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Histoire du Bassin de Champagney

 

    U

ne des conséquences, indirecte et méconnue, de la défaite de 1871 fut la réalisation du canal de la Saône ou canal de l’Est suivie du creusement du bassin de Champagney et de la  construction de sa fameuse et impressionnante digue de pierre, embryon de Muraille de Chine.

 

  28-09-08

 

            En effet, la perte de l’Alsace et de la Lorraine entraîna l’interruption de la continuité des voies navigables : canal du Rhône au Rhin et canal de la Marne au Rhin. L’intérêt économique du transport par fleuves et canaux étant autrement important qu’à l’heure actuelle, on décida de rétablir la communication fluviale par la construction du canal de l’Est. Celui-ci devait relier la Saône à la Moselle, avec un embranchement allant jusqu’à Montbéliard. Ce projet avait également pour objectif de desservir l’important bassin houiller de Ronchamp-Champagney.

 

 

Le canal de Montbéliard à la Haute-Saône

 

            Le canal de la Haute-Saône devait partir de Conflandey, en amont de Port-sur-Saône, remonter la vallée de la Lanterne, traverser celle de l’Ognon, puis le bassin minier de Ronchamp et se diriger enfin vers Belfort pour faire sa jonction avec le canal du Rhône au Rhin non loin de Fesches-le-Châtel. Ce tracé ayant une longueur totale de 85 kilomètres.

 

            Les travaux de construction de ce canal commencés en 1875, durèrent jusqu’en 1887. En fait, ils ne seront jamais achevés et l’économie que cette voie aurait permise sur le transport du charbon extrait à Ronchamp n’aura jamais été possible. Seule la construction du canal sur son versant est a été terminée, entre le bief de partage et Fesches-le-Châtel, soit sur 23 kilomètres (On appelle bief de partage la section de canal la plus élevée du tracé. L’eau se partage donc sur les deux versants du canal. Pour ce qui nous concerne, ce bief a dix kilomètres de longueur entre l’écluse est de Chalonvillars et l’écluse du Chérimont.)

C’est cet inachèvement des travaux qui explique le besoin de trouver à Champagney un volume d’eau assez important pour assurer l’alimentation du bief de partage.

 

Les vestiges du canal de la Haute-Saône

 

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     De la partie ouest des travaux, il ne subsiste que des vestiges. Parmi les principaux, il faut voir l’écluse du Chérimont. Construite à l’extrémité ouest du bief de partage, au gabarit de l’époque, dit Freycinet, elle n’a jamais été équipée de portes ni de vannage. Ses dimensions auraient permis de faire franchir un dénivelé de 4,20 mètres à des péniches de 38,50 mètres de longueur sur 5 mètres de large.

   
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       Non loin de là, on rencontre le tunnel du Chérimont. Afin d’éviter un trop grand nombre d’écluses pour franchir la colline du Chérimont (entre 400 et 465m d’altitude), on a choisi de creuser ce tunnel qui a 10 mètres de hauteur sur 7 de large. La colline fut percée sur une longueur de 1330 mètres, essentiellement dans du rocher massif de grès rouge. Les parements sont en pierres taillées maçonnées qui proviennent des carrières de Chalonvillars et d’Essert.

 

Dispersés dans la forêt, sortent du sol les puits d’aérage qu’il fallut aménager pour ventiler ce souterrain. Six furent réalisés, espacés chacun de 180 mètres. Le sixième, inachevé, a permis de vérifier la technique utilisée pour leur creusement qui s’effectuait de bas en haut. Par exemple, le puits situé non loin de la route d’Etobon a une profondeur de 70 mètres entre le sommet de la voûte et l’air libre.


30-04-06
 

Abandon du projet

 

            Tous ces travaux de creusement et de maçonnerie n’étaient pas achevés au moment de la déclaration de guerre d’août 1914. Après le conflit, les départements de l’est dont l’Allemagne s’était emparée, réintègrent le giron national. Le canal du Rhône au Rhin retrouvant alors toute son activité et son intérêt économique, la liaison fluviale haut-saônoise devient inutile et les travaux sont définitivement abandonnés. Du canal de Montbéliard à la Haute-Saône, seule la section aboutissant au port de Botans à partir du canal du Rhône au Rhin sera mise en service en 1932.  

Les vestiges décrits plus haut sont perdus en pleine nature, les cheminées dispersées dans la forêt. Le chemin de halage du souterrain est barré par un muret, mais les Anciens, en particulier les habitants du Beuveroux, se souviennent bien de leurs jeux – étant enfants - à l’intérieur du tunnel.

 

 

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Les trois photos ci-dessus montrent l'écluse du Beuveroux au Chérimont
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     L'un des puits d'aération du tunnel du Chérimont


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Le tunnel du Chérimont à l'origine. Photo Mozer, Champagney
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Le même tunnel - côté écluse - aujourd'hui (août 2011)

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L'écluse, dans sa dernière partie
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Le canal peu avant le tunnel du Chérimont
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Le tunnel du Chérimont, côté Frahier

 

 
  
La partie navigable

 

            Pour ce qui est de la partie navigable, dix kilomètres situés entre le canal du Rhône au Rhin et Botans, sont réservés à la navigation de plaisance depuis juillet 1993. Depuis l’autoroute A36, on peut d’ailleurs y voir, des bateaux amarrés. Le reste du tronçon, 13 kilomètres environ, en assure l’alimentation.

La construction d’une rigole d’amenée à partir de Bavilliers sur le canal de la Haute-Saône jusqu’au bief de partage du canal du Rhône au Rhin, fut réalisée entre 1937 et 1949. Elle permet actuellement de disposer des eaux de la retenue du barrage de Champagney pour l’alimentation du canal du Rhône au Rhin mais aussi de maintenir son niveau d’eau pendant cinq à six mois par an, c’est à dire pendant l’été et l’automne à raison d’un débit de 800 litres par seconde au départ du barrage. Le canal de Montbéliard à la Haute-Saône est quant à lui alimenté toute l’année par un débit de 500 litres par seconde.

 

 

 

Le Bassin

 

Ainsi, seul le versant est du canal de Montbéliard à la Haute-Saône a été réalisé et la navigation y est possible, nous l’avons vu, dès les années trente. Le réservoir de Champagney est donc construit pour assurer l’alimentation en eau de la portion de canal construite et ultérieurement celle du canal du Rhône au Rhin.

C’est au Ban de Champagney qu’on trouve l’endroit idéal pour établir un lac qui servira de réservoir et dont le volume minimum devra être, pour les périodes d’étiage, de dix millions de m3. La petite vallée du Seruillot, avec un terrain argilo-silicieux, sur un solide socle de grès permien, sera barrée. Nous sommes à 375 mètres d’altitude et le site avec ses caractères géologiques est susceptible de supporter un barrage de maçonnerie de type « poids », seule technique connue à l’époque, la masse des matériaux de la digue faisant office de contrepoids à la poussée des eaux.

Les études sont faites, la déclaration d’utilité publique publiée le 27 janvier 1882 et les terrains achetés. Les travaux débutent la même année.

 

L’alimentation par le Rahin

 

Le Rahin qui descend des Vosges, rivière connue depuis toujours pour son régime torrentiel, apportera la quantité d’eau nécessaire au projet. Cette eau est amenée jusqu’au bassin par une rigole de remplissage qui prend naissance à Plancher-Bas par un barrage-écluse. Cette dérivation, longue de 3,5 kilomètres, serpente le long de la courbe de niveau aux alentours de 412 m d’altitude et se termine par un tunnel sous le hameau du Petit Ban. Cette rigole peut débiter jusqu’à 7000 litres par seconde. Elle joue pleinement son rôle lors des méchantes crues de printemps au moment de la fonte des neiges, permettant alors d’écrêter l’important débit du Rahin et de minimiser ainsi ses méfaits.

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   La rigole qui amène l'eau du Rahin au Bassin. Ici à son arrivée.

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Il lui faut un tunnel qui passe sous la route qui relie le Magny de Champagney au Petit Ban
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17 juin 2007 a
17 juin 2007 c


Les deux photos ci-dessus montrent cette rigole, côté bassin, le 17 juin 2007.

En 2007, le Bassin avait été partiellement vidé pour des travaux sur la digue, côté eau.


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Le même endroit, en eau, le 1er novembre 2006

La muraille

 

            Ainsi la vallée sera fermée par un barrage dépassant trente mètres de retenue nécessitant l’édification d’une digue de plus de 700 mètres de long. Une importante main-d’œuvre est mobilisée pour ce chantier gigantesque : des ouvriers français, mais aussi beaucoup d’étrangers, notamment des Italiens.

 

            La muraille de maçonnerie faite de pierres calcaires provenant principalement d’Essert est terminée en 1905. Mais, très vite, on a de grands soucis pour assurer l’étanchéité des maçonneries en moellons de grès et des joints insuffisamment imperméables. On comprend qu’il faudra ajouter à cette première réalisation un mur de béton afin que le barrage ne fuie pas. En 1890, l’usage du sable de rivière est interdit et le projet de construction du mur masque voit le jour.

12 juin 2010

 

Le mur-masque

 

Cette seconde partie des travaux débute en 1913. Bien sûr, la guerre arrête le chantier qui ne sera relancé qu’après le conflit, en 1919, au moment même où est prise la décision d’abandonner la construction du canal de la Haute-Saône pour les raisons données plus haut.

 

Ce deuxième mur dit « mur-masque » fait d’arcs-boutants de béton appuyés sur la paroi de maçonnerie, ne sera terminé qu’en 1926. Cette même année pour la première fois – 44 années après le commencement des travaux - le Bassin de Champagney est mis en eau.

 

La mise en eau

 

            Malheureusement, on se rend compte que le terrain de fondation n’est pas étanche et que le mur fuit. Le réservoir est alors immédiatement vidé avant même d’avoir été rempli entièrement. De nouveaux travaux de cimentation du masque et du terrain sous-jacent ont lieu de septembre 1928 à juillet 1930.

            Une deuxième mise en eau a lieu en 1930. Mais l’étanchéité n’est toujours pas complète. Des fuites et des problèmes avec les ouvrages de prise d’eau et de vidange nécessitent une nouvelle vidange du barrage. Il faut encore du temps pour obtenir une imperméabilité complète et, pour y parvenir, des travaux ont encore lieu en 1935 et 1936.

 

 

Le barrage

 

            C’est une digue d’une longueur totale de 785 mètres dont le point le plus élevé se situe à plus de 36 mètres au-dessus du fond de la vallée. La surface de la retenue d’eau à son maximum (cote 411,85) est de près de 106 hectares pour un périmètre de sept kilomètres. Les murs retiennent 13 millions de m3 d’eau.


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Le 9 novembre 2007

Le chantier

 

            Ce fut, on l’imagine un travail gigantesque : 175 000 m3 de pierres taillées, soit 400 000 tonnes de matériaux furent nécessaires. Les moellons étaient acheminés par l’aval alors que les matériaux de liaison étaient approvisionnés depuis Champagney puisque le sable était extrait tout spécialement d’une drague située au Magny et d’une autre sise à Ronchamp. La chaux arrivait en gare de Champagney. Pour transporter ces matières premières jusque sur le chantier, une ligne de chemin de fer à voie étroite – ligne Stractmann- fut également construite. Ce petit chemin de fer de type Decauville, reliait la drague du Magny au chantier et empruntait, au Petit Ban, le tunnel d’arrivée des eaux du Rahin. Le ciment stocké en gare de Champagney prenait le même chemin après avoir été transporté jusqu’à l’embarcadère du Magny.

            On peut voir sur la muraille, côté Frahier, le tracé d’une voûte. C’est à cet endroit que passait la voie ferrée qui acheminait sur le chantier les pierres - du grès - extraites, dans un premier temps, à Chenebier puis ensuite, le calcaire provenant des carrières d’Essert.

 

Des chiffres

 

            Le barrage en maçonnerie présente en plan l’aspect d’un V très ouvert ayant son sommet à l’aval, chaque branche du V étant constituée elle-même de deux éléments courbes à convexité tournée vers l’amont.

            Les fondations ont été poussées jusqu’au niveau de la roche. Ainsi le mur qui s’élève de 36 mètres au-dessus du sol, s’enfonce dans celui-ci de 9,50 mètres dans la partie amont, de 8 mètres dans l’aval. La plus grande épaisseur du mur est de 27,05 mètres, au niveau des fondations, dans le talweg (ligne joignant les points les plus bas au fond de la vallée). Au niveau de la retenue normale, elle n’est que de 5 mètres.

 

            Le mur-masque a 678,45 mètres de longueur. Il agit comme un écran étanche pour empêcher l’eau de pénétrer dans le barrage en maçonnerie. Sa hauteur totale varie entre 40,80 mètres et 13 mètres. Son épaisseur va de 1,80 mètres au niveau de la retenue à 2,50mètres au niveau des fondations. Il est percé de 212 puits verticaux allant de la plate-forme de la digue jusqu’au niveau du terrain naturel. Trois galeries de visite de 1,60 mètres de hauteur sont percées horizontalement au niveau des piédroits (montant latéral vertical qui supporte la naissance d’une voûte) de chacun des puits. Un collecteur de 50 centimètres de diamètre réunit tous les puits en bas de la galerie inférieure afin de drainer les eaux d’infiltration qu’il évacue dans l’aqueduc de la bonde de vidange.

 

Travaux

 

            De nombreux travaux ont été effectués par le passé sur le mur-masque afin d’en augmenter l’étanchéité, on l’a vu difficile à obtenir, ainsi que sa durée de vie. Des injections dans le sol, le béton et dans l’ouvrage lui-même ont été faites entre 1928 et 1940, puis – plus récemment - entre 1962 et 1978 ont eu lieu des travaux d’étanchement du masque par béton projeté, plus des injections.

            En 1981, 1986, 1987 et 1989, l’étanchement du masque a été réalisé par application d’un bouche-porage et d’un revêtement de un millimètre d’épaisseur en résine époxy polyuréthane et aussi par réfection des joints de dilatation.

 

            En 2001, on a envisagé le cas, hautement improbable, où il faudrait vidanger en catastrophe les 13 millions de m3 d’eau contenus dans le bassin. Cela nécessiterait quand même une semaine de hautes eaux déversées du côté de la Lizaine, jusqu’à Montbéliard.

            En cas de vidange brutale, l’eau sortirait avec une telle violence des vannes que les ouvrages en contrebas seraient détériorés. C’est la raison pour laquelle, cette année, ont eu lieu des travaux de construction d’ouvrages bétonnés qui auraient pour but de « casser » la violence du flot au sortir des vannes. Cet élément de béton est un « dissipateur d’énergie » et il a pris place aux deux endroits de vidange, à la vanne haute et à la vanne basse. Si la vanne devait être ouverte au grand large, ce parallélépipède de béton briserait la force du courant. En outre, ces ouvrages ont été recouverts d’un parement de pierres de taille dans le style du barrage.

 

La centrale électrique

 

            Il fut un temps où l’on envisagea la production d’électricité. Il ne subsiste de nos jours que l’élément de vannage de la prise d’eau de cette installation.

            Les débits d’alimentation ne permettant pas d’assurer le fonctionnement d’une turbine, il avait été décidé de procéder régulièrement à d’importants lâchers d’eau. Les biefs du canal devaient permettre d’assurer le stockage de cette eau et de réguler ensuite le débit pour alimenter régulièrement les biefs avals. Malheureusement pour ce projet, le canal à la hauteur de Chalonvillars et d’Essert était, du fait de l’emploi de calcaire oolithique, une véritable passoire et il n’a jamais été possible de contenir l’eau dans les biefs. L’idée de produire de l’électricité a donc été abandonnée.

 

La surveillance

 

            La surveillance du barrage est très précisément définie et codifiée. Les dispositifs d’auscultation sont nombreux : piézomètres, pendules, débitmètres … Cette surveillance est :

-          quotidienne. Tous les jours a lieu un examen visuel avec relevé du niveau de retenue, du débit de l’alimentation et des fuites, premier signe d’éventuelles anomalies.

-          Chaque semaine a lieu le relevé des piézomètres « aval », afin de détecter toute augmentation anormale des sous pressions internes.

-           Toutes les deux semaines a lieu le relevé des piézomètres « amont » ainsi qu’une visite de la galerie inférieure à la recherche de l’aggravation éventuelle des « fuites habituelles » du parement. Ces fuites peuvent être  « normalement » de 11 litres par secondes pour la totalité du barrage.

-          Deux fois par mois, on note les mesures des pendules Julliard et du pendule inversé, ceci pouvant mettre en évidence toute rotation ou basculement du barrage. On vérifie aussi l’alarme qui retentirait si les fuites atteignaient les 30 litres par seconde. (Au début de l’histoire du barrage, elles étaient de 300 litres par seconde !)

Toutes ces interventions seraient répétées en cas de variation importante du plan d’eau ou de séisme.

-          Deux fois par an, à retenue basse et à retenue haute, est faite la lecture des verniers équipant les fissures, cassures et joints. On visite les galeries intérieures ainsi que les 212 puits, on contrôle le parement aval ainsi que les parties hors d’eau du parement couvert, enfin sont effectuées les mesures géodésiques des déplacements de la crête du barrage.

-          Une fois par an a lieu un essai de manœuvre des organes d’alimentation et de vidange.

-          Une fois tous les dix ans, c’est la vidange totale et l’examen du parement amont et des organes d’alimentation et de vidange. La dernière vidange a eu lieu en 1997 et cet événement permet des promenades, une vision, des paysages et des photographies exceptionnelles.

En 1997, outre les travaux habituels, a eu lieu le remplacement des vannes de vidange. Les quatre énormes vannes, extraites des entrailles de l’ouvrage, ont dû être halées du fond des puits si étroits. Les nouvelles ont suivi le même chemin, en sens inverse. Les anciennes vannes dataient de 1935. Deux de ces pièces - vieilles de plus de 60 ans au moment de leur remplacement -, épargnées par la corrosion, reposent sur le parking de la digue, côté ouest. Elles symbolisent un savoir-faire et une époque révolue de l’histoire de ce site.

   
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Le Bassin vidé - 25 octobre 2009
   

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Le 9 septembre 2007, le Bassin est alors partiellement vide.



Les bombes

 

            En 1944, un bombardier sûrement en difficulté fut contraint de larguer ses bombes au-dessus du vaste plan d’eau qu’est le bassin. Elles ne furent découvertes qu’en 1987, année de vidange totale, par des promeneurs. Les deux engins étaient fichés dans la vase au plus profond de la retenue. Ce sont les démineurs de la Protection Civile de Belfort qui neutralisèrent les 250 kilogrammes d’explosif.

 

Le 19 novembre 1944

 

            Au moment de la Libération, le souci des libérateurs fut de s’assurer la possession du barrage de Champagney pour éviter que les Allemands ne s’emploient à le saboter avant leur départ, ne serait-ce qu’en faisant sauter les vannes de la retenue. S’ils avaient réussi, l’eau se serait déversée dans la Lizaine coupant ainsi par une inondation catastrophique l’accès vers Belfort. Coup dur probable pour l’armée française bloquée devant la Cité du Lion depuis le mois de septembre.

            A la mi-novembre, la reprise de l’offensive française est décidée. Elle débute au niveau de la frontière suisse. Il s’agit de prendre Belfort dont le point fort de la défense est, à l’ouest, le massif du Salbert. Le 18 novembre, le 1erCorps d’Armée – dont fait partie le 4ème bataillon de choc (dit « Commando de Cluny ») – attaque et prend le village de Chenebier. L’ordre de s’emparer du Bassin de Champagney afin d’en éviter la destruction, tombe le matin du 19 novembre. Les hommes du 4ème Choc vont vivre des combats très durs toute la journée, en particulier pour s’emparer de Frahier. Ces soldats sont des FFI récemment engagés dans la 1èreArmée française, combattants peu aguerris, à l’habillement et à l’armement très disparates. De plus, ne disposant d’aucun moyen de liaison, les communications, avec tous les risques et retards que cela impose, se font par l’usage classique d’agents de liaison.

            Les hommes de la 4ème compagnie atteignent le mur du bassin vers midi. Mais tout reste à faire. La 3ème compagnie est alors bloquée aux Barres de Frahier et, à cette heure, les Allemands contre-attaquent au centre de Frahier ainsi qu’au Bassin. Les Français sont répartis le long du barrage.

            A un moment c’est l’incompréhension totale, ils sont victimes de tirs français. Une automitrailleuse portant l’étoile blanche est repérée. C’est une patrouille de la 1ère DMI (division motorisée d’infanterie) appartenant à la 1èreDFL du général Brosset. En effet, le Bassin se trouvait à l’articulation de deux groupes d’armée : au nord la 1ère DFL (2èmeCorps d’Armée) et au sud, donc le groupement Molle (1er Corps d’Armée). L’attaque principale sur Champagney est également engagée depuis ce même matin et cette patrouille avait reçu l’ordre, elle aussi, de s’emparer du barrage du Bassin.

            Quoi qu’il en soit les combats vont se poursuivre tout le restant de la journée. La dernière attaque de l’ennemi aura même lieu le 20 novembre à trois heures du matin. Après plus de 24 heures de combats acharnés et des pertes humaines nombreuses, la bataille du Bassin est enfin terminée ! Les voies de communication sauvées, le réservoir de Champagney intact, l’offensive peut se poursuivre sur Belfort et l’Alsace.

 

Rôle du barrage

d’hier à aujourd’hui

 

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            Nous ne reviendrons pas sur le rôle économique du barrage quant au fonctionnement du canal du Rhône au Rhin. Nous avons également dit quel était le rôle de régulateur de crue du barrage.

            Mais, si le premier rôle du barrage est de fournir de l’eau au canal du Rhône au Rhin, il faut, aujourd’hui y ajouter son caractère touristique. Une dizaine de clubs se sont installés sur ses berges pour y pratiquer la voile, la planche à voile, le kayak. Ils sont surtout situés sur la rive est. Il faut citer l’existence d’un camping privé et savoir que le droit de pêche est loué à la Fédération de Pêche de la Haute-Saône. Mais en raison d’un marnage important (différence du niveau des eaux), la reproduction du poisson est difficile. Ce qui contraint les sociétés de pêche à compenser, par un repeuplement, les prises effectuées. Quant à la baignade, elle s’y pratique à ses risques et périls car il n’y a pas là de base de loisirs, la nature y est souveraine.

            Le service des Voies Navigables (nouvelle appellation de l’Equipement, service navigation) doit concilier ces trois rôles du bassin de Champagney en sachant qu’il est d’abord un outil des services de navigation. La hauteur de l’eau dans le bassin est donc un souci constant des responsables car il doit être plein du 15 mars au 15 juin. Ensuite, il faut anticiper en fonction de la météo. Ainsi, si le réservoir est rempli à la fin du mois de décembre, il faudra envisager de le vider en prévision d’éventuelles crues au printemps. Heureusement, dans notre région les crues sont brèves. Si l’une d’elles contraint les responsables à stocker, par exemple, un million de m3, concrètement cette quantité d’eau ne représente qu’un mètre de hauteur dans le Bassin.

 

            A l’époque de la construction de la digue, ce chantier immense, par son objet mais aussi par sa durée, représenta un intérêt économique énorme pour la région. Les habitants des environs louaient des chambres aux ouvriers, des cantines se multiplièrent pour nourrir tout ce monde et même certains de ces hommes rencontrèrent sur place, l’âme sœur et s’établirent dans le secteur de Champagney-Frahier.

            Puis le site tomba peu à peu dans l’oubli, livré aux seuls pêcheurs. Le prix des terrains autour du bassin s’effondra. Jusque dans les années cinquante, il était aisé d’acquérir là des terres pour des sommes défiant toute concurrence.

            Aujourd’hui, le plan d’eau est quasiment entouré en totalité de propriétés privées et les chemins d’accès au rivage sont rares.

            Peu à peu, ce sont les cités voisines qui découvrirent les attraits du plan d’eau. Les villes de Belfort, de Montbéliard, Peugeot et son Comité d’Entreprise, puis Bull firent l’acquisition de terrains pour y installer des bases nautiques. Des débits de boissons et autres restaurants s’installèrent, le « Nautic Bar », « la Caravelle », « les Fontenis », « le café de la Promenade », alors que les établissements des origines – « le café de la Digue », « les Pêcheurs », « le Bois du roy » - installés le long du CD 16, déclinaient.

 

 

Cette évolution des choses a fait que de nos jours le plan d’eau exceptionnel qu’est le Bassin de Champagney ne connaît ni l’aménagement à des fins de loisirs et de tourisme tel qu’il existe pour des lacs voisins, ni – en conséquence – l’attrait qu’on pourrait espérer. Il reste une curiosité, essentiellement à cause de sa digue, un lieu de promenade. C’est tout. Mais, au regard du paysage qu’on y découvre et du calme qui y règne, on peut se demander s’il faut le regretter.

 
A lire le livre de Pierre Klinger "LE BASSIN DE CHAMPAGNEY & Le Canal de Saône, la plus ambitieuse aventure technique et économique de l'ère industrielle en Franche-Comté"
Franche-Comté édition - 2003



    Une visite de la digue le 25 juin 2011

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