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LA MORT DU GENERAL BROSSET

Témoignage

 

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Témoignage de Elie Rossetti du 11ème Cuirassiers Vercors, unité intégrée à la 1ère DFL, qui raconte la mort du général dans son livre « Mes campagnes des Vosges et d’Alsace ».

« Le 19 novembre, depuis cinq heures du matin, les moteurs des chars ronronnaient. Il fallait les faire chauffer car le temps était redevenu exécrable avec le dégel et la pluie. Tout le pays n’était plus qu’eau, neige et boue. Les arbres dégoulinaient, les rivières débordaient, le paysage blanc et noir sous les nuages était lugubre. Le moral de la division était quand même au beau fixe […] A six heures, tout le monde était prêt, c’était le départ de l’offensive, la magnifique poussée en avant s’ébranlait […] Dans l’aube froide et brumeuse, nous prîmes la direction de Champagney. Il faisait un temps pourri et les chars avaient à se battre avec le terrain où ils s’enfonçaient jusqu’au ventre. Des mines anti-personnelle sautaient, faisant morts et blessés chez les biffins que nous plaignions de voir patauger ainsi, chargés de leur armement et de leurs munitions et surtout par leurs habits gonflés d’eau.

A midi, nous étions dans Champagney que les Allemands avaient abandonnée. Sur la place de l’église, je discutais avec le chauffeur d’une ambulance stationnée à côté de nous. Tout d’un coup, une jeep s’arrêta, je reconnus Jean Pierre Aumont pour l’avoir quelquefois vu au cinéma. Celui qui était à son côté gauche sauta à terre, et, tout étonné de le voir en short je l’entendis crier :

-         Qui est le chauffeur de l’ambulance ?

Mon voisin se mettant au garde à vous répondit :

-         C’est moi mon général !

Avant de s’entendre dire :

-         Ta place n’est pas ici, fonce ! Il reçut une magistrale engueulée. Je venais de faire connaissance avec le général Brosset. Ce que je venais de voir confirmait la réputation qu’il avait. C’était un dur de dur, un fonceur, un vrai courant d’air avec sa jeep qui passait partout […]

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Le lendemain, direction Auxelles-Bas. Les chars qui, sur la route se trouvaient sous les tirs des puissants 88 ennemis, prenaient la direction des Bois.[…] Dans un virage très prononcé, le Rahin gonflé par toutes les eaux qui descendaient des collines environnantes, venait se jeter contre le mur de pierres qui le sépare de la route. Vers le milieu du tournant, cette route qui va à Plancher-Bas passe sur un petit pont sous lequel passe un ruisseau qui vient se jeter dans la rivière. Sur ce pont il y avait un trou avec une mine que les Allemands n’avaient pas eu le temps de faire exploser. Notre char passait doucement entre le trou et le fossé, guidé par le pouce d’un chasseur.

A peine avions nous fait quelques mètres qu’une jeep arriva à une vitesse folle. Le général Brosset, tout content des succès de sa division et de ses hommes … conduisait ce véhicule avec à côté de lui son chauffeur Picot et sur le siège arrière Jean Pierre Aumont emmitouflé dans sa capote. Des bras se sont levés et un retentissant « Attention ! » est sorti de toutes les poitrines. Mais l’accident était inévitable.

La roue avant droite de la jeep est tombée dans le trou. Cette dernière a dérapé sur la chaussée glissante heurtant le parapet, elle a culbuté dans la rivière.

Formant une chaîne humaine, les fusilliers sont arrivés à dégager les deux passagers avant que le véhicule ne disparaisse dans l’eau boueuse. Sous le choc, le général fur projeté par-dessus le pare-brise et sa tête vint heurter fortement les pierres du mur avant de tomber dans le courant qui l’emporta inanimé. On ne retrouvera son corps que deux jours plus tard à Champagney.

Certains ont dit ou pensé que le général Brosset s’était noyé. Je pense qu’il était assommé ou peut être bien tué sous le choc avant de disparaître dans les remous du Rahin. »

 

 

Tag(s) : #Brosset Diego