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LA RECONSTRUCTION DU VILLAGE
1945-1950

     
mars 45


Mars 1945, fête donnée en l’honneur du curé Jeanblanc pour la Saint-Joseph (sa fête). On avait représenté une noce à l’ancienne avec des costumes vaguement folkloriques, une pièce de théâtre avec récit de l’occupation, des bombardements et de la Libération avait été donnée coordonnée par Mme Solasse, l’épouse du directeur des houillères. C’est elle qui a pris cette photo.

 

De gauche à droite : Dédée Peroz « Chauvey », Renée Brachin, Yvonne Jeandidier, Aline Fiori, Gilberte Prévot, Léone Bruey, Yvonne Fleur, Suzanne Py, Paulette Cordier, Renée Jurot, Bernadette Scarby, Germaine Lacour, Micheline Marsot, Sylviane Mathey, Germaine Sonnet.
Devant : Claudine Collilieux, Paulette Lugbull, Jacqueline Pautot


 

 

On peut dire que, d’une certaine manière, la reconstruction ce sera également l’élimination des séquelles de la guerre. Au premier rang de celles-ci, il faut placer le danger que représentent alors les milliers de mines posées partout sur le territoire de notre commune.

Dans un premier temps, l’armée se chargera de retirer celles des routes et des principaux chemins. Puis, il faudra s’armer de patience et de prudence. Sur ce sujet on peut lire dans les délibérations du conseil municipal, en date du 16 avril 1945 : « … tout engin non explosé ou simplement douteux, découvert par les personnes qui ramassent du bois, devra être signalé par trois piquets surmontés d’un morceau d’étoffe planté autour de cet engin [] en attendant leur destruction par des spécialistes. »

carte démineur

 

Les accidents ne seront par rares en ces années d’après-guerre et le risque sera présent aussi longtemps que chaque secteur de forêt ne sera pas soigneusement nettoyé. C’est ainsi, par exemple, qu’en octobre 1946,  Roger Jolain sera gravement blessé par l’explosion d’une mine dans le bois de La Houillère. Et encore n’en sera‑t‑il qu’une victime indirecte puisque cet engin coupera en deux une voiture à bœufs et tuera un prisonnier allemand.

Ce sont en effet essentiellement des prisonniers allemands qui seront chargés du déminage. Chaque équipe était composée d’un chef démineur français, d’un chef de chantier et d’un démineur allemands, d’un gardien et d’un infirmier. A la fin du travail, le site dépollué était parcouru ‑ nous dit‑on ‑ par un groupe de prisonniers en ligne et se tenant bras‑dessus, bras‑dessous.

 
déminage

 

Ces prisonniers allemands arrivèrent à Champagney en 1945, après l’armistice. Au début ils seront installés au Mont‑de‑Serre dans la maison Chagnot dit Vouton (rue du 11 novembre, derrière chez anciennement Pascal Laroche), puis des baraquements en bois et en tôle - trois semble‑t‑il - seront montés dans le prolongement de l’ancien atelier du génie français de 1940 à l’entrée de Champagney du côté de Ronchamp (Une auge en pierre dans laquelle ces hommes se lavaient, est toujours visible). Il y en eut aussi parqués à l’ancien tissage Dorget.

Des soldats, mais aussi des civils habitants du village gardaient ces quelque 100 à 200 hommes de l’ex‑Wehrmacht. En réalité ce contingent connaîtra beaucoup de mouvements d’effectifs durant ces années où sa présence sera familière. Ces dociles Teutons seront là au moins jusqu’en 1948, beaucoup trouvant bien long le temps les séparant de leur retour en Allemagne (On cite un cas de mariage d’un prisonnier avec une Champagnerote). Aussi quelques-uns prendront‑ils la clé des champs, ce qui n’était apparemment pas difficile.

 
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Emplacement et vestiges du camp de prisonniers allemands à l'entrée de Champagney

 

Il était possible pour les gens de Champagney, moyennant une modique somme, d’utiliser ces prisonniers pour des travaux personnels. Il fallait aller les chercher sur le lieu de détention et bien sûr les y reconduire le soir. Les Allemands étaient ravis de ces journées passées chez l’habitant car, même si le rationnement restait en vigueur, ils mangeaient toujours mieux qu’en restant à leurs baraques.

Le fils d’Abel Castel se souvient encore des « Achtung Bernard ! » que lui lançait l’Allemand chargé de les aider dans leur travail de sciage, lorsqu’il apercevait les nombreux éclats d’obus fichés dans le bois.

Même le curé Jeanblanc eut recours à cette main d’œuvre qu’il utilisa pour le fastidieux décapage des colonnes de l’église jusqu’alors enduites d’une peinture imitant le marbre.

Les prisonniers Allemands seront encore, dès l’été 1945, employés au travail forestier. A l’instar du patrimoine immobilier, la forêt touchée dans sa quasi totalité par les bombardements, est à rénover.

En 1948 le bois « détruit par les bombardements » est vendu aux particuliers 700 F le stère de quartier, 350 F le stère de charbonnette. Ce prix reste inchangé jusqu’en 195 époque où, parlant du bois des Époisses toujours « mitraillé et rempli d’obus », les élus déplorent qu’il « … n’est plus de première qualité et que les négociants en bois en profitent pour ne pas en donner un prix raisonnable. » (Délibération du 27 août 1950).



tickets

En ce qui concerne les réparations importantes, le maire Gilbert Gillet décide en juin 1945 de faire exécuter des travaux urgents aux bâtiments communaux (66 708 F sont débloqués le 9 juin 1945). Les écoles également ne peuvent attendre, les élèves devant reprendre les cours le plus rapidement possible. Les locaux ont tous été endommagés par les obus. Dans l’immédiat, il faut parer au plus pressé : la municipalité loue donc à la société des mines de Ronchamp un bâtiment pour faire la classe aux enfants de La Houillère, ainsi qu’une maison pour ceux du Ban. Les élèves du Magny descendent au Centre en attendant la réparation de leur école (réparation que nos élus réclameront encore en décembre 1946) et les jeunes de La Piotnaz ont droit à une construction provisoire.

Il faudra attendre 1950 pour que les travaux aux écoles du Magny et de La Piotnaz soient effectifs et celle du Ban n’est toujours pas réparée en 1952.

 

C’est seulement le 17 janvier 1947 que le maire est habilité par son Conseil pour signer les dossiers de reconstruction et de dommages de guerre. Un chapitre spécifique est alors ouvert au budget communal et le 11 juin une première liste de dossiers d’indemnisation est dressée. Sont concernés : la mairie et les écoles pour 65 257 F, l’église pour 457 057 F, l’école du Magny et le mur du cimetière ainsi qu’une quinzaine de lavoirs dispersés sur toute la commune. Ceux-ci, s’ils n’avaient été touchés par les obus, avaient servis à tous de réserve de matériaux, pendant et après l’Occupation.

Le 11 septembre de la même année a lieu une ouverture de crédits pour les dommages mobiliers : 2000 F à chacune des huit classes, 40 000 F pour la mairie‑écoles, 90 000 F pour les pompiers « pour le remplacement du matériel détruit ou endommagé par faits de guerre. » Il faut encore citer un crédit de 150 565 F pour la mairie‑école le 16 novembre et un autre de 632 500 F le 24 avril 1948 pour « dépassement de crédits de dommages de guerre. »

 

Le 10 février 1947 un plan d’urbanisme est présenté au conseil municipal par Monsieur de Kerpel, délégué départemental à la reconstruction secondé par Monsieur Perot, urbaniste. Ce plan prévoit un terrain dit de «compensation » sur lequel doivent être regroupées les maisons détruites et payées par l’État ; le projet interdisant de reconstruire aux anciens emplacements.

Le 16 novembre 1947, le Conseil refuse ce terrain car « marécageux et insalubre » (Il s’agit du « Parterre de la Verrerie » qui recevra dans les années soixante le collège) et proposera en remplacement le 13 février 1949, après bien des tractations, des terrains situées rue de la Gare. Finalement un ultime débat en avril 1949, aboutira à l’abandon de cette idée de terrain de compensation vu «que le nombre de destructions totales est faible à Champagney» (Délibération du 24 avril 1949). Deux années de palabres qui illustrent bien les difficultés pour aboutir et encore ne s’agit‑il là que de la collectivité !

Même scénario pour la gare. En avril 1946 le Conseil municipal propose sa reconstruction au centre du village. Il réitère cette étrange demande deux ans plus tard, mais face au coût qui, dans un tel cas de figure, serait à la charge de la commune, cette idée est définitivement abandonnée. C’est l’entreprise Picot d’Andelnans qui rasera la gare et, dans l’attente d’une construction nouvelle, un bâtiment en bois avec un logement de fonction inclus sera édifié.

 

  la gare en bois


La gare provisoire en bois
 

Dans cette histoire de la reconstruction, l’un des rouages essentiel reste l’architecte. Sur ce point, la mairie se montrera d’une grande versatilité probablement à cause de l’ampleur du chantier, des lenteurs administratives et de sa volonté d’aboutir.

C’est Monsieur Fournier de Lure qui est chargé, en janvier 1945, d’estimer les dégâts occasionnés par l’armée française au terrain de sport des Graviers. Puis, certains de ses dossiers ayant été refusés par la Reconstruction, il est remercié. Son remplaçant est Monsieur Pflieger de Giromagny en poste jusqu’au huit août 1947, date à laquelle apparaît le nom d’Agullo. Ce dernier sera à son tour éconduit le 12 juin 1949 dans des termes très durs. Cela ressemble fort à une colère qu’il ne faut pas omettre de replacer dans son contexte. La municipalité considère qu’il : « … ne fait rien pour leur commencement ou leur achèvement (elle parle de la reconstruction des bâtiments), que les dossiers qu’il a présentés sont incomplets, ne sachant certainement pas les pièces qu’il doit établir … » et nomme le luron Monsieur Quiévreux. (Cette colère n’empêchera cependant pas M Agullo de se voir confier par la mairie, le 3 septembre 1955, la direction de tous les travaux de dommages de guerre restants.)

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Mais la clé de voûte de l’édifice, l’interlocuteur, le sésame reste le délégué départemental à la Reconstruction : Monsieur de Kerpel. Autant la municipalité a du mal à trouver la stabilité avec ses architectes, autant ce personnage semble efficace ou, du moins, mérite compliments si l’on veut voir progresser les dossiers. Toujours le contexte ... Jugeons‑en par l’hommage très appuyé que nos élus lui rendent le 25 avril 1948 : «  … Il reçoit avec bienveillance, malgré ses écrasantes occupations (tous) les sinistrés de la commune ... il s’attache avec une louable impartialité à rendre justice à tous. Rend hommage à ce haut fonctionnaire et lui adresse ses plus chaleureux remerciements pour le tact avec lequel il remplit sa délicate mission. »

En fait la reconstruction du village s’éternisera. Elle durera entre dix et quinze ans. Si le nouveau pont au Centre est inauguré en 1949, en 1951 le préau des écoles n’est toujours réparé que " provisoirement " et les chemins sont encore en très mauvais état.

En 1952 a lieu la remise en état des ouvrages de pierre taillée de l’église et du mur d’entourage. En 1954 on parle de la réfection de l’ancien cimetière toujours marqué par la guerre et on adhère à la coopérative des sinistrés de Haute-Saône pour les travaux de dommages de guerre non encore exécutés : l’école des filles, la salle des fêtes (préau aujourd’hui disparu), la mairie‑école, le refuge Renaud (situé à l’emplacement de l’immeuble HLM face au Colruyt) et le mur du cimetière.

C’est à cette époque que, sous l’impulsion de Gaston Thomassey, une nouvelle chapelle Sainte Pauline est édifiée. Mais elle traverse la route, retrouve un terrain appartenant aux houillères et ressemble réellement à une chapelle.

Enfin en février 1955, Champagney reçoit encore 1 300 000 F de dommages de guerre pour l’église alors qu’en mars 1957, au grand dam des élus, le pont du Magny n’est toujours pas reconstruit !

Et nous ne parlerons pas des détails : en 1962 les portes de l’église seront refaites grâce à des crédits de dommages de guerre !

  dommages de g 1

 

 

Au regard des difficultés rencontrées par la commune, on imagine le chemin de croix que sera la reconstruction pour les particuliers.

En 1945 auront lieu les mises hors‑d’eau effectuées par des maçons et des charpentiers professionnels aidés parfois de prisonniers allemands. En ce qui concerne la reconstruction proprement dite, les travaux seront longs, et d’abord longs à débuter. Rares seront ceux à aboutir avant 1950, plus nombreuses seront les maisons reconstruites entre 1950 et 1955 et même au-delà. André Beurier le confirme : « Tant bien que mal, vers les années 1955‑1960, tout ce qui pouvait être sorti des ruines l’était. Il n’y avait plus que les vestiges des maisons reconstruites ailleurs ou les propriétés des gens décédés… » (Témoignage publié par Le Pays le 12 mars 1995). Souvent, en fonction de l’ampleur des dégâts, les maisons ne ressembleront pas à ce qu’elles étaient avant guerre.

 

Plus de cinquante années après ce combat, ceux qui l’ont livré évoquaient les dossiers pénibles et longs à établir, les listes d’attente, mais aussi les passe-droits et l’apparition de la jalousie entre Ies gens, voire de la méchanceté. Enfin, parmi les noms qui reviennent, on retrouve de kerpel. Agullo et aussi le métreur Beaume, véritablement les trois mousquetaires de la reconstruction.

En réalité les architectes furent nombreux, attirés par le travail et les gains liés à la situation. Venus de partout : Lure, Vesoul, Roppe, Saint‑Claude ... ils étaient accompagnés de métreurs et de leurs entrepreneurs. De l’estimation des dégâts au projet de reconstruction en passant par les devis, le parcours était long et encombré de palabres. Le bout du tunnel était la cité administrative à Belfort, repère de Monsieur de Kerpel où régnait un va-et-vient permanent, chacun étant naturellement motivé par le désir de faire progresser son dossier. Il est sûr qu’avoir des relations était utile.

Songeons qu’à Champagney on dénombrera 85 exploitations agricoles sinistrées, 254 sinistrés immobiliers prioritaires, 185 sinistrés mobiliers prioritaires, toutes ces listes se complétant et se recoupant.

Enfin à côté du gros‑œuvre, on ne peut négliger les dommages concernant le mobilier : « Pour parer au plus pressé, il y eut des distributions de mobilier de fortune et de vêtements neufs ou usagés. Les meubles étaient de bois blanc, dernière qualité. Pour les appareils de chauffage et de cuisson, pour remplacer les fourneaux à quatre marmites encore bien souvent en usage, on a distribué des cuisinières en tôle noire qui devaient mesurer 50 X 50. On était tant bien que mal dépanné … » (Témoignage d’André Beurier publié par Le Pays le 12 mars 1995).

 


dommages de g 2
 

Parallèlement au relèvement des murs et à la réfection des toits s’opère ce qu’on pourrait appeler une reconstruction morale. L’hommage aux morts en est une première et naturelle manifestation. Le 12 décembre 1944 ont lieu à l’église de Champagney les obsèques des gendarmes fusillés. En 1946, Champagney participe à la souscription qui doit permettre l’érection du monument aux martyrs d’Etobon. Enfin la date anniversaire du 19 novembre a, à Champagney, la même résonance que celle qu’avait le 11 novembre autrefois dans chaque cité française.

La cérémonie du 19 novembre 1949 aura une importance particulière puisqu’à cette occasion sera remise à la commune la croix de guerre et que sera inauguré le nouveau pont. (Travail de l’entreprise Picot d’Andelnans). Cette inauguration a lieu dans la matinée en présence de toutes les personnalités civiles et militaires du moment et d’un détachement du 35° RI de Belfort (N° de l’ESt Républicain du 21 novembre 1949).

C’est le général Piollet chef d’état-major de l’armée de l’air qui coupe le ruban tricolore. Puis au monument aux morts est dévoilée la stèle aux morts 1939‑1945 (Cette stèle sera remplacée par une autre, neuve et inaugurée le 19 novembre 1995).

Gilbert Gillet, Président des prisonniers conclut ainsi son allocution : « … Cette stèle et ce monument sont là pour nous faire œuvrer en vue d’atteindre et de conserver ce qui vaut la peine de vivre : la Paix, la Liberté, la Fraternité. » Monsieur Hoyon, Président des Anciens Combattants procède à l’appel des morts et Eugène Coppey dirige le chant patriotique interprété par les enfants des écoles.

La remise de la croix de guerre, avec étoile d’argent, a lieu sur la place. Le général Piollet lit la citation : « Centre industriel qui, lors de l’avance alliée en direction de Belfort, est demeuré près de deux mois, entre les lignes adverses. A, pendant cette période, subi avec héroïsme un bombardement ininterrompu qui a causé 115 morts et 120 blessés dans la population civile et détruit partiellement 400 immeubles. »

 

Les discours se succèdent : le maire Paul Jacquot retrace l’historique des tragiques évènements qui valent au village cette distinction et le sous-préfet, Monsieur Lanoix, lit le discours de Monsieur Maroselli, secrétaire d’État à l’Air, empêché et qui aborde la question des houillères de Ronchamp assurant que : «  … les intérêts des mineurs ne seront pas sacrifiés … ». A seize heures un hommage au Général Brosset a lieu sur les lieux même de l’accident.

L’année suivante, le 19 novembre, la compagnie des sapeurs pompiers recevra la médaille de bronze.

 

Mais les hommages et le souvenir ne sont pas porteurs d’avenir si les vivants ne pratiquent pas la solidarité. Aussi, c’est dans ce registre qu’il faut placer le parrainage né tout de suite après la guerre, entre Champagney et la paroisse suisse des Breuleux, cité aujourd’hui de 1327 habitants située à 40 kilomètres au sud de Porrentruy. A l’origine de ce jumelage d’amitié se trouvent le Chanoine Membrey curé de Porrentruy et l’Abbé Berberat curé des Breuleux qui, tout de suite après la libération, entreprit la récolte de nourriture et de vêtements chauds destinés aux Champagnerots. Ces envois eurent lieu à plusieurs reprises. Leur principal interlocuteur à Champagney sera le Curé Jeanblanc.

Le choix de Champagney ne se fait pas par hasard puisque des enfants de notre localité furent accueillis aux Breuleux pendant la période des bombardements. Il faut encore savoir que de nombreuses associations humanitaires suisses vinrent en aide, à cette époque, aux communes de l’est de la France (Comme par exemple L’Association Franco‑suisse de Haute-Saône née en 1944 et toujours active). Par exemple, Champagney reçut de l’une d’entre elles, Le Don de Suisse, juste après la guerre, un lot d’outils (dont une charrue) et des brouettes. De même, le grand Christ de l’église fracassé par les obus, sera restauré par la Société de sculpture de Boncourt en Suisse.

 

C’est le jour de la Saint Joseph, patron de la paroisse suisse, le 18 avril 1945 que le curé Jeanblanc fait une première visite aux Breuleux. Ce qui est resté dans les mémoires, ce sont les voyages qu’effectua l’harmonie municipale en Suisse, en compagnie de la clique des pompiers. Le curé des Breuleux, Antoine Berberat a noté soigneusement dans ses registres les dates des retrouvailles entre les deux communautés : le 8 mai 1948, le 31 août 1947, le 19 septembre 1948, le 10 juin 1951, le 28 septembre 1952 et le 20 septembre 1953. Il s’agit là des rencontres ayant eut lieu soit à Champagney, soit en Suisse. C’est en 1947 que nos musiciens oublièrent la grosse caisse chez leurs amis helvètes.

Le doyen Jeanblanc effectuera une dernière visite le 4 juillet 1954 avant que ces liens d’amitié ne se dénouent presque complètement (En 1994, à l’occasion du 50ème anniversaire de la Libération, les deux communes entreront en contact et en 1996, les autorités communale et paroissiale des Breuleux accompagnées de leur musique passeront une journée de retrouvailles à Champagney). Robert Mougenot était parmi les derniers à pouvoir témoigner.

 
L'harmonie à Chaumercenne


L’harmonie municipale lors d’un de ses voyages à Chaumercenne. Cette sortie est à situer entre octobre 1947 et février 1951 dates du mandat du maire Paul Jacquot visible sur cette photo. Il est sur la gauche à côté d’un homme portant un béret.

 

 

Arrivés sur place, nos musiciens étaient dispersés chez l’habitant. Certains d’entre eux servaient de messagers entre les Suisses et les enfants qu’ils avaient hébergés en 1944‑1945.

Également au cours de ces années cinquante et toujours sur l’initiative de notre Curé Jeanblanc, on ne peut oublier les virées de l’harmonie à Chaumercenne. Et l’on comprendra le pourquoi de ces voyages lorsqu’on saura que le prêtre de ce village de l’autre bout de la Haute-Saône, n’était autre que ‑Francis Schlienger.

Partis de Champagney en car dès six heures, les 55 membres de l’harmonie conduits par le Chef Ruga et entraînés par l’Abbé Jenblanc et le Maire Jules Taiclet, donnaient une première aubade à Pesmes, devant le magasin de Just et Mathilde Gauthier anciens boulangers de Champagney. « C’était l’occasion de chauffer les Pesmois qui ne manquaient pas de venir nombreux à notre fête. » écrit Francis Schlienger (Lettre à l’auteur du 16 août 1997). Arrivée à Chaumercenne, l’harmonie s’y produisait à chaque moment de la journée : à la messe, lors de la kermesse et pendant le bal du soir. Une sorte de jour le plus long, fou et joyeux qui débordait largement sur le lendemain où le retour à Champagney avait lieu à l’aube.

A l’occasion d’une de ces premières kermesses, le Président des Anciens Combattant de Champagney remettra à l’Abbé Schlienger la médaille de la Reconnaissance Française.

C’est ainsi que nos Champagnerots, malgré les difficultés et face à l’adversité, non seulement recréèrent‑ils leur village mais aussi se remirent‑ils, tout simplement, à vivre.


L'harmonie à Chau

L’harmonie municipale en sortie dans le Doubs après la guerre.

De gauche à droite.

 

1er rang en haut : Jacques Charpin, Pierre Pezet (lunettes), Roger Marone, Raymond  Juif, Camille Plaisance, ?, Le gamin Jean « Nono » Jacquot, René Galley (lunettes), ?, Michel Collilieux, Gabriel Charpin, ?; ?; ?; Pierre Lamboley, Léon Mettetal

 

Debout : Le chauffeur, Emile Beautey, Jean Marsot, « Coco » Munier, Roger Jeandel, Le curé Jeanblanc, Léon Ruga, ? , Florian Ruga, Robert Coutherut, Michel Camos, Georges Périgal, Bernard Hambert, Michel Girardot, Jacky Collilieux, Marcel Sarrazin, Jean Hoyon, l’abbé Aymonin

 

Accroupis : René Péroz, Georges Démésy, Jean Marie Momier, Jean Lemercier, René Vaxelaire « Trouillot », Claude Paoli

 

 amicale ffi

 

Cérémonie du 16 juin 1946. Remise du drapeau FFI à Robert Vissler par le directeur des houillères Monsieur Solasse.

 

On reconnaît : Roger Jordan (2ème en partant de la gauche), Jean Gillet « La Gotte » (4ème en partant de la gauche), Robert Vissler porte le drapeau.

 

A droite de Robert Vissler se trouvent : René Lalloz, Edmond Kibler « Mimi », Georges Jeanmougin, Fernand Richard, Gabriel Pautot, Jules Guillaume, Charles Syriès, Raymond Leimbacher. L’Alsacienne est Josette Henry, fille de l’adjudant de gendarmerie fusillé par les Allemands, et la Lorraine est une fille Jacquot.

 

 

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