Mystère à Notre-Dame du Haut
Le soldat allemand inconnu de la chapelle Le Corbusier
Derrière l'autel de la chapelle Notre-Dame du Haut de Ronchamp se trouve une plaque sur laquelle sont gravés les mots "Unbekannter deutscher soldat". Cette plaque semble être une des dalles d’origine du sol de la chapelle : même matière, même couleur. Il semble qu’elle ait été gravée après la construction de la chapelle.
Qu'est-ce que cela signifie ? S'agit-il d'un corps retrouvé lors des travaux de construction de la chapelle ? Est-ce vraiment une pierre tombale ? Y a-t-il réellement un corps sous cette plaque ? Y-a-t-il un lien entre cette inscription et la pyramide de la paix ? Est-ce une facétie du chapelain Bolle-Reddat ?
J’ai interrogé Jean-Jacques Virot, Christine Musard, Axel Isabey l’actuel chapelain, la Fondation Le Corbusier, chatGBT, Alain Banach (historien local), Claudia Perret (fille de Jean Perret qui fut un ami du chapelain René Bolle-Reddat), Chantal Angly (A l’accueil de la chapelle durant plusieurs décennies et proche de René Bolle-Reddat).
Si Alain Banach et Claudia Perret n’ont jamais entendu parler ni vu cette dalle gravée, Chantal Angly m’a dit « Elle a toujours été là. »
Jean-Jacques Virot, président de l'association Œuvre Notre-Dame du Haut : « Je n'ai pas connaissance de l'origine de cette plaque, mais je ne désespère pas de l'avoir un jour à partir des écrits du père Bolle-Reddat. Cette plaque n'est pas d'origine, elle a été très certainement été mise par le père Bolle. Nous ne sommes pas sûrs qu'il y ait un élément de corps. Il y avait surtout le souci d'accélérer la réconciliation franco-allemande et il y avait une certaine gêne par rapport à l'inscription sur le mât de la colombe de la Paix qui stipule "des Français sont morts pour la Paix". »
Christine Musard, secrétaire adjointe et responsable de la commission culturelle de l'association Œuvre Notre-Dame du Haut : « J'ai questionné Bénédicte Mathey qui m'a dit qu'il faudrait rechercher dans les archives dans les bulletins (des années 1970-1980) du chapelain Bolle-Reddat. "Et en effet, c’est René Bolle-Reddat qui seul a rendu hommage à ce soldat allemand, ce soldat inconnu en le plaçant derrière l’autel." (Bénédicte est la fille de Jean-François Mathey. Elle est aussi membre de l'AONDH et responsable des archives). Et j'ai questionné aussi le chapelain actuel Axel Isabey qui m'a dit : "Ce dont je me souviens est un récit de Jean-François Mathey. Un soldat français lui avait apporté une tête, coupée. Donc un crâne bien des années après les combats corps à corps sur la colline. Je n’en sais pas plus. Ah ! J’ajoute que c’est le Français qui avait tué l’Allemand qui avait gardé pendant peut-être 20 ou 30 ans le crâne chez lui. C’est assez morbide mais je crois que mon souvenir est assez clair sur un tel récit."
Axel Isabey m'a dit aussi : " Et en effet, c’est René Bolle-Reddat qui seul a rendu hommage à ce soldat allemand, ce soldat inconnu en le plaçant derrière l’autel." »
Note : Jean-François Mathey est le fils de François Mathey (1917-1993) qui conservateur en chef du musée des Arts Décoratifs est celui qui « amena » Le Corbusier sur la colline de Ronchamp.
L’Abbé René Bolle-Reddat a écrit et publié durant plus de quarante ans (de 1960 à 1992) le journal de Notre-Dame du Haut. Entre autres sujets, il y a abordé avec régularité le thème de la guerre, de la Libération, des combats qui ont eu lieu sur la colline en octobre 1944, de la réconciliation, de la paix … Ceci tout particulièrement dans les années 1970 et 1980 et lors des 30ème et 40ème anniversaires de la Libération.
Les visiteurs allemands ont toujours été très nombreux sur la colline. De surcroît, l’abbé Bolle-Reddat était germanophile et parlait allemand.
Mais jamais ce « crâne de soldat allemand » n’est mentionné par l’abbé Bolle-Reddat dans ses écrits.
Voici quelques morceaux choisis. Il y en aurait beaucoup d’autres.
Ronchamp point privilégié de la réconciliation franco-allemande
Le 3 juin 1969 Besançon et Fribourg-en-Brisgau célèbrent le 10ème anniversaire du jumelage des deux villes. A Notre-Dame du Haut c’est la rencontre du clergé des deux villes jumelles.
« Ah ! Que c’est donc beau et je me réjouis comme de la consécration du sanctuaire, comme de la reconnaissance d’un fait établi : Ronchamp point privilégié de la réconciliation franco-allemande. Et cela c’est un des miracles de ND du Haut.
[…] Aujourd’hui, Mère, voici tes fils qui se sont tant battus, qui ont pu se haïr, car il faut la flamme impure de la haine pour s’entretuer. Aujourd’hui paraît normale cette messe qui rassemble deux peuples vingt-cinq ans après.
60% des visiteurs et des pèlerins sont allemands. La majorité des messes célébrées le sont en allemand et 80% des groupes hébergés à l’abri du pèlerin sont allemands. »
« Dès 1957, Mgr Dubois se préoccupait de cette part importante du ministère qu’il me proposait : « Parlez-vous allemand ? On me dit combien ils sont nombreux là-bas ». Mes souvenirs d’école étaient si lointains, ils étaient tellement scolaires. […] Quotidiennement la pratique sur le terrain, le déchiffrage laborieux d’un abondant courrier venu de Suisse ou de République Fédérale m’ont permis en deux années de faire face aux besoins élémentaires. Visiteur et pèlerins venus d’outre-Rhin ont beaucoup contribué par leur ferveur à imposer un certain ton, un certain style au sanctuaire. Les habitants de ce pays ont eu l’impression de n’être plus chez eux, d’être un peu envahis, mais le temps est passé où une voix hostile s’élevait à mon endroit : « Il fait le beau devant les B… » et où un homme sortit de la chapelle en claquant la porte parce qu’on priait en allemand.
Journal de Notre-Dame du Haut - N° 34 – mars 1970, page 8
Réconciliation
« Sous le manteau du patriotisme la conscience des humains reste empêtrée dans des sentiments d’un nationalisme terriblement étroit. C’est cette conscience où les facteurs affectifs jouent un grand rôle qu’il faut faire évoluer. Et d’bord se convaincre que les guerres n’ont jamais rien réglé ! »
« Des signes dans le ciel de cette colline qu’une grâce toute particulière de réconciliation habite. Qui nous réjouissent si fort. Cette montagne vouée au culte depuis le temps des Celtes qui ignoraient la frontière du Rhin. A deux pas du pays de Montbéliard qui appartenait encore aux Würtemberg au temps de la Révolution. A quelques kilomètres de l’Alsace qui changea quatre fois de nationalité en moins de quatre-vingts ans. Face à la « ligne des Vosges » qui inspira tant d’hymnes patriotiques […] Le sanctuaire fut détruit lors des âpres combats de 1944. Sa renaissance imprévisible […] Notre tâche a été depuis quinze ans de nous rendre attentifs aux signes manifestes qui faisaient de cette chapelle un lieu privilégié de réconciliation et de rencontre […] La Notre-Dame d’ici, les a vus passer les fils de Germains, par centaines de milliers, attentifs, priant et chantant en leur langue sur ce coin de terre française où le futur est déjà commencé … Les jeunes de l’une et l’autre rive du Rhin, fleuve longtemps si large et si profond, dénoncent le caractère désuet de cette frontière, se regardent dans les yeux, s’aiment sans problème. Ils ne savent plus, ne peuvent pas savoir, ne veulent pas le savoir … « Mère, voici tes fils qui se sont tant battus, rassemble-les pour les œuvres d’une paix définitive ! »
Journal de Notre-Dame du Haut - N° 45, janvier 1973, pages 10 et 11
Quelle connerie la guerre !
« D’avoir trop longtemps remué des souvenirs et lu des livres de guerre, je sors accablé. Accablé de tant de ruines, de sang versé, de gaspillages de vies, d’énergie et de biens ; des souffrances et des fils d’hommes massacrés … »
Journal de Notre-Dame du Haut - N° 51, novembre 1974, page 13
Un prêtre allemand
« … J’ai reçu une lettre qu’une grand-mère aveugle faisait écrire comme chaque année pour son “ petit ” tombé sur la colline et une autre d’une femme allemande offrant des intentions de messe pour ses deux frères tombés plus loin.
Un jour j’observais dans la chapelle un prêtre allemand lisant son bréviaire ; soucieux de répondre à sa demande s’il souhaitait célébrer la messe. Je finis par le lui proposer. Il hésite, semble nerveux, agité. Ni oui, ni non. Me propose de sortir dehors … Me montre la direction du village de Mourières, au nord de la chapelle : “ Là, dit-il, je suis monté quatre fois à l’assaut … tant de camarades morts … ” Il est au comble de l’émotion.
Je levai les yeux vers le vieux cerisier de l’esplanade, lui dit : “ Tu vois cet arbre, regarde les cicatrices énormes qu’il porte. A l’ouest ce sont les obus américains, à l’Est des obus allemands … Vois, il a fleuri, et dans ses branches sont les haut-parleurs pour la musique. Il vit, il chante. La pyramide est faite des pierres de la chapelle détruite, remise en ordre, comme dans vos villes détruites où l’on a fait des collines avec les ruines. Sont maintenant des monts verdoyants. Justement sur la pyramide sont sagement groupés pour préparer une messe 40 garçons de Dortmund. Vois, la vie est là, simple, tranquille, la Paix ! Nous avons célébré ensemble une des plus émouvantes messes de ma vie à Ronchamp. »
Journal de Notre-Dame du Haut - N° 51 - novembre 1974 – page 12
Quelle guerre ?
« Les touristes, visiteurs habitués des monuments anciens, attendent du guide qu’il fasse un historique du lieu. Je dis : c’est la guerre qui détruisit la chapelle. Pour un peu, ils demanderaient : quelle guerre ? Cela arrive effectivement. Attendant que je dise que ce sont les Allemands qui commirent ce méfait ce qui expliquerait le grand nombre de visiteurs et de pèlerins venus d’outre-Rhin, comme à remords ! »
Journal de Notre-Dame du Haut - N° 51 - novembre 1974 – page 7
Pour la paix
Dans ce texte, le chapelain répond au lieutenant-colonel Dutriez qui a comparé la chapelle à un blockhaus.
« Mon colonel n’a-t-il pas remarqué le monument élevé à la mémoire de ceux qui sont tombés ; une pyramide à degrés, dans l’esprit et la forme des monuments sacrificiels mayas. Un fort volume, bien en vue sur le plateau : plus de 125 m² de base et près de cinq mètres de haut […] Et ce n’est pas du béton c’est de la vrai pierre rouge de cette région … Une haute stèle de fonte avec la colombe de la paix dédie ce monument … Mon colonel ne bougonne plus, il est vraiment injuste et méchant.
Sur place, quel souvenir subsiste-t-il de ces rudes combats ? Vers le nord, en limite lu domaine, vous découvrirez, discrète, une inscription découpée à l’emporte-pièce sur une plaque métallique se dressant à la verticale ; Le texte et simple et apparemment satisfaisant. Pourtant il s’en dégage – affligeant ou irritant - ? Un relent « progressiste » que conforme une patibulaire silhouette d’oiseau intellectuel : colombe ou charognard ? « Sur cette colline, en 1944, des Français sont morts pour la Paix. Quel abîme de mauvaise conscience interdit donc de proclamer que nos camarades – des soldats – sont aussi et d’abord morts pour la France ? ” Devrais-je faire témoigner les morts, appeler les survivants à la barre pour assurer que chaque jour la messe est célébrée là ou sévit la guerre ? […]
Fallait-il donc entretenir une certaine forme de souvenirs guerriers favorisant la flamme de la haine ? […] Je ne cours plus aucun risque à affirmer que ce lieu est définitivement devenu un lieu de Paix et de Réconciliation. C’est une des grâces majeure de ce sanctuaire […] Pour l’honneur des soldats tombés en un combat loyal, car la guerre a aussi ses règles – je veille à écarter de cet espace toit réveil de haine, toute évocation qui tendrait à la réveiller. J’ai recueilli le moindre ossement perdu de soldats tombés de l’un et l’autre camp et les ai semés en terre sainte dans la dignité … »
Journal de Notre-Dame du Haut - N° 51 - novembre 1974 – pages 11 et 12
L’ambassadeur d’Allemagne Fédérale en France
« Ce fut aussi un grand honneur d’accueillir l’ambassadeur d’Allemagne Fédérale en France, le baron Von Braun le 28 septembre 1975. Cet homme représente soixante millions d’humains, j’ai conscience de cette représentation et de l’importance de ce peuple ici au sanctuaire de Ronchamp. Comment ne pas le lui dire et en exprimer le sentiment. Les festivités de Montbéliard pour le 25° anniversaire du premier jumelage franco-allemand Montbéliard et Ludwigsbourg, leur cordialité et l’atmosphère du banquet final embuent un peu l’esprit, venue l’heure d’une attention spirituelle. Mais elle est vite revenue cette attention et cette attitude culturelle si typique de la part des allemands. C’était bientôt, non plus un ambassadeur, mais un frère très cordial, étonnamment proche.
Autrefois était venu le président Théodore Heuss, Président de la RFA de 1949 à 1959. Ce fut le premier chef d’état, le seul jusqu’à présent à Notre-Dame du Haut
Journal de Notre-Dame du Haut - N° 56 - décembre 1975 – page 12
Dans le bulletin de décembre 1984, une quinzaine de pages sont consacrées aux célébrations des 40 ans de la fin de la guerre.
Veuve de guerre
« Alors que redescendent les drapeaux et les hommes, deux choses, ces trucs qui pendent sur leur jaquette. J’ai dit ce sont des décorations. Elles sont étonnées car depuis la croix de fer et les batteries de médailles du feld-maréchal Goering, les Allemands n’ont plus pratiqué les décorations … J’ai dit ce sont les stigmates de la guerre. Je pensais, les reliques.
Une dame s’approchait, belle : comme elle dut être jolie, cheveux gris coupés à la garçonne. Elle raconta que son mari était tombé à la guerre à Mélisey, à une portée de canon d’ici … Je laissai cette veuve de guerre le soin d’expliquer à cette jeunesse ce que fut sa guerre … Ce qu’est la guerre … »
Journal de Notre-Dame du Haut - N° 75 - décembre 1984, pages 27 et 28
Tuez-les tous !
« Un Bourguignon goguenard arrivait au parking de la chapelle. A la vue de tant de Mercedes et de Volkswagen, il s’exclama, vainqueur-vaincu : - J’ai chassé les allemands de cette colline … Ils sont déjà revenus ! Je lui dis alors : - il fallait tous les tuer … »
Journal de Notre-Dame du Haut - N° 75 - décembre 1984, page 32
Leur pèlerinage favori
En ce journal qui atteint sa vingt-cinquième année, on a pu lire bien souvent l’importance du fait allemand, la réconciliation opérée jour après jour et la Paix rétablie sur la colline tellement ensanglantée par la guerre. Ce n’était pas programmé et ce n’est pas en anciens combattants que plus de un million et demi d’Allemands ont fait de Ronchamp-Notre-Dame un de leur pèlerinage favori et annuel pour beaucoup. Si vous ne lisez pas en cet événement un miracle !
Journal de Notre-Dame du Haut - N° 77 - décembre 1985, page 18
Va prier avec tes Boches !
« La première fois que je semai un Ave Maria dans la langue de Goethe, au cours de la récitation du chapelet, que je parsemai un « Gegrüsset seist du » … la sainte Vierge n’entendis pas la suite de ce « Je vous salue Marie » en langue « étrangère ». Le coup de tonnerre de la porte claquée par un ex-italien avait rendu inaudible la suite de la prière … Un mutilé de 14-18 me lança, un peu plus tard : - Va prier avec tes Boches ! On reprochait couramment : il n’est là que pour eux ! Fut pourtant reçu le président de l’Allemagne Fédérale, Théodore Heuss … l’ambassadeur en France de cette même république Von Braum et chaque année, en pèlerins fervents, catholiques et protestants, en visiteurs cultivés et particulièrement agréables à vivre, plus de 40 000 personnes venues d’Outre-Rhin.
Si vous avez quelques explications à donner de ce phénomène apportez-les nous. […] En 1955 a été édifiée près de la chapelle un monument aux morts de la guerre 44 … Cette pyramide de style Inca avec la colombe de la paix. Sur la stèle, les responsables anxieux des financements avaient accroché un tronc quémandeur avec ce texte : Aidez-nous à leur offrir ce monument … « La stèle stipulait : des Français sont morts pour la paix … Leur offrir … aux Français … Je n’ai trouvé dans cette caisse aux offrandes que, ou surtout, de l’argent … allemand. Cette quête supplétoire me gênait … J’ai supprimé cet instrument […] Les Allemands étaient tout proches … voisins … friands de nourriture culturelle … voyageurs toujours prêts à prendre la route … Y consacrant une grande part de leurs loisirs … à en oublier de manger aux heures de midi … Leur sol fermé par les murailles à l’Est, adossés à cette clôture … ils vinrent si fort vers l’Ouest … S’agissant de bien d’autres choses qu’un retour aux champs de batailles … Lieu de silence, de prière, de Paix … Nos ferveurs étaient prédisposées à une ardente communion.
Journal de Notre-Dame du Haut - N° 89 - décembre 1991 – page 13
De tous ces extraits, je retiens surtout ce passage du Journal de Notre-Dame du Haut N° 51 de novembre 1974 (p 11 et 12). « J’ai recueilli le moindre ossement perdu de soldats tombés de l’un et l’autre camp et les ai semés en terre sainte dans la dignité. » S’il ne donne pas une réponse nette et définitive à l’objet de mon enquête, il laisse à penser …
Par cette phrase ambigüe (à dessein), René Bolle-Reddat – penseur, écrivain, philosophe – nous dit tout et ne nous dit rien … Cependant, elle nous laisse à penser, au regard de tout ce qui est dit plus haut, qu’il a, secrètement, à quelques dizaines de mètres de la pyramide de la paix et de sa colombe et de l’inscription « Sur cette colline en 1944 des Français sont morts pour la paix », en faisant graver cette inscription “Unbekannter deutscher Soldat” derrière l’autel, rendu hommage aux autres soldats tués sur cette colline en 1944 : les soldats allemands faisant ainsi écho à l’autre inconnu qu’il évoquait en 1984 : « L’ère des arcs de triomphe est révolue et sous l’arc solennel édifié à la gloire des victoires de l’empereur des Français, on a creusé une tombe pour y déposer les restes d’un Inconnu solennellement inconnu, inconnu tout nu : sans nom, sans famille, sans veuve, sans gloire, sans képi, ni croix d’honneur à sa vareuse. » (Journal de Notre-Dame du Haut - N° 75 - décembre 1984, page 32).
A l’instar du poète, René Bolle-Reddat aurait pu s’exclamer : « Quelle connerie la guerre ! » car il l’avait bel et bien en aversion. Dans le même journal de 1984, il a écrit : « La guerre est un produit excrémentiel de la terre des hommes. »
Les combats de 1944 pour la colline
L’assaut pour la conquête de la colline du Bourlémont débute le 28 septembre 1944. Ce sont des soldats du 1er BZP (Bataillon de zouaves portés), du 9ème RCA (Régiment de chasseurs d’Afrique), du Bataillon de Charollais et du 1er Bataillon de Choc qui participent à cette bataille. Les pertes des deux côtés seront importantes pour conquérir et tenter de reprendre le magnifique observatoire qui culmine à 476 m. Le 28 septembre la consommation en munition a été considérable : plus de 20 000 cartouches de mitrailleuse, 1 000 obus de mortier, 400 obus de 75 ont été tirés.
Au soir, la chapelle est transformée en infirmerie. Le 30 septembre, les contre-attaques allemandes se succèdent sur trois faces de la colline. Plusieurs centaines de soldats allemands sont engagés. Ce jour, les Français ont consommé plus de 3 000 obus de mortier, 1 800 obus de 75 et 40 000 cartouches de mitrailleuse.
Le 1er octobre, vers 4 h du matin, les Allemands récupèrent les blessés et les morts. Ils ont renoncé à reprendre cette position.
Source : Alain Banach « Ronchamp et environs 1940-1945 », la Colline du Bourlémont.
Annexe 1
La réponse de CHATGPT
Ce que disent les sources sur l’histoire de la chapelle
1 - Destruction pendant la guerre
L’ancienne chapelle (avant Le Corbusier) a été en partie détruite par des bombardements en 1944, lors des combats pour la libération de Ronchamp. chapelle-lecorbusier-ronchamp.com+2Alain Jacquot-Boileau+2
Selon des sources, des unités allemandes s’étaient retranchées sur la colline de Bourlémont (où se trouve la chapelle), transformant notamment le clocher en poste d’observation. mythische-orte.eu
La nouvelle chapelle, celle conçue par Le Corbusier, a été construite entre 1950 et 1955 sur l’emplacement de l’ancienne. Fondation Le Corbusier+1
2 - Projet de Le Corbusier
Le Corbusier ne mentionne pas dans les sources qu’il y ait eu une tombe dans la chapelle. Selon la Fondation Le Corbusier, son projet comprenait la chapelle, une maison de chapelain, un abri pour pèlerins, et une pyramide de paix (un « monument aux morts »), mais pas une tombe individuelle. Fondation Le Corbusier
La pyramide de la paix, érigée sur le site, est dédiée aux soldats tombés pendant la guerre (mais sans identifier des corps précis). Fondation Le Corbusier
3 - Pas de mention dans les dossiers pédagogiques / guides
Le dossier enseignant officiel de la colline de Notre-Dame du Haut (site de la chapelle) ne signale pas une tombe d’un soldat allemand inconnu à l’intérieur de l’édifice. collinenotredameduhaut.com
De même, le dossier de presse / historique du site ne parle pas d’une telle sépulture ou inscription. collinenotredameduhaut.com
4 - Sources locales / touristiques
Les sites touristiques (office de tourisme, site de la colline) décrivent bien l’histoire de la chapelle, son architecture, son rôle de pèlerinage, mais ne mentionnent pas une plaque “Unbekannter deutscher Soldat”. ronchamptourisme.com+2chapelle-lecorbusier-ronchamp.com+2
Un article récent (fêtant les 70 ans de la chapelle) mentionne l’“ancienne chapelle bombardée” et la reconstruction, mais sans évoquer de tombe ou de soldat allemand enterré là. ByBeton
Analyse et conclusion
- Probabilité d’erreur ou de confusion : Il semble très probable que l’idée d’une “plaque au soldat allemand inconnu” à l’intérieur de la chapelle soit une erreur ou une légende. Aucune source fiable ou académique ne la mentionne, ni dans les plans de Le Corbusier, ni dans les archives de la chapelle.
- Monument aux morts, mais pas sépulture : Le Corbusier a effectivement prévu un monument de la paix (la pyramide), ce qui montre une volonté de commémorer les morts de la guerre, y compris peut-être des soldats allemands, mais sans qu’il y ait pour autant une inhumation dans la chapelle.
- Possibilité de rumeur locale : Il se peut que des récits oraux ou des légendes locales aient circulé (par exemple des visiteurs pensant avoir vu une plaque), mais les sources historiques et documentaires font défaut pour confirmer une inscription “Unbekannter deutscher Soldat” derrière l’autel.
Annexe 2
La colombe de la paix de Notre-Dame du Haut
Qui est l’auteur de la colombe de la paix de la chapelle de Ronchamp ? Réponse dans le N° 75 du Journal de Notre-Dame du Haut de décembre 1984 écrit et publié par le chapelain René Bolle-Reddat.
« On a construit la pyramide, avec les pierres en maçonnerie rustique, à gros joints. Elle n'est pas creuse, mais massivement empierrée.
Aux jours de pèlerinage les degrés se chargent d'une foule très colorée. Au long des jours les passants l'escaladent et les enfants jouent... Les pierres de pays ont remarquablement tenu aux intempéries ; les pierres calcaires, d'importation dont étaient faits les piliers et les chapiteaux de la chapelle passée, ont gelé et se sont délitées. Emiettées. Au printemps prochain je les ferai gratter et remplacer, comme l'on fait pour les dents cariées.
Un jour, peu de temps avant la fin des travaux, on envisagea d'attribuer ce point sensible de la colline à la mémoire des soldats tombés. L'idée enchanta l'architecte … ll y avait un relent de mayas dans cette pyramide à degrés vouée chez eux aux sacrifices sanglants... Justement face au soleil à son levant au solstice de juin... ll est de ces pressentiments inconscients... ll suffisait d'une stèle pour préciser l'affectation du monument, au souvenir des soldats tombés et à la Paix espérée sans doute par ceux qui moururent avec l'espoir que leur sacrifice ne serait pas vain.
Le Corbusier et Maisonnier mirent au point le dessin de la stèle, passèrent commande à une fonderie parisienne plus proche à contrôler. Le texte serait en partie ajouré, en la fonte perforée. Le reste du texte, plus discrètement, en relief.
Un signe serait bien venu sur cette stèle. André Maisonnier, le plus proche collaborateur de Le Corbusier et son délégué permanent sur le chantier put répondre à ce souhait. Depuis sa jeunesse il aimait s'adonner à l'art de la dinanderie, c'est-à-dire au travail artisanal du cuivre. De la belle chaudronnerie d'art. Aimant particulièrement les oiseaux, il avait martelé une colombe d'aluminium qui plut d'emblée. Elle est le symbole de la Paix non pas depuis Picasso mais depuis le patriarche Noé, à la fin du déluge... Signe que Ie courroux du ciel est fini et que l'arc-en-ciel va briller. Maisonnier prépara le moulage et la colombe de bronze, solide, imperturbable se posa sur la colline... Pour de longs jours. »
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