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3 points d'histoire

La libération du village
 Champagney est libéré le 19 novembre 1944. C’est un dimanche, il ne pleut pas et le ciel est clair. Vers le milieu de la matinée, les soldats français arrivent à pied dans les différents quartiers du village. Ils progressent prudemment en file indienne, au centre de la route, les côtés étant minés. Il n’y a que quelques combats en forêt, les Allemands ayant quitté les lieux l’avant-veille, après avoir rendu les ponts inutilisables.
Après cinquante-cinq jours de bombardements, les habitants réfugiés dans les caves, sortent enfin, incrédules. Ils entourent leurs libérateurs, les touchent, les embrassent.
Mais la guerre est loin d’être terminée pour ces hommes, tous très jeunes et ils continuent leur chemin laissant les Champagnerots* au milieu des gravats et de la désolation. En effet, leur village est en partie détruit, certains quartiers complètement en ruines.
Au Centre et au Magny, de nombreux toits sont abîmés, la gare n’est que décombres et les wagons sont renversés. L’église qui a reçu vingt et un obus est inutilisable et les écoles resteront vides d’élèves encore longtemps. Les routes, à cause de la pluie, sont transformées en bourbiers et les ornières ainsi que les trous d’obus rendent la circulation périlleuse.
Il y a les dégâts matériels, mais plus grave encore, le bilan humain est très lourd. Les bombardements ont causé la mort de 125 civils de tous âges et blessé 120 autres personnes.
Aussi, la joie est-elle loin d’être générale et c’est le chagrin qui règne dans la plupart des familles. Il faut ajouter à cela l’absence des enfants qui ont été emmenés à l’abri en Suisse au mois d’octobre et au début novembre. Ils ne retrouveront leur famille qu’au printemps suivant. Mais c’est peut-être mieux ainsi car la vie au village est trop dure et le restera longtemps encore.
 
Si le village est libéré, il va falloir beaucoup de temps pour le reconstruire et retrouver des conditions d’existence normales : des mois, des années même. Par exemple, les tickets de rationnement utilisés pendant la guerre à cause de la pénurie de nourriture et de matières premières resteront en vigueur jusqu’en 1950.
Dans l’immédiat, les gens de Champagney vont se mettre à déblayer les décombres et à rafistoler leur maison. Chacun va récupérer les matériaux encore en état - planches, tôles, tuiles - pour améliorer ce qu’il reste de sa pauvre demeure. On s’entraide et les gens se regroupent dans les constructions les moins délabrées. L’hiver sera difficile.
                                                       
 

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Le déminage
 
Dès la guerre terminée, une des toutes premières tâches du nouveau gouvernement fut le déminage.
Les champs de mines occupaient alors 1% du territoire et se trouvaient répartis dans deux zones : le littoral avec les défenses côtières mises en place par les Allemands pendant l’Occupation et la zone des combats de l’année 1944 : Normandie, Bretagne, Vosges et Alsace. Dans cette seconde partie, les mines avaient été posées par les Allemands mais aussi par les Alliés.
Raoul Dautry, le ministre de la Reconstruction, confia la mission du déminage à Raymond Aubrac, grande figure de la Résistance. Il y avait des millions de mines sous terre, sans compter les obus et les bombes non explosés. Devant l’ampleur du travail, on songea très vite aux prisonniers de guerre. Il y avait aussi urgence. C’est ainsi qu’au milieu de l’année 1945, 48 500 prisonniers se trouvèrent occupés à ce délicat travail. On en comptera 30 000 en 1946 et encore 20 000 à la fin de 1947.
Encadrés par des Français, ils étaient chargés de délimiter les zones minées, de localiser les engins et de vérifier que les terrains avaient été bien nettoyés, la neutralisation et la destruction étant assurées par des démineurs français.
Tous les démineurs français furent des volontaires. C’étaient d’anciens militaires, des ouvriers attirés par le salaire, d’anciens résistants. Un démineur gagnait le double d’un manœuvre du bâtiment avec une prime de risque de 200 francs par jour. Ils furent environ 3000 avec autant de gardiens, de chauffeurs et de gestionnaires. Afin de former les responsables départementaux, on créa 29 centres d’instruction. Une école de déminage située à Septeuil, en région parisienne, forma en une année plus de 300 stagiaires soit le dixième des effectifs totaux de démineurs.
 Le déminage avait lieu à la belle saison. On comprend qu’il était impossible d’opérer sous la pluie et dans la boue. Pendant les froids on s’occupait du débombage et du désobusage.
Les démineurs devaient dompter leur peur, être courageux, habiles, intelligents. Chaque mine vaincue renforçait leur sentiment d’être des miraculés.
Un tiers environ de ces millions de mines neutralisées fut détecté «  à la baïonnette ». Le démineur s’assurait que l’engin n’était pas piégé auquel cas il le détruisait sur place par explosion. S’il ne l’était pas, il le neutralisait en retirant le détonateur.
Les accidents furent nombreux. En 1945, 400 civils furent tués par des mines et 500 blessés.
Sur un total de 3000 démineurs engagés, 16% trouvèrent la mort en accomplissant leur mission pendant que 23% n’étaient que blessés. Les deux premières années seront les plus meurtrières avec 500 spécialistes mortellement touchés.
En ce qui concerne les prisonniers de guerre, il y eut 2000 tués et 3000 blessés, soit respectivement 4% et 6% de leur nombre total.
On considéra les travaux de déminage du pays comme terminés à la fin de 1947. A cette date, treize millions de mines avaient été neutralisées. Un véritable exploit …
 
Les mines
Le démineur se devait de connaître les très nombreux types d’engins meurtriers auxquels il pouvait être confronté. Le ministère de la Reconstruction avait édité des brochures les décrivant.
Les systèmes antichars dépassaient toujours 4 kg. Par exemple, la TellerMine 35 métallique pesait 9 kg et, avec ses 5 kg d’explosif était capable d’immobiliser un char ou de détruire un véhicule.
Les mines antichar à crémaillère avaient un déclencheur qui s’enfonçait d’un cran à chaque choc. Ainsi, elle n’explosait qu’au dernier passage.
Les témoins se souviennent aussi des SchüMine, petites boîtes carrées en bois que seuls des appareils très sensibles pouvaient détecter.
Les mines antipersonnel étaient nombreuses. Les plus tristement célèbres étaient les mines bondissantes de la série S. La S 35 était faite d’un cylindre d’acier avec un projectile à l’intérieur dont l’éclatement libérait des balles sphériques ou des morceaux de métal coupants. Trois antennes dressaient sur le sommet. L’explosion était déclenchée lorsqu’on marchait dessus.
Ces engins pouvaient être piégés à l’aide de fils de fer reliant les antennes entre elles. Ces mines étaient dites « bondissantes » parce qu’à l’explosion, elles sautaient à un mètre, un mètre cinquante. Elles étaient véritablement destinées à tuer.
En réalité sur les champs de bataille, tout pouvait être piégé : les caisses, les troncs d’arbres, les cadavres d’animaux et même le corps de soldats tués. De nombreux démineurs ont été victimes de ces pièges au moment même où ils pensaient en avoir terminé.
Les démineurs ont joué un rôle ingrat mais d’une importance capitale. Il ne faut pas l’oublier.
 

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 Les prisonniers de guerre allemands en France
 
 
A la fin de la Seconde Guerre mondiale, la France tient à retrouver rapidement son rang de grande puissance. Parmi ce qui devait y contribuer, il y a la possession de prisonniers de guerre.
En juin 1945, des négociations sur ce sujet aboutissent entre De Gaulle et Eisenhower. C’est ainsi que, jusqu’en mai 1946, les Américains donneront à la France 700 000 prisonniers allemands qui s’ajouteront aux 300 000 s’y trouvant déjà.
C’est là, une masse de main-d’œuvre gratuite pour la reconstruction du pays et ces hommes seront employés dans les travaux publics, l’industrie, les mines et à la campagne comme ouvriers agricoles. On les utilisera aussi au déminage, considéré dès la fin de la guerre, comme une priorité.
 
Mais très vite, se pose le problème du ravitaillement de ces hommes dans une France qui a déjà de grandes difficultés à nourrir sa propre population. En plus, le respect des Conventions de Genève est un autre problème. Il faut, en effet, offrir aux prisonniers l’hygiène, des locaux salubres, chauffés, éclairés, de l’eau potable, du tabac. En outre, il est interdit d’employer les prisonniers à des travaux dangereux.
 
Tout cela sera difficile à respecter et la réalité sera le plus souvent la sous-alimentation et des conditions d’existence déplorables qui causèrent la mort de 23 000 prisonniers de guerre.
La presse catholique s’en indigna, mais l’opinion publique n’était pas disposée au pardon.
 
Les conditions de vie des captifs s’améliorèrent à partir de 1947 et leur libération s’échelonna de mai 1947 à juin 1948.
                                                             
                                                    

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