L’abbé Bolle-Reddat
Une vie au service d’une œuvre
L’abbé Bolle-Reddat est mort le 14 mars 2000. Souvenir d’une figure
locale
La figure de René Bolle-Reddat restera liée à tout jamais à la
chapelle de Ronchamp. L’abbé a passé 42 ans sur la colline au service de l’œuvre emblématique de Le Corbusier, l’un des architectes les plus novateurs du XXème siècle.
René Bolle-Reddat est né le 24 septembre 1920 à la Chaux de Gilley dans le Doubs au sein d’une
famille de cultivateurs de six enfants. Il aimait à dire qu’il était « né au cul des vaches ».gardant de ses racines paysannes une force de caractère remarquable.
En devenant prêtre, il réalisera la volonté de sa mère. Après son ordination en 1944, il passera deux ans de vicariat à Besançon, puis, en 1947, sera nommé aumônier au lycée Jérôme à Vesoul. De belles années partagées avec des jeunes immédiatement sous le charme d’un curé atypique. Les élèves le nomment le « Pope ». Françoise Taiclet explique : « Le Pope a été baptisé ainsi par nous dès son arrivée parce qu’il n’était pas un prêtre ordinaire tel que nous avions l’habitude d’en connaître dans nos paroisses. Nous le percevions déjà à cette époque comme “ un être exceptionnel” ».
L’abbé va suivre de très près la genèse de ce qui allait devenir l’une des plus belles œuvres de l’art sacré contemporain, ce qui lui vaut d’être nommé Chapelain à Notre-Dame du Haut. « Au printemps 1958, je reçus l’ordre de prendre la relève, pour l’animation, la vie spirituelle et temporelle de la chapelle… » écrit-il. Commence alors pour lui un travail de mise en valeur de l’édifice. Il nettoie, défriche les abords, plantes des arbres, rachète – non sans mal – les proches boutiques pour les démolir, tout cela dans le seul but d’intégrer parfaitement la chapelle à son environnement. Puis commence un nouveau combat pour aboutir en 1975, avec l’architecte Jean Prouvé, à l’installation du campanile.
Il s’attache avec passion et fougue à faire connaître non seulement la chapelle de Le Corbusier, mais aussi toute l’œuvre et la pensée de l’artiste suisse. Il disait : « A Corbu, je lui parle tous les jours, parfois la nuit. Il m’a mis au monde une seconde fois en réelle paternité et maternité.. On est consanguins, complices, on prend les coups et les élans de ferveur ensemble. C’est simple, il vit en moi. » (interview donné à Gérard Blaise dans Le Pays – 23 mai 1992)
L’abbé Bolle-Reddat était un homme d’une grande culture, un orateur exceptionnel, un guide merveilleux. Il avait le sens de la formule et l’amour de la langue française. C’était un grand écrivain auteur de milliers de pages qui alimentèrent son « Journal de Notre-Dame du Haut ».
Réduire son verbe à quelques provocations – attendues – serait réducteur et faire preuve d’ignorance. Il est certain que la provocation était l’un de ses traits de caractère, mais - comme c’est souvent le cas - provocateur pour mieux faire passer un message.
Un grave accident de la route dans les années 80 en fera un handicapé encore très actif. Malheureusement, les ennuis de santé iront croissant, jusqu’à l’amputation d’une jambe en 1996. Il s’en est allé le 14 mars 2000 rejoindre ce qu’il appelait « l’inimaginable Paradis ». Il repose, tout près de « sa » chapelle dans le petit cimetière qui se trouve sur la colline.
Le petit cimetière à quelques pas de sa chère chapelle
30 août 2011
Photo de la tombe dans l'article : 27 janvier 2008
7 mai 2011
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Ethique et esthétique - hommage à René Bolle-Reddat
Voir aussi : Automne à Notre-Dame du Haut