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La libération de Champagney – 2 –

 

SEPTEMBRE, OCTOBRE 1944

Derniers combats

 

(25 septembre ‑ 8 octobre 1944)



 gare2
La gare de Champagney en 1944 détruite par les bombardements

Les soldats s’enterrent, la population se terre. De la fin du mois de septembre au début d’octobre ont lieu les derniers combats significatifs pour l’armée libératrice avant que le front ne se stabilise puis stagne, pour le malheur de Champagney et des cités mal situées.

 

À partir du 25 septembre, une phase d’âpres combats qui va durer cinq jours permet la libération de Melisey, Belonchamp, Ternuay, Melay, Fresse, Servance, le col de la Chevestraye, Magny‑Jobert, Frédéric‑Fontaine, Lyoffans, Magny Danigon, Palante, Andornay, Clairegoutte. À partir du 30, quatre terribles journées vont être nécessaires pour déloger les Allemands d’Éboulet et de Ronchamp.

 

La 4ème brigade est alors installée au-dessus d’Éboulet, à la Blanche Pierre, site d’où l’on domine toute la vallée de Ronchamp‑Champagney et que les libérateurs ont baptisé Le Balcon.
RonchampEboulet, Ballastières, Champagney, PLanche des Belles Fill
Depuis le Balcon d'Eboulet,vue sur Ronchamp puis sur Eboulet et Champagney

Le 28 septembre, les zouaves s’étaient établis sur la colline du Bourlémont coiffée de la chapelle Notre‑Dame‑du‑Haut. Les jours suivants les contre‑attaques allemandes vont se succéder afin de récupérer ce magnifique observatoire qu’est la colline sacrée. La 3e compagnie du 1er bataillon de choc vient renforcer le 1er  Zouave dans la nuit du 29 au 30 septembre (Au cours de cette nuit, des zouaves descendront la statue de Notre‑Dame‑du‑Haut pour la mettre à l’abri à La Côte. Elle retrouvera sa place, après les combats, dans une chapelle détruite, en attendant l’écrin conçu par Le Corbusier.)
7 mai 2011

Ensemble, ils tiendront et la Chapelle ne retom­bera plus aux mains de l’ennemi. Yvette Mathey, voisine du café Cordier, au centre de Champagney, qui abritait le poste de secours allemand, se souvient de ces jour­nées sanglantes. Les combattants allemands, très jeunes, partaient pour Ronchamp vers 5 heures du matin. Vers midi, ils étaient de retour, chargés des blessés et des morts. Ceux‑ci très nombreux étaient alignés sur le sol entre le café et la maison de Maurice Mathey, du foin étendu sur les visages. Lucienne Millotte, également riveraine, parle de centaines de blessés arrivant là par camions. Quant à Gilbert Guillaume, habi­tant d’Éboulet, il a lui aussi l’image de combattants très jeunes, entre quinze et seize ans, partant à l’assaut de la Chapelle.

 Balcon d'Eboulet depuis chapelle 07-05-11
Vue du Balcon d'Eboulet depuis la chapelle de Ronchamp

L’attaque sur Ronchamp reprend le 2 octobre. Le colonel Raynal qui dirige les opérations dispose du 22ème  BMNA (bataillon de marche nord‑africain), du BM 21 (bataillon de marche), de l’escadron Barberot et du BM 24.

Les habitants d’Éboulet sont prêts. Les locataires des cités ont déjà fait sauter le carrelage de leur maison pour aménager des abris dans le vide sanitaire. Ils y ont passé les nuits pendant une semaine déjà. Les canonnades de ces jours d’attente les induisent en erreur. Le 1er octobre, des éclats d’obus ont d’ailleurs légèrement blessé le général Brosset et le commandant Saint‑Hillier qui sont là‑haut, au Balcon.                                                                       

Finalement, la véritable préparation d’artillerie a bien lieu ce 2 octobre et, vers 16 heures, les fantassins débouchent de la forêt. Les habitants des cités, heureux et inconscients, sont aux fenêtres. « Garez‑vous ! » leur crient les tirailleurs, des Noirs pour la plupart. Peu après, ils trouveront les cadavres d’un sergent et de trois hommes disparus l’avant‑veille. Ces combattants avaient été torturés avant d’être fusillés. Impossible pour cet adversaire de se conduire dignement et les Français ne sont pas au bout de leur écœurement...

 

L’action sur Éboulet se poursuit : « Les chars légers des fusiliers marins se sont engagés avec témérité sur les pentes abruptes du bois, dans une véritable descente en toboggan vers le village. » (Général Yves Gras : La 1ère DFL, les Français Libres au combat ‑ Presses de la Cité – 1983) et les combats se poursuivent durant la nuit. Le bas du hameau sera libéré le lendemain. Gilbert Guillaume se souvient du départ des Allemands quelques jours avant l’attaque déci­sive, évacuant leurs munitions sur des chariots et sous les cris des officiers.

 tank à Eboulet 1

 

Tank destroyer arrêté par tir direct de l'artillerie allemande située au Pied des Côtes lors de la libération d'Eboulet. Il y eut deux chars canonnés qui sont restés jusqu'en 1947. Les fleurs déposées laissent supposer que l'équipage fut tué.

Pendant que le 22ème BMNA investissait Éboulet au prix de lourdes pertes (Depuis le 17 septembre, le 22ème BMNA a eu cent cinquante‑huit hommes et gradés, blessés, tués ou disparus, dont cinquante‑huit tués lors de la libération d’Éboulet, essentiellement des hommes originaires d’Afrique du Nord), ce même 2 octobre, le BM 24 abordait Ronchamp par l’ouest, parvenant à la patte d’oie des routes de Belfort et de Champagney seulement vers18 heures. Les combats qui sont simultanés au sud et à l’ouest de Ronchamp sont durs, l’ennemi opiniâtre et cruel. Nouvelle preuve de cette cruauté, l’assassinat au cours de la journée de l’au­mônier du 22ème  BMNA, le père Bigot: « […] dans la région d’Éboulet, le 22e BMNA est durement éprouvé. Son aumônier, le père Bigot, toujours en première ligne, apporte le réconfort de sa présence. En allant chercher le corps d’un de ses tirailleurs il est fait prisonnier. Le lende­main son corps est retrouvé. Il a été assassiné d’une rafale de mitraillette dans le dos ainsi que les quatre tirailleurs qui l’accompagnaient. Les tirailleurs musulmans adorent leur “Padre” ; coïncidence curieuse, pendant plus de quinze jours le bataillon ne ramènera pas un seul prisonnier … » (Journal de marche du 22ème  BMNA). Le lendemain 3 octobre, les corps des soldats français assassinés seront transportés au temple de Magny‑Danigon et on fusillera, à titre de représailles, six soldats allemands.  
      
DSCF5457Le monument aux tués du 22ème BMNA à Eboulet
                                                       
               

À Éboulet, malgré quelques contre‑attaques (Il y a des fanatiques. Norbert Sarre cite ce colonel allemand, mitraillette en bandoulière se dirigeant seul vers la forêt au‑dessus des cités d’Éboulet), les Allemands finiront par se replier sur La Piotnaz, la ligne de front passant désormais non loin de la maison Boisot. Les habitants du hameau seront bientôt évacués sur Scey‑sur‑Saône, l’école transformée en poste de secours et l’épicerie Grandhaye en poste de commandement.

                                                                                                             

Ronchamp étant définitivement perdu, les Allemands rageurs, prennent pour cible le clocher de Notre‑Dame‑du‑Haut qui avait été respecté par les artilleurs français. Un tir de 88 abat le clocher de la chapelle le 3 octobre 1944.

Le 4, les Français investissent la Houillère, quartier abandonné par l’état‑major allemand depuis le 1er octobre. La première phase de cette guerre tire à sa fin. Le 8 octobre, le BM 24 avance encore de quelque cinq cents mètres dans le bois du Chevanel, dernier obstacle naturel avant Champagney et le BM 21 atteint les lisières de la cité des Époisses. C’est le dernier effort de la division. Les opérations sont désormais suspendues, faute de munitions, et les unités sont contraintes de s’installer sur la défensive, ce qui est bien là un paradoxe. Parallèlement à ce problème de logistique, il faut encore souligner « la fatigue extrême parmi les tirailleurs sénégalais et les soldats du  Pacifique qui constituent le gros de la division. Le brouillard revenu le 3 octobre et, avec lui, le froid et l’humidité. Les évacua­tions pour pieds gelés deviennent plus nombreuses chaque jour » (Général Yves Gras, document déjà cité).

 Champagney depuis chapelle 07-05-11


Depuis la chapelle de Ronchamp, vue sur Champagney

 

11-08-11
Depuis la chapelle, vue sur Ronchamp et le Pied-des-Côtes


Le front s’est stabilisé définitive­ment jusqu’au 19 novembre. Il va d’Éboulet à la Chevestraye, passant par la route d’Éboulet, la rue  Sainte‑Pauline qui borde le bois des Époisses, la route des Grands Bureaux des Houillères (Maglum), le bois du Chevanel, le Champey. Jusqu’à la reprise de l’offensive, il n’y aura plus que des actions locales, une guerre d’embus­cades dans la pluie, la boue et la neige. Les troupes s’enterrent, creusent des abris, posent des barbelés et des mines. Les trous se remplissent d’eau, transports et ravitaillements sont pénibles et il faut souvent recourir aux mulets. Les points d’appui à huit cents ou neuf cents mètres d’al­titude, éloignés les uns des autres, sont reliés par des patrouilles qui doivent, de jour comme de nuit, progresser sur des pistes défoncées et sous‑bois. « La 1ère DFL fait tardivement l’apprentissage de la drôle de guerre » remarque encore le général Gras.

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Vestiges de 1944 dans la forêt du Plainet
                

Moins meurtriers que des attaques, ces séjours en lignes exigeaient des hommes beau­coup d’endurance physique et morale. L’épreuve était particulièrement dure pour les tirailleurs africains. Aussi, à la fin du mois d’octobre et jusqu’au 10 novembre, seront‑ils remplacés par de jeunes Français. Ce « blanchiment » est réalisé par des engagements individuels et l’intégration d’unités FFI. La première d’entre elles, intégrée à la 1ère  DFL, étant le bataillon de Chambaran.        

Au cours de cette période, la 1ère DFL va encore être un peu plus aspirée vers le nord, tout en restant en Haute‑Saône. Le huit novembre, son front s’étend sur près de quarante‑deux kilomètres, posant ainsi un problème de plus à son chef.

À partir de là, Champagney sera pris sous le feu de de l’artillerie française dont les observateurs ont pris position dans les ruines de la chapelle de Ronchamp. Les Champagnerots, désormais otages, paieront un lourd tribut à cette nouvelle forme de combats : cinquante­-huit civils seront tués par les bombardeme­nts, quinze par les mines, sans oublier les blessés et les destructions maté­rielles.

 

Les artilleurs ne font pas de sentiments, c’est la guerre... L’objectif est clair : déloger l’Allemand. D’ailleurs, les hommes qui règlent les canons ne savent pas où le métal meurtrier va tomber. De plus, la précision des tirs est loin d’être parfaite. Ainsi sur une même batterie, les mêmes réglages n’empêchent pas les obus de se disperser. Quoi qu’il en soit certains savent : ce sont justement les observateurs sans lesquels l’action de l’artillerie perdrait tout son sens (Éléments donnés par M. Michel Lecot, alors sous‑offi­cier d’artillerie en poste au Mont‑de‑Fourche, à Roye, Malbouhans et Frotey‑les‑Lure).

 

Les Allemands, quant à eux, s’adaptent. Ils ont pris l’habitude de se travestir en femmes pour passer le pont à l’entrée de Champagney. Conséquences : l’artillerie se déchaîne au moindre mouvement, à la moindre lumière. Suzanne Verdant raconte : « Sans réfléchir j’al­lume une bougie, les volets en dentelle, ma petite lumière est visible de loin, et aussitôt c’est la grêle de 155. Des rafales qui tombent en quart cercle, tirs très précis autour de mon point lumineux. J’ai vite éteint». Plus loin, elle précise encore : « Il ne faut pas faire de feu dans la journée, la moindre fumée attire les obus. »

Les Champagnerots apprennent à vivre, et à mourir, avec ce danger permanent. Ils entendent les départs de coups, savent que l’obus tombera vingt secondes après. On se précipite en catastrophe à la cave, on se couche dans l’encadrement d’une porte. Tout le monde sait que ce sont des salves de quatre coups et on reconnaît l’obus de 105 à son bruit de papier froissé. Quant aux 75 : « Ceux‑là sont bien les pires, zim boum! On n’entend pas leur coup de départ que déjà ils sont arrivés.» (Souvenirs de Suzanne Verdant)                                                     

Enfin, le 88 allemand est silencieux. L’expérience n’empêche pas la peur, et certains habitants ne remonteront de leur cave que le jour de la libération de Champagney.

On prend des risques insensés en allant arracher quelques pommes de terre. Si le ciel se dégage brusquement du côté de Ronchamp, il faut vite rentrer. Certains y laisseront la vie, d’autres auront une chance inouïe. « Maman et Mémère Faivre, les plus courageuses, s’en vont au tout petit matin arracher quelques pieds …derrière les cités Saint jean. Il faut avoir fini avant le jour puisqu’ils tirent sur tout ce qui bouge. Un matin, elles finissaient quand se présente un tout beau pied. Encore celui‑là. Mais non, c’est trop, elles sont repérées et se sauvent dans le talus quand un 155 s’enfonce dans le sol détrempé tout près d’elles, sans éclater et quand elles se relèvent, Mémère dit : “ madame Gauthier, vous êtes tuée? ” On en a ri après, mais quelle peur! Nous ne vivions pas quand on les savait dehors. » (Souvenirs de Suzanne Verdant, document déjà cité).

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On court autant de risques en restant chez soi. C’est ainsi que le 12 octobre est tué Marc Amann, sergent‑major des pompiers. Son voisin, monsieur Morand (actuelle maison Kibler) relate ce drame dans son journal : « Vers 9 h 30 environ, étant dans la cuisine au premier, avec maman, Solange Savant‑Ros et son fils Jacques (leur mari et père, le gendarme Pierre Savant‑Ros, vient d’être fusillé deux jours aupa­ravant à Banvillars, ils ne le savent pas encore), éclatent à proximité et coup sur coup trois à quatre obus, descente affolée à la cave. Quelques minutes de silence, je mets le nez à la rue … je vais sur la route pour savoir où est tombé le malheur … c’est la maison Amann (en face de la nôtre) qui a pris ; nous y allons. Le spec­tacle est affreux : toutes les ouvertures arrachées et les murs éventrés! Dans un coin de mur … je devine recouvert de poussières et gravats une jambe de pantalon bleu. À l’instant arrivent le pompier Castel et un infirmier de la Croix rouge allemande qui soulèvent le corps, c’est M. Amann, mort. On dit que sa femme blessée à la face par des éclats en verre est soignée à l’infirmerie allemande (Valentine Amann mourra par la suite). »

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Ce n’est là qu’un exemple entre des dizaines d’autres tragédies. Comme on vient de le voir, lors de ces terribles circonstances, civils français et soldats allemands sont côte à côte. C’est encore un des paradoxes de la guerre qui prouve – mais faut‑il des preuves ? – qu’elle n’a aucun sens. Une infirmerie allemande est installée à l’ancien hôtel Frechin où officie un médecin allemand et les cas les plus graves sont systématiquement évacués sur Belfort par les occupants.

Rares seront les journées sans tués ou blessés, rares seront les accalmies. Cette guerre de position sera mortelle pour le village dont les habitants sont partagés entre le désir d’en finir et l’amertume. Sentiment résumé par des remarques du genre : « Quand y viendront on ne leur fera pas de sourire! »

 

À mi‑parcours de ce chemin de croix collectif dont chaque station est une nuit sans sommeil, un proche tué, une amie blessée, un ventre qui crie famine, un enfant qui pleure de détresse, une peur qui noue l’estomac … le 20 octobre, soit un mois avant la délivrance, on compte trente‑trois morts civils. Quarante devront encore mourir.

Les libérateurs sont‑ils conscients de ce carnage ? En tant qu’étranger aux événements et à la chose militaire, il n’est pas vain de se poser la question. D’autant que le général Yves Gras dans son ouvrage consacré à la 1ère DFL (déjà cité), lorsqu’il décrit cette période faite d’ennui pour les hommes, note : « Les combattants ont aussi, parfois, de singulières façons de se distraire, en agitant le secteur. » Concrètement cela veut dire que des tirs se déclenchent simplement pour voir s’embraser le front de proche en proche, ceci particulièrement dans les secteurs d’Éboulet et des Époisses. Combien de civils seront les victimes indirectes de ces moments de distrac­tion ?

 

Parallèlement à toutes les morts isolées, il y eut de véritables massacres. Les plus édifiants furent ceux de la famille Gillet et de la maison Lefèvre.

La famille Gillet, réfugiée dans une maison abandonnée près de l’écluse en forêt du Chérimont, fut victime des mines et des tirs français. Quatre de ses membres furent tués, les autres blessés seront secourus par les sanitaires allemands.

La maison Lefèvre, au Plain, située à cent mètres des lignes françaises sera pilonnée. Considérée par les Français comme un obser­vatoire ennemi, elle abritait dans son sous‑sol des familles du quartier. Ce n’est, que le 22 novembre que les pompiers de Champagney en retireront des cadavres des familles Lefèvre, Kiener et Mansuy.

 

Le 19 novembre, face aux premiers libérateurs qu’elle rencontre, Micheline Marsot, jeune fille de seize ans, craque. Elle les apostrophe: « Vous avez tout démoli! Pourquoi n’êtes‑vous pas venus plus tôt? Pourquoi vous n’avanciez pas? ». Réaction symptomatique qui n’est pas sans faire songer à la libération de la Normandie, transformée quelques mois auparavant, et sans état d’âme, en champ de ruines. Réaction qui dit bien l’ambivalence des sentiments de la population tiraillée entre le soula­gement et l’abattement, la reconnaissance et l’in­compréhension, la joie et les larmes.



  Lire aussi : La libération de Champagney - 1 -

La libération de Champagney - 3 -

 

 Ce texte est extrait de : Cham 3

 

 

                                                            


















A propos des victimes civiles des bombardements

LA MORT DES ENFANTS TAICLET EN 1944

 

 

 

Je reprends le témoignage de Mme Taiclet - Marie Louise Taiclet née en 1909 - dernière maison de la rue du 11 novembre - derrière la gare de Champagney. Témoignage des années 90 lorsque je travaillais à cette histoire de Champagney (1900-1950).

 

Pendant la période des bombardements de 1944, comme beaucoup, ils  allaient arracher des patates entre deux bombardements.

 

Une fois, il y eut un wagon de charbon endommagé sur le quai. Ses enfants y allaient régulièrement pour récupérer du charbon ? C’est là, qu’un jour ils  furent tués par des bombardements : Lucienne âgée de 18 ans et Maxime, 15 ans.

                                              

Voici une partie de la même histoire racontée par Jacques Mantoux , alors observateur d’artillerie à la Chapelle :

 

 

« Et voilà que deux silhouettes se glissaient le long de la voie ferrée et semblaient entrer par l’arrière, dans un wagon isolé sur une sorte de voie de garage, en avant de la gare, vers nous. A la jumelle, on ne voyait pas plus d’un instant, mais ces gens semblaient prendre position dans le wagon. Un observatoire peut être ? Une fois, deux fois ça se répète. Le troisième jour, je me persuadai que c’étaient des Allemands et je fis tirer sur le wagon, deux ou trois obus. Plus rien ne bougea et je me dis : « ils auront compris ». Après la guerre, j’ai eu l’occasion de traverser Champagney en voiture et j’ai posé des questions dans le voisinage. Est-ce qu’on se rappelait cette affaire ? Et la réponse vint. Oui, on se rappelait : c’étaient deux jeunes, un garçon et une fille, frère et sœur. Comme on n’avait plus rien au village, et qu’avec les Allemands on ne pouvait plus bouger, ils avaient imaginé de trouver du charbon dans ce wagon immobilisé hors du village, pour ainsi dire dans le « no man’s land ». Une aubaine. Et puis un jour, des obus étaient tombés sur le wagon pendant leur visite. Ils avaient été tués tous les deux. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

                                                     

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                 

 

 

 

 

 

 

 


 

                 

 

                   

                 

 

 

                 

 

 

                 

                 

 

                   

            

 

 


 

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