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André Olivier s'en est allé ce 20 juin 2015

Septembre 1986 avec un ami du Burkina Faso

Septembre 1986 avec un ami du Burkina Faso

Je connais si bien André Olivier

 

Je connais André Olivier depuis toujours, c’est-à-dire depuis le collège : il fut le professeur, moi l’élève. Je suis toujours l’élève …

 

Je le vois et l’entends encore au guide-chant nous apprendre la Marseillaise et le Chant des Partisans, ce dernier plus proche à son cœur parce que, adolescent pendant l’Occupation, l’automne 1944 restera chez lui une plaie béante qui, paradoxalement, forgera son humanité …

Les supplétifs des nazis – les Cosaques – assassineront son père en septembre 1944 (coupable d’intervenir au moment où ceux-ci violentaient des voisins). Étrangement, ou peut-être à cause de cela, André sera pacifiste et non-violent. À cet égard, c’est anecdotique mais tellement significatif, la violence de ce vers du Chant de Kessel et d’Anna Marly le dérangeait : « Nous on marche, nous on tue, nous on crève… ». Je crois même qu’il avait modifié le «  … nous on tue … ».

 

L’orphelin, victime de la guerre, ne crut qu’au dialogue entre les hommes, à la paix, à la tolérance et au progrès. Ces vertus, il les porta à bout de bras, jeune instituteur, au sortir de la guerre nommé sur les hauts de Servance, à l’école des Grilloux.

Ce n’était déjà plus le temps des « hussards de la République » mais l’esprit n’en était pas très éloigné et c’est en missionnaire, dans des conditions spartiates, qu’il éduqua une population pleine de gentillesse et d’humanité. Cela lui allait si bien.

 

On peut difficilement imaginer aujourd’hui ce que fut l’alliance de cette foi avec l’obligation de tout reconstruire : les murs effondrés et la société elle-même. André se donna corps et âme à sa mission : éduquer avec cette douce bienveillance qui fait que c’est avec nostalgie qu’on se souvient de son maître. Douceur des gestes et de la voix …

 

André Olivier, en toute logique et dans le droit fil de son ouverture aux autres, se donna à la chose publique : il fut un militant politique et participa à la gestion communale. Il le fit avec tout le sérieux et le dévouement qu’on imagine.

 

Cet humanisme prit tout son sens lorsque lui échut la charge de faire perdurer la Maison de la Négritude. Quand son créateur, René Simonin mourut il s’en fallut de peu que le maire de l’époque fasse table rase du musée manière de récupérer les salles vouées à cette exposition qui se voulait pourtant permanente. André, alors conseiller municipal, intervint et sauva l’œuvre in extremis.

 

Engagé dans cette entreprise dès sa genèse, en 1971, à partir de là – 1980 – il portera le musée à bout de bras, largement secondé par son épouse Marie-Thérèse et l’œuvre remplit alors toute sa vie, toute leur vie, au point de les dévorer entièrement.

 

Le musée fut appelé Maison de la Négritude et des Droits de l’Homme par René Simonin. La deuxième partie de cette appellation tellement chère au cœur d’André lui permit d’ancrer son combat dans cet humanisme qui faisait de lui, aux yeux de certains,  un idéaliste excessif et irréaliste.

 

« Les guerres prenant naissance dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes qu’il faut élever les défenses de la Paix » sera son leitmotiv toutes ces années de militant des Droits de l’Homme. Cette phrase extraite de l’acte constitutif de l’UNESCO est gravée sur le sol à Verdun, au Mémorial de la Paix. La découvrant là en mai dernier, j’ai fortement pensé à André et à tout ce travail de fourmi.

 

Si Marie-Thérèse, carrée, organisée, pragmatique et les pieds bien plantés dans la réalité se chargea toujours de l’aspect matériel de l’aventure, de la logistique et de la convivialité ; André sera le porte-parole, le philosophe transmettant à travers le message du Vœu de Champagney, toute sa foi et son espérance en l’Homme.  Inlassablement, contre vents et marées, c'est-à-dire malgré un monde toujours fait de violence et d’injustices, il a répété son message d’espoir humaniste.

Était-ce de la naïveté ? Non, car sa jeunesse traumatisée lui a fait proscrire la violence, conscient que toute révolution ramenait toujours au point de départ mais après un bain de sang.

 

Oui, André n’est pas dupe, conscient que l’homme restera un loup pour l’homme : si l’image de son père assassiné ne l’a jamais quitté, le destin du lieutenant Stiefvater – son voisin de Frotey-lès-Lure – tué par les Allemands à Champagney le 18 juin 1940, l’aura également marqué à tout jamais.

Sachant tout cela, on ne parlera plus d’utopiste à propos d’André Olivier.

 

À côté de toute cette gravité, André est un homme joyeux, fin et malicieux. S’il a horreur du conflit, il sait très bien reconnaître le rusé ou le malveillant : expérience municipale oblige. Il sait aussi que les vrais amis ne se trouvent pas en politique. Au cours de ses nombreuses vies, c’est lui qui a engendré l’amitié comme des petits cailloux blancs semés derrière lui …

 

Je connais aussi un homme plein d’humour qui aime rire et plaisanter. Beaucoup d’anecdotes anciennes lorsqu’elles lui reviennent en mémoire le font rire et se moquer gentiment. J’aime ce sourire qui finit au coin de l’œil ! J’ai aussi en tête l’image d’un bon vivant, gourmand et gourmet. Je n’oublierai jamais ce voyage à Paris chez le président Senghor. Quel réconfort, ce jour-là, que ce passage dans un salon de thé ! Et le visage d’André, épanoui par la gourmandise après tant de moments de travail dense et sérieux …

 

Cet amoureux des gens – et Dieu sait que la Maison de la Négritude lui en a fait rencontrer tant et tant et de grandes qualités : un réseau tissé avec patience et humilité – cet amoureux de son prochain a donné tout son sens au mot fraternité et, si Dieu est bien au rendez-vous, ils n’auront qu’une seule parole à échanger : « Mission accomplie ! »

 

 

Alain Jacquot-Boileau

À Champagney, ce 20 juin 2015

 

Le 27 avril 1986

Le 27 avril 1986

Le 14 septembre 1986 avec les représentants de Oueguelga au Burkina

Le 14 septembre 1986 avec les représentants de Oueguelga au Burkina

Le 6 octobre 1987 chez le Président Senghor

Le 6 octobre 1987 chez le Président Senghor

Le 7 octobre 1987
Le 7 octobre 1987

Le 7 octobre 1987

Avec Michel Rocard, à Champagney, en 1987

Avec Michel Rocard, à Champagney, en 1987

Tag(s) : #Hommages