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La libération de Champagney – 3 –

 

55 JOURS SOUS LES BOMBES

Septembre, octobre, novembre 1944

 

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   A l'entrée du village, le pont détruit par les Allemands (Photo Yvette Mathey)

    
Comme en 1940, la première réaction des Anciens est de faire creuser des abris à proximité des maisons. Mais, en cet automne particulièrement pluvieux, ils seront vite remplis d’eau.

 

Le 24 septembre les transformateurs de Recologne brûlent. A cette date, l’espoir d’une délivrance rapide emplit encore tous les cœurs. « Vivement qu’on entende, le bruit du canon ! » disait-on chez Paulette Ballay, sous-entendu que le bruit du canon serait annonciateur d’une liberté facilement acquise. « On attend la libération pour aujourd’hui ou demain. » écrit Suzanne Verdant. « Papa nous explique, qu’à la guerre de 14 les attaques étaient précédées d’un bon tir de barrage. On l’attendait ce moment dur à passer mais qu’on espérait tant être suivi de la fin du cauchemar. » (Souvenirs de Suzanne Verdant). En fait, mais qui peut alors s’en douter, le cauchemar ne fait que commencer. « Ce soir ce serait plus prudent de coucher à la cave. » (24 septembre) poursuit-elle.

 

Le 26 septembre, à cause des premiers obus tombés la veille, tout Champagney est en émoi. A partir de là, petit à petit, chacun va s’organiser pour faire face au danger. Des micro-sociétés vont se constituer dans chaque quartier au gré de l’existence des caves. En moyenne une douzaine de personnes, famille et voisins, cohabiteront dans un même abri, On comptera beaucoup plus de monde, de 40 à 70 personnes, dans des endroits comme l’écurie de Maurice Mathey, la cave de la mairie ou le cinéma Jean Bari au Pied-des-Côtes. Ceux n’ayant ni cave, ni abri spécifique proche se contenteront de se coucher sur le sol, la peur au ventre, pendant les bombardements.

 

On aménage donc des couchages avec de la paille, des fougères, des traverses, des matelas et on y dort tout habillé. Souvent des cuisinières et des fourneaux seront descendus lorsqu’on aura acquis la certitude d’une délivrance longue et douloureuse.

Entre les bombardements, une vie normale en apparence, reprend ses droits : il faut bien laver les couches des tout-petits ou tirer de l’eau au puits. Les plus courageux remontent à la maison, mais en fait, il n’y a pas de règle. Certains habitants resteront terrés et isolés, d’autres circuleront par nécessité, mais aussi par besoin de savoir. Ainsi, Micheline Marsot, alors que son père arrache des pommes de terre pendant la nuit, se rend tous les deux jours chez les Sœurs pour y chercher du lait (il y a un bébé sous leur toit. Un quart de lait était destiné aux enfants jusqu’à l’âge de trois ans. Les deux abbés et Abel Castel allaient chercher ce lait, la nuit à vélo, à Frahier ou au Ban.) Elle profite de cette occasion pour assister à la messe de sept heures dite là, chez les religieuses, puis, si « ça ne tire pas trop », fait des visites.

 

Si une certaine jeunesse est naturellement insouciante, quelques Anciens font preuve d’une semblable inconscience. Ainsi, Mademoiselle Syriès qui va au lait chez Hambert et à laquelle on demande si elle n’a pas peur, répond : « Oh, non. J’ai mon St-Christophe ! ».

 
les abbés 1Abel Castel entre les abbés Jean-Marie Roch et Francis Schlienger,
trois grandes figures de cette dramatique période.


En matière d’informations, certains sont mieux lotis. Ainsi les habitants réfugiés dans les caves de la mairie sont renseignés tous les soirs par les pompiers qui rentrent. Ce sont surtout des mauvaises nouvelles ... Mais le lien entre les « foyers » reste l’équipe qui gravite autour du curé Jeanblanc. Il y a là, les Abbés Jean-Marie Roch et Francis Schlienger (Francis Schlienger - originaire de Chaux - arrive à Champagney en juillet 1944 pour remplacer l’Abbé Marc Aymonin. Celui-ci venait d’être arrêté par les Allemands car possesseur d’un poste émetteur. Jean-Marie Roch, de Champagney, qui voyageait en sa compagnie est pris lui aussi. Emprisonnés tout deux à la Citadelle de Besançon, ils doivent leur salut à l’intervention de leurs supérieurs. L’Abbé Roch rejoint alors sa famille à Champagney), les religieuses dominicaines, Sœur Noël‑Dominique Supérieure, Sœur Jeanne d’Arc et Sœur Agnès. Il faut savoir que les premiers soins étaient donnés chez les Sœurs et qu’un autre poste de secours se trouvait en mairie. Suzanne Verdant évoque ainsi l’action de ces personnes au cours de ces terribles journées : « C’est ainsi que, nous avons très souvent la visite de l’abbé Roch et plus souvent encore l’abbé Francis Schlienger et Sœur Jeanne d’Arc. Ils sont notre réconfort. Personne ne dira assez 1eur dévouement souriant. Ils ont tout fait : ravitaillement, soigner les blessés, enterrer les morts, au péril de leur vie … ». A ces religieux il faut associer le souvenir d’Abel Castel toujours le premier à arriver sur le lieu des sinistres. Pendant les bombardements, Il avait d’ailleurs pris l’habitude de monter au clocher de l’église afin de repérer les endroits touchés par les obus. Ensuite, coiffé de son casque de pompier, avec une charrette et accompagné de son chien, il se rendait sur le site en quête des blessés à secourir.

 les soeursDevant la cure, les religieuses de 1944.
De g à dr : sœur Jeanne d'Arc, sœur Agnès et sœur Noël Dominique


Francis Schlienger lui aussi n’a rien oublié ... « M’occupant des blessés et des morts, avec l’aide de, mon confrère l’abbé Roch et de notre brave Abel Castel, notre dévoué sacristain, nous faisions, on peut le dire, un bon trio. » (Lettre à l’auteur, juillet 1996). Il ne faut pas oublier le Docteur Duclerget qui, de par sa profession, était en première ligne ; ce qui ne l’empêchait pas lors des périodes d’accalmie, de visiter les caves y apportant nouvelles et réconfort moral.

Au sujet d’Abel Castel, le docteur lui rendra hommage sur un sujet très précis, soulignant le grand mérite de celui-ci qui avait le souci d’enterrer tous les animaux morts. Citons encore le secrétaire de mairie Paul Jacquot qui œuvrait aux côtés des abbés.

 Les abbés 2

Enfin le maire Jules Taiclet n’était pas le dernier à visiter ses infortunés concitoyens. Francis Schlienger écrit encore : « Malgré nos idées différentes, nous étions très amis avec monsieur le maire, Jules Taiclet, qui venait très souvent à la cure dans ces durs moments, et nous nous remontions le moral. » ((Lettre à l’auteur, juillet 1996). Le maire, suivant les cas, réagit avec fatalisme, humour ou lucidité. Après avoir été le dernier à quitter la Bouverie le trois novembre, ne laissant aucun administré derrière lui, réfugié dans la cave de la maison Syriès, il dit : « On sait ce, que c’est que, la guerre. »  

Les abbés Roch et Schlienger



Une autre fois, trinquant avec son complice le curé Jeanblanc sous les obus qui recommencent à faire tomber la poussière, leur première réaction est de protéger du plat de la main le contenu de leur verre. Enfin, le 30 octobre il écrit au directeur du ravitaillement à Belfort, lequel vient de lui demander de faire prendre par ses propres moyens le stock de farine attribué à Champagney, alors que le village ne dispose d’aucun moyen de transport : «  Il me semble que vous ne vous rendez pas parfaitement compte de notre situation … »

 

Vivre dans les caves, c’est vivre avec la peur. Mais c’est aussi assurer dans des conditions qu’on ne peut imaginer, l’indispensable : la nourriture, l’éclairage, l’hygiène...

Les Champagnerots qui possèdent encore des volailles et des lapins leur font un sort. « Nous avons aussi des bocaux de conserve, les pommes déjà rentrées. Celles du verger seront perdues en ayant reçu un obus au phosphore. » (Souvenirs de Suzanne Verdant)

 En ce qui concerne le pain, la dernière cuisson chez Mathey a eu lieu le 21 septembre. Il faudra attendre le 25 octobre pour qu’ait lieu une distribution assurée par la Croix-Rouge : 150 grammes par personne. « Depuis le dix septembre, nous n’en avions plus le goût »,  note M Morand dans son journal. C’est le tambour municipal qui annoncera cette distribution faite chez les Sœurs pour le Centre, à la boulangerie Gauthier pour le Pied‑des‑Côtes.

 

Un peu plus tard, la Croix-Rouge apportera une dizaine de sacs de farine et le douze novembre ce sera la découverte de grain, entreposé à l’école bien avant cette période. Le soir même, Marius Henry Beut’cho, assurera son transport jusqu’au moulin de Frahier en compagnie de M Pannoux de la Croix-Rouge. Les frères Verdant, en échange du grain, donneront aussitôt quinze sacs de bonne farine qui seront à Champagney dans la nuit même. Le pain fait à partir de cette flibé22arine sera distribué le 14 novembre : 500 grammes à chacun.

 

Nombreux sont ceux, malgré la situation, qui ont gardé l’habitude d’aller chercher leur lait à la ferme. Il reste quelques vaches au Mont‑de‑Serre, au Magny, dans les hameaux et même au Centre. « Nous avons la chance de garder notre vache … Le lait est notre sauveur et on tape la baratte. » (Souvenirs de Suzanne Verdant)

Autre sauveur, la pomme de terre, si l’on n’est pas blessé ou tué, comme nous l’avons vu, en allant arracher l’indispensable légume. Les champs sont dispersés aux quatre coins du village ce qui accroît le danger.


Jules Taiclet, le maire, le 19 novembre  1944
(Photo Yvette Mathey)

 

Les Allemands échangent parfois leurs propres denrées - margarine, pain, café, sardines, cigarettes - contre des patates. Il est vrai aussi qu’ils se servent directement sur le terrain. Il arrive encore qu’ils fassent profiter de leurs rations les gens chez lesquels ils se sont installés. Enfin, si l’occasion se présente, nos Champagnerots se servent chez l’ennemi. Marie Hambert qui prenait parfois du pain aux Allemands déclarait : « Voler des voleurs, ce n’est pas voler, c’est récupérer ! »

             

« A quoi occupons‑nous nos journées ? Matin et soir, empiler les couchages pour nous donner un peu de place, assurer la nourriture (pas de fumée donc pas de feu dans la journée), faire le pain, le beurre, nourrir les bêtes avec le foin moisi, faire de très vagues toilettes,  faire les bougies, entretenir très vaguement un peu de linge, tricoter – nous organisons des concours de rapidité au tricot – chanter … raconter des histoires … Emile Hantzberg, très bon musicien du temps glorieux de l’harmonie des Houillères, nous fait le concert avec la bouche seulement. Notre occupation principale, c’est probablement les heures de prières. En avons‑nous récité des chapelets pour implorer Notre-Dame-du-Haut, protectrice du coin. C’est Berthe qui dirige la prière. Elle sait toutes les litanies par cœur et nous pouvons les réciter dans le noir pour économiser l’éclairage … » (Souvenirs de Suzanne Verdant)

 

 René Simonin décrit très bien, lui aussi, ce quotidien partagé entre l’angoisse et l’espérance : « Aux jours d’accalmie, les quolibets allaient bon train, une certaine gaieté régnait même, mais vinrent les jours d’angoisse : plus de vivre, plus de lumière … Mais surtout il y eut les heures tragiques, les bombardements en rafales. Alors c’était le recours au Tout-Puissant, la prière. Parfois elle s’arrêtait, on ne pouvait plus continuer, un obus venait de tomber, tout proche. Un pan de mur s’écroulait, les vitres et les tuiles volaient. Les enfants terrifiés se serraient contre leur mère, et celle-ci, dans l’ombre cherchait la main de son mari … puis, après une courte pause, une voix, celle du plus brave, reprenait ‟Notre Père qui êtes aux cieux […]” » (René Simonin, Encore Martyre, Champagney, 1944-1945).

S’en remettre à une puissance divine quoi de plus humain en des circonstances que personne ne souhaite vivre et que beaucoup ont connu en ce monde depuis 1944. Ce recours à Dieu est également évoqué par l’Abbé Schlienger : « Lorsque je me trouvais au Pied-des-Côtes, à la boulangerie de Just Gauthier - père de Suzanne Verdant -, alors que les obus tombaient tout autour de la maison insistant pour que je reste encore chez lui : ‟ Reste encore avec nous, prie avec nous ! ” (Lettre à l’auteur ‑ juillet 1996).

 

Les évènements soufflent sans cesse le chaud et le froid. Par exemple le 12 octobre, pour la première fois, une voiture de la Croix-Rouge belfortaine arrive à Champagney. A la cure c’est la surprise des deux côtés, ces gens croyant la cité libérée. Désormais l’auto viendra régulièrement apportant vivres et médicaments.

 

Dans un autre registre, le 26 octobre a lieu, en soirée, le premier bombardement aérien. Débute une angoisse nouvelle et, chaque matin, chacun espérera un ciel couvert, les bombes figurant parmi les pires souvenirs.

Trois jours plus tard, à trois reprises dans l’après-midi, six avions bombardent la gare. Ce n’est pas la première fois qu’elle est touchée mais cette fois sera fatale pour le bâtiment détruit par des bombes de 250 kg. Les Allemands évacuent en catastrophe leur dépôt de munitions situé non loin de l’ancienne gare du tacot.

 

A la fin de ce terrible mois le froid s’installe. Après des semaines de pluie, le débit du Rahin est impressionnant et début novembre, l’eau envahit les caves. Le cinq novembre, pour la dernière fois, la messe est dite à l’église qui aura reçu au total vingt‑et‑un obus. Même les Allemands qui utilisaient le clocher comme poste d’observation, l’abandonnent.

 


Une dizaine de civils seront ensevelis provisoirement en toute hâte autour de l’église. Puis ce ne sera plus possible, car trop dangereux. L’on se souvient de l’enterrement à cet endroit, le 17 octobre, de Paul Gouhenant. La triste cérémonie faillit tourner au drame lorsqu’un obus vint percuter le contrefort le plus proche du petit groupe qui entourait le curé. Son souffle coucha la dizaine d’hommes protégés par un angle mort.

 pompiers 1945La compagnie des pompiers juste après la guerre. Ce sont les hommes sur la brèche en 1944.
De G à Dr, 1er rang : Henri Peroz "T'chauvey", Edouard Jacquot (drapeau) et Arthur Wissler (lunettes)

2ème rang : Gastin Didier, Mathey, Charles Wissler, Serge Méchinaud (caché en partie par Arthur W)

Les Allemands, quant à eux, craignent plus le " mouchard " que les obus. Il s’agit d’un petit avion d’observation qui volait à faible altitude. Cela ne les empêchait pourtant pas, lors de forts bombardements de se réfugier auprès des civils. «  Les autres (les Allemands) se sont précipités près de nous à la cave. Il a fallu se serrer pour leur faire de la place. Ils sentaient mauvais et nous ont donné leurs puces et poux » écrit encore Suzanne Verdant. Elle poursuit plus loin : « Chaque soir, les Allemands qui passent la journée dans leurs tranchées du bois des Époisses se rassemblent dans quelques maisons. Chez nous, ils s’installent dans la cuisine. Un soir, nous sommes étonnés de sentir tout à coup une bonne odeur de café, du vrai café, presque oublié. Il faut aller voir ce qui se passe, et les voilà qui nous invitent à boire une tasse fameuse. Celle qui apprécie le plus, c’est sûrement madame Faivre. Le lendemain, au retour d’un petit tour chez elle, à l’école (il s’agit des instituteurs M et Mme Faivre), elle pleure. Ils … et nous … avons bu son café, le bocal qu’elle avait économisé grain par grain sur ses rations pour le retour d’Armand (alors prisonnier). »

 

A la mi-octobre les Allemands installent leurs mortiers au Mont‑de‑Serre. Les engins sont installés tout contre les maisons et les séances de tirs sont brèves, quelques minutes et tout est démonté.

A la même époque le passage situé au niveau de la maison Lalloz Jean Bari à La Piotnaz est définitivement coupé. Il servait aux patrouilles des deux bords et permettait de rejoindre les lignes françaises. Les adversaires, à cet endroit, sont séparés par environ deux‑cents mètres de prés minés. Un jour, des Allemands font croire aux civils réfugiés là, qu’ils vont sur la ligne de front. En réalité ils se postent dans la salle de cinéma, mitrailleuse pointée sur le passage. (Témoignage de Madame Jeanne Marcillat, témoin oculaire.)

 

Une nuit, Emile Cuenin l’empruntera bien avant cette date, mêlé à un groupe d’une quinzaine de personnes. Arrivés à bon port ils sont interrogés par les soldats français. Les évadés leur demandent surtout de préserver l’ancien cinéma qui abrite les habitants du quartier.

Madame Gauthier, la boulangère, se rendra elle aussi à l’ancien cinéma : « Dans cette cave, maman a découvert une autre misère, des gens qui n’ont presque plus rien, plus de lait pour les enfants, qui dorment sur des tables du bistrot et sous des parapluies, l’eau est partout, la Croix-Rouge alertée, ce sont encore les abbés et la sœur qui iront porter les secours. » (Souvenirs de Suzanne Verdant).

 

Le 11 octobre les Allemands raflent tous les hommes de 15 à 55 ans. Le 17 est organisé un premier départ d’enfants pour la Suisse. C’est l’accablement. Et la population n’en est qu’à mi-parcours d’un calvaire qui ne semble pas vouloir prendre fin.

 

      DOCUMENT

Au cours de la période des bombardements, afin de communiquer avec ses paroissiens, le curé Jeanblanc usa d’un moyen simple : une lettre que chacun recopiait avant de la transmettre aux gens d’une cave voisine. Voici ce message :

 

« Chers paroissiens

 

Ne pouvant plus vous voir et vous parler, je vous écris. Lisez donc mon petit mot en famille ou dans votre abri. Si vous désirez le garder, copiez-le et passez-le vite à vos voisins d’infortune.

 

A mon arrivée chez vous en septembre dernier, je faisais mienne la parole du maréchal Foch et je vous demanderai d’être unis pour le dernier quart d’heure. Je viens vous demander aujourd’hui d’être unis d’esprit et de cœur pour les dernières heures. Je le sais nous vivons des heures d’angoisse : vingt-neuf familles sont en deuil. Une dizaine de blessés sont soignés à l’hôpital de Belfort, le tiers des familles sont sans toit et tous restent serrés dans vos pauvres abris vous demandant si le prochain obus n’est pas pour vous ou un être cher. Ce sont bien là des heures d’angoisse. Comment accepter toutes ces souffrances ? A la manière des mauvais chrétiens qui ne connaissent Dieu que pour l’accuser de leur sort ou pour récriminer contre lui ? A la manière des mauvais Français qui lâchent pied aussitôt qu’ils entendent le bruit du canon ou le sifflement des balles ?

 

Mais mes frères, je vous connais trop, ce n’est pas ainsi que vous acceptez votre sort. Je vous rappellerai seulement une grande loi morale : ‟ Rien ne se fait dans la souffrance, s’il s’agit du rachat de notre âme ou du salut de notre patrie.” Offrons donc nos larmes et nos souffrances à Dieu et à sa Mère, portons vaillamment notre croix, heureux de pouvoir participer au rachat de nous-mêmes et fiers de contribuer à la délivrance de notre pays.

 

Ces molles pensées, mes frères, ne m’empêchent pas d’être homme, de pleurer sur nos morts et sur Champagney, mon pays d’adoption. Elles ne m’empêchent pas de ressentir profondément chacune de vos peines et d’y compatir. C’est du reste tout le but de mon petit mot, qu’il vous apporte le courage nécessaire et vous aide à garder l’espérance.

 

Plus que jamais union de prières et d’idées. Confiance toujours, votre curé est au milieu de vous.

 

Une nouvelle religieuse : mercredi dernier, en la fête de la maternité de la Sainte Vierge (1), je me suis engagé, en mon nom personnel et au vôtre, d’élever une statue à  la Vierge sur une colline dominant notre pays. Je vous demande de faire cette promesse chacun en votre particulier. Votre délivrance est à ce prix.

 

Un conseil pratique, secours aux blessés : aussitôt qu’une personne est blessée, la faire transporter chez les sœurs où les premiers secours sont donnés. Un brancard est à leur disposition chez les sœurs. Ne pas négliger même une petite blessure, venir au dispensaire.

 

Champagney, le 15 octobre 1944 »

 

 

 

(1)  Fête de l’ancien calendrier religieux d’avant Vatican II. Étrangement, l’abbé Jeanblanc ne tiendra sa promesse que bien tardivement puisque la statue de la Vierge dont il parle ne sera érigée sur la colline du Bermont qu’en 1957.

 

 

 juin 1959


Le curé Jeanblanc et Jules Taiclet en juin 1959

Lire aussi :
La libération de Champagney - 1 -
La Libération de Champagney - 4 -
SOUS LES BOMBARDEMENTS - CHAMPAGNEY 1944
55 jours sous les bombes - Champagney - témoignages



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L'église recevra 21 obus. De nos jours, on voit nettement  les pierres nouvelles de la remise en état.


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Ce texte est extrait de : Cham 3

 

 

 


 

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