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Maires & municipalités
La valse des élus
(1945‑1951)
 
CP pl de la mairie

La première réunion du conseil municipal de Champagney après la Libération a lieu le 11 janvier 1945.
Entre temps se sont mis en place des Comités départementaux, voire cantonaux, de Libération ayant pour souci de pourchasser ceux ayant eu une conduite indigne pendant l’Occupation. Dans la ligne de mire de ces comités, les maires et les conseillers municipaux. Il fut décidé que les hommes élus avant le premier septembre 1939 resteraient en place. Une circulaire du Ministre de l’intérieur sortie le quatre septembre 1944 précisa en outre que la situation de chaque conseiller municipal devait être examinée et, après avis du Comité départemental de Libération, le Préfet devait écarter « tout membre d’une municipalité dont l’attitude au cours de l’Occupation est restée trop passive et qui, étant donné ses responsabilités … a ainsi favorisé les desseins de l’ennemi. » On le sent, la porte est ouverte à l’arbitraire et aux règlements de compte et l’on ne peut, pourtant, faire abstraction des dures années que viennent de vivre les maires, dernier barreau de l’échelle administrative et premier interlocuteur de l’occupant.
 
A Champagney, au cours de la réunion du 11 janvier 1945, on répond au « désiderata » du CDL en rejetant toute idée de démission du Conseil municipal « attendu qu’il a été désigné par le suffrage universel et qu’il attendrait les élections prochaines » (Pour mémoire, sur les 18 conseillers nommés par arrêté le 3 février 1941, onze étaient des élus de mai 1935). Toutefois, on souligne que le CDL reste libre de désigner des membres pour compléter le conseil dont l’effectif a été augmenté de cinq unités (18 à 23). Cette délibération est adoptée à l’unanimité moins une voix.
 
Le CDL ne se satisfait pas de cette réaction puisque le 21 février par arrêté préfectoral un autre Conseil municipal de 23 membres est nommé à Champagney. La circulaire du 4 septembre 1944 est respectée en partie puisqu’on y reconnaît huit noms de conseillers élus en 1935 puis reconduits en 1941, dont l’ancien maire Jules Taiclet et Jacques Durin alors déporté. Par contre, de cette liste de gens nommés en 1941, dix noms ont disparu. Alors pourquoi conserver ceux‑ci et éliminer ceux‑là ? Une chose est sûre l’air du temps exige le changement et quinze nouveaux noms apparaissent. Deux femmes, les institutrices Andrée Quillery et Madeleine Rué (Guyot) et treize hommes : Marius Olivier (mineur), Raymond Leimbacher, le géomètre Emile Zeller, le ferronnier Robert Sonet (tout trois du maquis du Plainet), Aimé Tripogney (chauffeur aux houillères), Georges Roussiaux (employé au chemin de fer), René Vendrely, André Taiclet, Gilbert Gillet (instituteur), Eugène Stiquel (employé à la centrale), Gustave Chevrier (mineur), Henri Hugon (ouvrier de fonderie) et René Lalloz Jean Bari (mineur). Tous sont donc agréés par le CDL.
 
Le jeudi huit mars, à seize heures, cette assemblée choisit Gilbert Gillet (1918‑1978) comme maire puis Robert Sonet et Marius Olivier comme 1er et 2ème adjoint.
 
Le 29 avril 1945 ont lieu les premières élections municipales depuis 1935. Les électeurs sont dans l’ensemble fidèles aux nominations du mois de février puisqu’on retrouve dans ce nouveau conseil quinze noms issus de l’assemblée précédente, auxquels s’ajoutent six nouveaux élus. Ce conseil ne compte plus que 21 membres et les femmes n’en font plus partie. Le six mai, Gilbert Gillet obtient vingt suffrages à l’élection du maire, les 1er et 2ème adjoint étant respectivement Marius Olivier et René Lalloz.
 
Subitement en fin d’année, on découvre que les fonctionnaires ne sont pas, à l’époque, éligibles. Il semble qu’on aurait pu s’en rendre compte plus tôt. Gilbert Gillet, fonctionnaire de l’Éducation Nationale est donc contraint à la démission. Des élections partielles ont lieu le 23 décembre 1945 permettant l’arrivée de Messieurs Henri Roth, Léon Lacour, Léon Franquin et Georges Malblanc aux places de Gilbert Gillet et de deux conseillers qui le suivent : Leimbacher et Tripogney. De plus en novembre, Jacques Durin a été reconnu décédé. Le dimanche 30 décembre, à 9 h 30, c’est Marius Olivier (1893‑1961) qui est élu maire.
 
Ces équipes municipales sont hétérogènes. L’amalgame de responsables nommés (soit en 1941, soit en 1945) avec d’autres élus démocratiquement ‑ qui n’est pas la seule séquelle de la guerre ‑ associé à d’inévitables problèmes de personnes, est un élément d’explication à cette période d’instabilité à la tête de la commune.
Mis en minorité, Marius Olivier démissionne le 9 décembre 1946. Dix‑sept conseillers sont présents ce jour‑là. Henri Roth, avec seize voix redevient maire, lui aussi, pour une courte période.
 Roth 5Henri Roth

Le 26 octobre 1947 ont lieu les élections municipales et, à nouveau, une équipe modifiée est élue. Celle‑ci réunie pour la première fois le 31 octobre, élit l’ancien secrétaire de mairie Paul Jacquot (1902‑1954) à sa tête. Jules Taiclet devient 1er adjoint, Henri Bouvier second. Cette assemblée est comme un résumé de tout ce qui s’est passé jusque là. En effet, se trouvent là des élus d’avant‑guerre : Jules Taiclet bien sûr, mais aussi d’autres comme Anatole Delattre ou Alphonse Moser ; et des hommes nommés en 1941 tels que le boulanger Henri Bouvier ou le cafetier Jules Valquevis. Par contre, et c’est remarquable, Marius Olivier est le seul qui subsiste de la liste imposée en 1945 par le CDL. Enfin, parmi les nouveaux venus il faut noter les débuts d’Édouard Marcillat qui entame alors une carrière de conseiller municipal de près de 48 années ! (Preuve de l’hétérogénéité de cette équipe, à deux reprises le maire Paul Jacquot sera mis en minorité. D’abord le 25 avril 1948, pour une bizarre histoire de bois gratuit qu’il destine aux religieuses (12 voix contre, 7 pour), puis une seconde fois en 1949 à propos de la construction d’un pont au Mont‑de-Serre (9 voix contre). Cette fois le maire pose la question de confiance afin d’en avoir le cœur net : peut‑il poursuivre son mandat ? Étrangement, le conseil lui permet de rester en place, mais ce nouveau vote montre bien la scission qui règne alors : 9 voix pour la poursuite, 7 voix pour la démission, 2 blancs).
 Paul JacquotPaul Jacquot

Les dissensions demeurent mais une certaine stabilité s’installe puisque Paul Jacquot restera à la tête de la commune plus de trois ans. Malheureusement, des difficultés d’ordre économique (il tient alors un café ‑ ex‑café Cordier sur le site du parking de l’actuelle supérette - l’obligent à quitter ses fonctions. Le quatre février 1951 de nouvelles élections partielles sont nécessaires afin de palier au départ de Paul Jacquot et de Lucien Olivier (Marius Mathey et Simon Liechtele sont élus).
 
Cet évènement permet le retour de Jules Taiclet à la tête de la municipalité et pour longtemps puisqu’il sera réélu deux fois de suite lui permettant ainsi de rester le premier magistrat jusqu’en 1965, mettant ainsi un terme à cette étrange période d’instabilité municipale.
Jules Taiclet aura battu tous les records : élus conseiller dès 1919, il sera maire de Champagney de 1933 à 1965 (avec une interruption de 1945 à 1951) soit vingt‑six années de magistrature. L’actuel maire de Champagney, Gérard Poivey battra-t-il ce record, lui qui fut élu maire pour la première fois (puis réélu sans discontinuer) en 1989 ?
 
comité défense mines 1950


Le comité de défense de la mine réuni à l’Hôtel du commerce de Champagney
au début des années cinquante

De gauche à droite : le curé Jeanblanc de Champagney, le sous-préfet Lanoy (lunettes), le maire Jules Taiclet, le capitaine de gendarmerie de Lure, le maire de Ronchamp Alphonse Pheulpin (de profil)


école ménagère


Le comité de l’école ménagère vers 1950.

De G à D : M et Mme Fornage (huissier à Champagney), l’abbé Poirot, Gaston Thomassey, Mme Henri Pernot, M Colney, Sœur Noël Dominique, Gaston Didier, Léon Lacour, Marcel et Marie Louise Bouteiller

 

Jules Taiclet juin 59


Remise de la légion d’honneur à Jules Taiclet en juin 1959

On reconnaît au premier rang – de G à D – Anatole Delattre, Alphonse Pheulpin, Jules Taiclet, Alphonse Mozer (conseiller municipal d’Eboulet), André Taiclet, les belles filles de Jules Taiclet, André Maroselli (pochette blanche).

Derrière Alphonse Pheulpin se trouve Eugène Coppey, au-dessus de Jules Taiclet, Simon Liechetele.

Au centre, avec un polo, Théodore Gillet, à sa gauche André Taiclet ; contre la colonne de la porte, Georges Schtoupie ; au-dessous de Maroselli, Charles Taiclet.

 

 

Lire aussi : Maires et municipalités à Champagney entre 1900 et 1940     
 
Tag(s) : #Histoire locale