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PROFS

 

Au lycée de Lure, entre 1973 et 1976, j’eus quelques professeurs à la personnalité telle, qu’aujourd’hui encore, je ne les ai pas oubliés. On les rencontrait et on les écoutait chaque fois avec plaisir.

          Puisque nous étions en section littéraire, honneur au professeur de français : Mademoiselle Noël surnommée avec la finesse propre aux potaches – depuis longtemps avant nous j’imagine et malgré tout le respect que nous lui devions – la « Nono ».

 

Cette grande personne avec laquelle nous étudiâmes, en trois ans, tous les grands auteurs de la littérature française du Moyen-Age au 20ème siècle, était efficace et agréable, même si les circonstances pouvaient la conduire à remettre fermement les pendules à l’heure.

 

L’étude de la biographie d’un nouvel auteur était comme un rite et aussi une occasion d’avoir une bonne note, car ensuite, le moment des dissertations venu, Mademoiselle Noël notait avec rigueur et ses commentaires dans la marge des devoirs étaient sans pitié.

 

Il n’empêche, Mademoiselle Noël nous a fait découvrir nombre de textes dits classiques mais ô combien indispensables! On ne s’amusait pas, c’était dense, carré et précis. Et cela m’a plu, à tel point qu’après le lycée, je fis l’acquisition de la série de livres utilisée au cours de ces années, le fameux Lagarde et Michard.

 

 

 

Autre personnage marquant – du moins en ce qui me concerne -, le prof de philo Michel Redoutey qui portait mal son nom tant la proximité entre lui et ses élèves était grande.

 

La philo n’apparut qu’en terminale mais nous étions souvent en contact avec elle et son représentant puisque nous en avions au moins sept heures par semaine.

Redoutey.jpg

Michel Redoutey avait un aspect caractéristique de ces années soixante-dix (1968 et son remarquable mois de mai n’était pas si loin) : une chevelure longue et vaporeuse, un pull et un pantalon de velours. Il parlait beaucoup et la matière enseignée permettait bien évidemment de fréquentes incursions dans le quotidien et l’actualité. Je me rappelle très bien sur ce point précis, le temps de l’interminable agonie de Franco.

 

Avant de commencer l’étude d’un nouveau philosophe, Le professeur avait demandé à un élève de préparer une présentation du personnage. Il faut dire que ce travail était souvent bâclé ce que le maître avait fini par accepter car ce n’était pour lui qu’un prétexte pour impliquer un élève et ensuite enchaîner sur son cours.

 

Mon tour arriva avec la présentation de Gaston Bachelard. J’innovai en faisant passer une photo du philosophe déclarant qu’il était toujours bon d’avoir une image de la personne dont on parlait. Michel Redoutey acquiesça avec étonnement et plaisir. Sa surprise se poursuivit lorsque qu’après l’énoncé du plan de ma présentation, je continuai à parler.

 

 

 

Comment oublier aussi André Lemercier ? J’aimais l’histoire bien sûr, mais ce professeur avait un plus : c’était un historien.

Lemercier

  

  

  

Surnommé « Péponne » à cause d’une vague ressemblance avec le comédien qui jouait au cinéma le rôle de l’adversaire de Don Camillo, il mêlait l’étude du document à ses cours.

 

Mon condisciple Philippe Andrey avait pris l’habitude de prolonger les séances en posant dès la fin du cours des questions à M Lemercier. C’était devenu un véritable rituel, le professeur rangeait ses affaires, les élèves sortaient et Philippe se dirigeait vers le bureau avec ses questions en tête. Cela virait au débat à tel point que le professeur suivant, de math cette année-là, devait attendre dans le couloir – à la joie de nos camarades –que son collègue en finisse avec nous et que nous quittions enfin la salle. Cela se poursuivit les deux années suivantes avec un autre professeur d’histoire-géographie : Alain Coppié. Ces professeurs ne nous ont jamais repoussés, même si le moment n’était pas bien choisi (en fait choisi à dessein).

 

Je revois Alain Coppié qui, tout en parlant, repoussait de l’index ses lunettes qui avaient tendance à tomber.

 

En classe de première, ce jeune enseignant, nous donna carte blanche pour un exposé consacré aux années trente. Avec Philippe, nous avons réalisé une présentation fleuve de cette période, en fait un travail beaucoup trop complet. Tout y était : la vie politique française, les relations internationales, la culture et les arts.

 

 

 

Et Paul Rohmer ? Notre cher professeur d’allemand. En fait de professeur d’allemand, ce fut un autre prof de philo, un personnage unique et inoubliable. Pas seulement à cause de la forme : ce physique d’homme des bois, de cow-boy et de grand-père bienveillant mêlé.

 

Je l’entends encore…

Paul-Rohmer.jpg

Nous attendions le professeur suivant dans le couloir, près de notre salle de classe. Il était parfois en retard du fait de tout ce qu’il avait à dire ici ou là. Alors, avant de le voir apparaître au bout du couloir, nous l’entendions déjà, conscient de son retard, crier  depuis la cage d’escalier : « J’arrive mes petits chéris ! »

 

Ainsi, il parlait avant même que le cours ne commence. Un rien, issu de notre groupe ou de son vécu immédiat, le faisait développer une idée, sur toute la durée de l’heure parfois. C’était un philosophe très marqué par son expérience d’allemand immigré en France juste après la guerre.

 

Et puis, il y avait l’aventure indienne. Il nous a fait partager ses voyages au Canada, ses contacts avec les Indiens. Ces cours d’allemand – parfois avec peu d’allemand – sont restés un souvenir fort. C’était joyeux, agréable, curieux et enrichissant.

 

De temps en temps, comme une blague éculée, il faisait l’inventaire du sac qu’il portait en bandoulière. Il y avait là-dedans de tout, on était à cent lieues de la sacoche bien policée du professeur classique. Et chaque objet sorti était prétexte à des considérations légères ou sérieuses. C’était selon.

 

Pour être juste, en terminale, il réalisa subitement que le baccalauréat pointait à l’horizon et il nous fit bachoter.

 

Lorsque Paul Rohmer parti de l’autre côté, je suis sûr que beaucoup de ceux qui le connurent en tant qu’élèves furent bien tristes. Paul Rohmer que nous aurions bien aimé retrouver plus tard devenus adultes pour poursuivre nos conversations, reste la figure emblématique de ces années passées au lycée de Lure.

 

 

 

A une époque où l’on est réduit à traiter la violence qui mine certains de nos collèges et lycées à coup de spots TV, cette évocation de mes professeurs met en avant des valeurs d’une simplicité désarmante, telles que le travail et le respect mutuel.

 

 

 

Vous avez dit ringard ?


NB : Les dessins qui illustrent ce texte sont de moi, réalisés à l'époque ...

Tag(s) : #Hommages