’histoire de la mine ? Est-elle contemporaine de cette autre Vierge, naïve et éplorée, posée au pied d’une croix de fer et située à Eboulet, place du 22ème BMNA ? Cette dernière porte la date de 1852 ainsi que la prière :  « Marie, refuge des pêcheurs, priez pour nous, Avé Maria ».

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121-2193 IMGLa Vierge de la Houillère

Pour terminer cette promenade, notons encore l’existence de deux effigies de Marie : le bas-relief apposé contre le mur de l'ancienne "Maison des soeurs" et qui fait référence à l'investissement des religieuses de Champagney au moment des bombardements de 1944 et une statuette qui se trouve dans le jardin du presbytère, contre le mur d’enceinte, sur un petit autel fleuri. Là, entre les salles de catéchisme et le clocher de l’église, cette présence discrète, qui n’est liée à aucun événement dramatique, relève d’une logique qui ne doit rien à l’opération du Saint-Esprit.

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La vierge de la Maison des Soeurs

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   Dans le jardin du presbytère



Pour être complet sur Marie, mais il ne s'agit plus d'une effigie, son nom est évoqué sur ce qui semble être une croix de mission. Elle se trouve au carrefour à Eboulet  et on peut lire sur le socle : "MARIE - refuge des pêcheurs - priez pour nous - avé Maria - 1852 ".
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Tag(s) : #Histoire locale