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La dernière épidémie : le choléra à Champagney
 

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  La croix du Choléra, au-dessus de Plancher-les-Mines

 

Retour sur la dernière épidémie ayant frappé la région au XIXe siècle : le choléra.

 

En 1854, c’est la troisième fois que ce mal sévit en Haute-Saône. Déjà, en 1832, dix communes furent atteintes - huit dans l’arrondissement de Gray et deux dans celui de Vesoul - causant 345 décès (la commune de Montureux avec 181 morts perdit le tiers de sa population). En 1849, l’épidémie se limita à la ville de Gray (205 victimes) et à deux communes voisines.

Mais, en 1853-1854, l’attaque fut plus violente puisqu’elle frappa 325 communes, occasionnant 9882 décès (143 468 pour la France entière). Cette fois-là, c’est encore l’arrondissement de Gray qui fut le plus touché avec 5767 décès. On en dénombra 2021 dans l’arrondissement de Vesoul et 2094 dans celui de Lure.

 

L’année suivante, il y eut encore 25 257 malades dans notre département, mais seulement 773 décès.

 

C’est le 13 août 1854 qu’on parle pour la première fois de ce fléau dans les registres de la ville de Champagney. On s’y prépare : « … le vote d’une somme de 1000 francs serait urgent en prévision du choléra suivant l’arrêté du 20 juillet dernier, que cette somme serait employée pour le paiement des médicaments à délivrer aux indigents cholériques et pouvoir salarier les hommes employés tant pour la confection des fosses que pour le transport au lieu de la sépulture des personnes mortes de cette épidémie ; qu’une partie de cette somme pourrait être employée à salarier un médecin étranger si, toutefois, le besoin exigeait sa présence en cas d’insuffisance des deux médecins qui sont écartés d’une lieue de distance de la commune… »

En fait, il semble que les victimes de la maladie furent peu nombreuses au village. On ne constate pas de pic de mortalité significatif au cours de ces années. On compte 88 décès à Champagney en 1852, 90 en 1853, 96 en 1854, 110 en 1855 et, l’année suivante, l’épidémie étant pourtant passée, 120. On en dénombre 94 en 1857 et 93 en 1858.

 

En 1854, on note une recrudescence de la mortalité à partir du mois d’août avec 12 décès. Il y a 12 décès également en septembre, 17 en octobre, 10 en novembre et – retour à la normale - avec 7 morts en décembre. Tous les âges sont concernés, des plus jeunes enfants aux vieillards.

En effet, on ne peut guère tirer de conclusion quant aux tranches d’âges : en 1853 - année où l’on ne parle pas encore de choléra à Champagney - 25 enfants de moins de cinq ans meurent (27 en 1854) ; 17 jeunes de 6 à 20 ans décèdent (11 en 1854) ; 13 adultes entre 21 et 40 ans (18 en 1854) ; 12 de 41 ans 60 ans (17 en 1854) et 22 de plus de soixante ans (19 en 1854). La différence avec le total des décès correspond à des enfants morts-nés, dits « cadavre sorti du sein de… »).


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Le duc d'Orléans visitant les cholériques à l'Hôtel-dieu

 

Si les actes de décès ne mentionnent malheureusement pas la cause de la mort, les délibérations du conseil évoquent de nouveau la maladie, le 29 avril 1855 : « … le conseil municipal a ouvert un crédit de 180 francs sur l’exercice 1855 à prendre sur la somme de mille francs qui a été votée l’an dernier pour subvenir aux besoins des indigents malades du choléra, laquelle somme est pour subvenir à l’entretien de trois orphelins (enfants Lambelin) pendant les mois de février et mars qui viennent de s’écouler, pour le présent mois et deux autres à venir… ». Le 13 novembre 1856, on apprend qu’une indemnité de 60 francs est attribuée au docteur Spindler qui a « traité les malades atteints du choléra ». L’issue n’était pas systématiquement fatale et il semble que le camphre était largement utilisé dans les médications.

 

Quant à l’aide « aux trois enfants Lambelin, dits Miot, orphelins du choléra » elle sera versée régulièrement les années suivantes, à Laurent Py « chargé de leur entretien » : 210 F le 13 novembre 1855, 90 F le 11 mai 1856 et le 10 août 1856, et encore 135 F en 1957, 180 F en 1858…

En fait, contrairement à d’autres régions et même, on l’a vu, à d’autres secteurs du département, l’épidémie n’a pas été la catastrophe redoutée dans le secteur. Les gens de Plancher les Mines firent même une action de grâce en édifiant une croix dominant toute la vallée. Dressée à 765 mètres d’altitude, le site est, aujourd’hui, un agréable but de promenade.

 
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C’est le médecin allemand Robert Koch qui, en 1883 - un an après avoir isolé le bacille de la tuberculose - découvrira le germe responsable du choléra : le vibrion cholerae.

Jusqu’au début du XIXème siècle, le choléra eut l’Inde pour berceau. Puis, profitant de la mutation des moyens de transport et des guerres, il envahit progressivement d’autres contrées, dont l’Europe, en six épidémies mondiales.

 

Loin d’avoir disparu, il continue de faire des ravages dans tous les pays où le manque d’hygiène et la malnutrition lui offre un terrain favorable. Les deux tiers de la population mondiale sont touchés par ce mal devenu, pour nous, un des nombreux fléaux du passé.

 

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Le choléra en Espagne. La désinfection des voyageurs à la gare d’Hendaye dans l’Illustration (fin du XIXe siècle).

   
Voir aussi : La croix du choléra à Plancher-les-Mines


 

La Vierge des Neiges qui surplombe les vallées de l'Ognon et de la Moselle fut érigée en 1855 par les habitants de Château-Lambert, pour remercier la Vierge de les avoir épargnés lors de l'épidémie de choléra de 1854.

 

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Tag(s) : #Histoire locale