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LUDOVIC OSCAR FROSSARD

Frossard-1929

 

Retour sur le parcours atypique d’un élu local d’autrefois, au destin national, qui a marqué Ronchamp et tout le canton de Champagney.

 
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Dans les années trente, Ludovic Oscar Frossard est l'homme politique incontournable au niveau local. A cette époque on s'adresse naturellement au député‑ministre. En 1936, il sera aux premières loges lorsque la grève paralysera le tissage Dorget et, quand la crise économique aura achevé de sinistrer la région, le Conseil municipal de Champagney fera appel une dernière fois à ce politique alors au sommet de sa carrière. C'est en effet le 18 février 1939 que les élus champagnerots lui demandent d'intervenir auprès du gouvernement afin que « …les services de la défense nationale fabriquent à Champagney une partie des armements qu’ils achètent à l’étranger. »

Louis Oscar Frossard - appelé par ses camarades. Ludovic ‑ est né le cinq mars 1889 à Foussemagne dans le Territoire de Belfort. Il devient instituteur et se fait très tôt remarquer pour ses opinions politiques puisque avant guerre, il fait paraître un journal militant « Le Socialiste Belfortain ». En 1913 il est à la tête, à Belfort, des manifestations contre la loi des trois ans et prononce des discours antimilitaristes qui provoqueront sa révocation.

Il se consacre alors entièrement à la politique ainsi qu’au syndicalisme et crée une nouvelle feuille « Germinal ». Il se trouve alors bien isolé parmi ses amis socialistes puisqu'il reste opposé à la guerre.

Après le premier conflit mondial, on le retrouve Secrétaire général de la SFIO. Le 31 mai 1920 en compagnie de Marcel Cachin, il effectue un voyage de quinze jours à Moscou. Ils seront les premiers autorisés à fouler le territoire de la première république socialiste. Le 23 décembre de la même année, le parti socialiste réuni à Tours doit trancher cette grave question : faut-il adhérer à l'Internationale ouvrière ? L.O. Frossard jouera un rôle essentiel dans la rupture qui survient alors et deviendra le Premier secrétaire de la nouvelle formation issue de ce congrès historique : le parti communiste. Il a alors trente et un ans.

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Au congrès du PCF en 1921 : Rappoport, Renoult, Frossard et Cachin

Deux ans plus tard il démissionne, contraint, car accusé de mollesse et courant le risque de faire éclater le parti. Il réintègre la SFIO et entamera un peu plus tard une carrière parlementaire : il sera député de la Martinique de 1928 à 1932. A côté de cette vie politique, il est aussi journaliste au « Soir ». C'est à ce moment là qu'il va s'implanter localement, se trouver en quelque sorte un « fief ».

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Après les deux mandats du maire Jean Lagelée et celui de François Lallemand, Ronchamp avait besoin d'une forte personnalité. A Belfort la scène politique étant occupée par le Président du conseil André Tardieu, Frossard se tourne alors vers la cité minière. Il en devient le maire en 1932, est élu député de la circonscription de Lure en tant que socialiste indépendant affilié à l’USR (union socialiste et républicaine). Il connaît de nouveau ce double succès en 1936 après avoir fondé « Le Petit Luron », mais passe pour un renégat aux yeux des socialistes.

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Sur cette période, Jean Paul Escher  - Ronchampois bien connu – écrit : « Les meilleurs moments de sa vie, il les a passés dans notre commune, dans le café de M et Mme Davin. C’est là que le soir, avant le dîner, après les réunions électorales et ses obligations de maire, avec les mineurs, souriant et familier, tapant la belote, il était lui-même et eux, le savaient aussi. » Sur les ambitions de L.O. Frossard, il ajoute : « Il fait partie de ces agités de la politique, sincères au départ, se considérant comme indispensables au pays. » (témoignage recueilli en 1998).

Parallèlement à cette implantation locale, L.O. Frossard aura une carrière au niveau national puisqu'il sera ministre à partir de 1935 et le sera encore en 1943 ! Itinéraire surprenant pour celui qui fut le jeune révolutionnaire que l'on sait et le principal artisan de la « scission de Tours ».

Ludovic Oscar Frossard sera ministre du travail dans le cabinet Bouisson en 1935 et dans les cabinets Laval et Sarrault en 1936; ministre d'Etat dans le cabinet Chautemps en 1938, ministre de la propagande lors du retour de Blum en 1938 et ministre de l'information au sein du gouvernement Reynaud en 1940.

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Ludovic Oscar Frossard ministre de l’information dans le gouvernement de Paul Reynaud, le 6 juin 1940. Il est complètement à gauche. De Gaulle est sous-secrétaire d’Etat à la guerre dans ce dernier gouvernement de la IIIème République. 
De gauche à droite, MM. Ludovic-Oscar Frossard (Travaux publics), Albert Chichery (Commerce), Jean Prouvost (Information), Yves Bouthillier (Finances), Paul Reynaud (président du Conseil, ministre de la Défense nationale et de la Guerre et des Affaires étrangères), André Février (sous-secrétaire d’État aux Travaux publics), Yvon Delbos(Éducation), Charles de Gaulle(sous-secrétaire d’État au ministère de la Défense nationale et de la Guerre), Georges Pernot(Famille).

 

 

Le 17 juin 1940, le maréchal Pétain compose son gouvernement. Frossard partisan actif de la chute de Reynaud, y obtient le portefeuille des travaux publics et des transmissions.

Le 10 juillet, les parlementaires réunis à Vichy doivent voter les pleins pouvoirs à Philippe Pétain. Le marquis de Moustier sera le seul député franc‑comtois parmi les 80 qui voteront contre. L.O. Frossard fait partie des 569 qui voteront pour et il sera encore ministre et secrétaire d'état de 1941 à 1943. Au même moment son fils André, entré dans la Résistance, est prisonnier à Lyon, détenu au fort Montluc, l'antre du sinistre Barbie...

A Ronchamp, pendant ces années noires, les fonctions de maire étaient remplies par les adjoints Alphonse Pheulpin et Henri Davin.

 

A la libération Ludovic Oscar Frossard est inculpé de trahison et se trouve sous le coup d'un mandat d'arrêt daté du 20 octobre 1944. Son décès à Paris le 11 février 1946, mettra un terme à la procédure en cours.

 

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Le 15 mai 1938, le ministre Frossard inaugure le stade de Ronchamp qui prend son nom. Il salue les joueurs de l’Etoile Sportive. On aperçoit, juste derrière lui, une autre grande figure locale : Alphonse Pheulpin.

 

 

 

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Le stade de Ronchamp






Article extrait de :

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Tag(s) : #Histoire locale