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Henri Pesenti était un Ancien de la 1ère  DFL (Division Française Libre). Il s’était engagé lors de la libération de son Village, Borey, en septembre 1944.  Il avait alors 19 ans. C’était l’un des témoins majeurs de cette histoire. Il venait en classe raconter son engagement et, à chacun de nos pèlerinages à la Nécropole de Rougemont où repose son chef - le général Diego Brosset - il était là, fidèle, impatient et ému, pour accueillir les écoliers de Champagney et témoigner.

Monsieur Pesenti était Chevalier de la Légion d’Honneur, détenteur de la Médaille Militaire et de la Croix de Guerre.

Henri Pesenti à la nécropole de Rougemont en 2012
Henri Pesenti à la nécropole de Rougemont en 2012

Henri Pesenti à la nécropole de Rougemont en 2012

À partir du mois de septembre commence pour notre région, la période des commémorations de la libération de nos villes et villages. Entre le 25 et le 30 septembre ont été libérés les villages de Palante, Lyoffans, Andornay, Frédéric-Fontaine, Clairegoutte, ainsi que la chapelle de Ronchamp et, le 3 octobre, Ronchamp. Puis, malheureusement le front se stabilisera jusqu'au 19 novembre, jour de la libération de Champagney.

Monsieur Henri Pesenti a vécu ces mois terribles comme combattant, puis l’épopée de l’unité de Diego Brosset jusqu’au 8 mai 1945. À l’instar des héros de la France Libre, ceux de la première heure, les « Marie Louise » comme il les appelait, ces gamins de vingt ans engagés à l’automne 1944, ont droit, eux aussi, à notre respect et à notre admiration. À ce moment-là, la France était loin d’être libérée entièrement et, beaucoup mourront, parfois très peu de temps après leur engagement.

 

Le jeune soldat en 1945

Le jeune soldat en 1945

M Pesenti faisait partie du Bataillon de Marche 21 (BM 21). Il y était voltigeur. Un bataillon était composé de trois compagnies de voltigeurs - donc des fantassins - et d’une compagnie de commandement. Il sera blessé en Alsace, le 30 janvier 1945, lors des combats de la poche de Colmar. Il répondait ainsi à nos questions.

Quel âge aviez-vous au moment de votre engagement ? « Je suis né en 1925, j’avais donc 19 ans. Nous étions tous jeunes, 18, 19, 20, 21 ans et plus. Nos officiers et sous officiers étaient plus âgés. »

Comment s’est passé votre engagement ? « Je dois d’abord préciser que je suis entré dans la résistance en 1942 comme agent de liaison. Je distribuais des journaux. Nous étions membres du Front National (rien à voir avec le parti créé dans les années soixante-dix. Il faut donc rappeler que le Front National est d’abord l’un des principaux mouvements de résistance à l’occupation nazie).

En 1943, mon frère reçoit sa convocation pour le STO (service du travail obligatoire en Allemagne). Il refuse de partir, alors, nous quittons la Haute-Saône tous les deux avec pour objectif de quitter la France afin de combattre autrement. Nous nous perdons à Perpignan et sommes séparés.

Je remonte et rentre seul chez moi. (Le frère de M Pesenti réussira à passer en Espagne, à rejoindre - après bien des aventures - l’Afrique du Nord et, finalement, à se faire incorporer dans la future 2ème D B du Général Leclerc).

Après le 6 juin 1944 nous formons un maquis à Montjustin, nous nous retrouvons à Grange-le-Bourg. Mais le manque d’armes fait que nous rejoignons tous nos foyers. Rentré à Borey, mon village, la libération nous surprend et je m’engage dans cette armée de libération.

Cela se passe le 18 septembre 1944. On me demande « Est-ce que tu as une arme ? Du maquis, j’avais gardé une mitraillette allemande qui m’est prise. Le PC du bataillon se trouvait dans un café derrière l’église de Villersexel. Nous étions deux à vouloir nous engager : « Embarque ces deux là à la 2ème ! ». On nous a équipés, on m’a donné une autre mitraillette, un talkie-walkie, une radio. J’étais devenu agent de liaison et, huit jours après, nous étions à Palente. A ce moment là, c’était une guerre de mouvement.

Quelques jours après, le 24 septembre, j’ai eu la chance de voir le Général de Gaulle au château de Bournel pour une prise d’arme suivie d’une remise de décorations. »

Où étiez-vous à l’automne 1944 ? « Ma compagnie, la 2ème, était au Plain (entre Ronchamp et Champagney), occupant tout le secteur de l’actuel magasin Champion et de la ligne du chemin de fer des houillères. On était dans les maisons – les civils avaient été évacués – ou dans les bois. Tous les quatre jours, on remontait au repos à Malbouhans. Cela se passait la nuit, jamais on n’a traversé Ronchamp de jour. Lorsqu’on revenait au front, on le sentait, ça sentait la poudre. »

En 1945 à Lantosque (Alpes-Maritimes)

En 1945 à Lantosque (Alpes-Maritimes)

Comment s’est passée la libération de Champagney ? « Très simplement. En fait les Allemands s’étaient éloignés du village. Certains s’étaient mis en position sur la butte de Passavant où il y a eu des combats.

Arrivé sur la place du village, près d’une grande maison (peut-être l’ancien café Kibler) un petit pompier nous dit : “C’est seulement maintenant que vous arrivez. Il n’y a plus d’Allemands.”. Nous sommes partis de là dans la nuit du lendemain. »

Où dormiez-vous ? « Partout. Dans les bois, dans des trous couverts de rondins quand la coupe était en exploitation. On faisait des trous individuels dans les bois, on appelait ce trou, le tombeau. La nuit l’artillerie était silencieuse car les observateurs auraient aperçu la lueur des bouches de canon, ainsi que les piper club – petit avion d’observation – qui évoluait au-dessus des lignes. »

Quel était votre équipement ? « Un équipement américain, sauf le casque qui était anglais. Nous avions un blouson de combat, une capote, un imper, des chandails, des guêtres, une tenue de sortie et un sac marin puisque nous étions en fait de l’infanterie de marine, une demi-toile de tente par homme et bien sûr l’armement, grenades et chargeurs. Comme c’était la mauvaise saison nous portions une capote sur le blouson. Lorsqu’on entendait l’ordre : « Tous les sacs marins aux camions ! » cela voulait dire qu’on allait partir. »

Que mangiez-vous pendant la guerre ? « Des rations froides américaines. Il y avait des gâteaux, du pâté, du chocolat, des cigarettes. Elles étaient entourées de paraffine qui servait de protection. Puis on a eu des rations U « dix en un », dix rations dans un carton et encore des aliments déshydratés, mais qu’on ne pouvait pas cuisiner. Alors on les donnait aux habitants. On avait toujours à manger dans notre sac. »

Où ont eu lieu les combats les plus difficiles ? « En Alsace, et plus précisément au moment de la défense de Strasbourg au début du mois de janvier 1945. C’était l’enfer : des bombardements incessants, les villages en feu. Toute la population avait été évacuée, les vaches seules, abandonnées, hurlaient. Les animaux déambulaient. Cela a duré dix jours, il y a eu beaucoup de tués. Dix jours, cela peut paraître court mais c’est très long. »

Avez-vous failli être tué ? Sûrement que oui. Mais on n’en sait rien. Si un obus était tombé à dix mètres, il aurait pu tomber plus près ou sur nous. On disait : « On l’a échappé belle ! ». Mais on ne pensait pas à ça. Il faut dire que nous étions tous des volontaires. Quand un camarade était tué, on disait qu’il n’avait pas eu de veine, qu’il n’avait pas eu de pot. Une anecdote : nous transportions des camarades sérieusement blessés sur des brancards, arrive une pluie d’obus. Aussitôt nous, les valides, nous nous jetons à l’abri dans le fossé, abandonnant les brancards sur la route. L’alerte passée, nous sortons du fossé pour reprendre les brancards et les blessés et poursuivre notre route jusqu’au premier poste de secours où des ambulances les emmenèrent dans des hôpitaux de campagne après avoir reçu les premiers soins. »

Et les Allemands ? « Je peux vous parler des premiers prisonniers allemands que j’ai vus. C’était après les combats de la cote 327, entre Clairegoutte et Andornay. Nos troupes étaient alors composées à 80% de Noirs. Je me rappelle qu’un de ces hommes avait pris son fusil par le canon pour frapper les prisonniers, d’autres leur jetaient dessus des boîtes de conserve. Cela m’avait chagriné, et pourtant, après quatre ans d’occupation, je pouvais avoir des raisons d’être mauvais. Mais, je ne pense pas m’être mal comporté, je n’avais pas l’esprit de vengeance. Soldat mais pas soudard. »

Après la terrible bataille d’Alsace, la 1ère DFL n’aura pas l’honneur de franchir le Rhin. Après la réduction de la Poche de Royan, elle remontera en catastrophe pour défendre Strasbourg (décembre-janvier), elle sera ensuite dirigée vers le sud pour combattre dans les Alpes (l’Authion mars-avril 1945).

M Pesenti explique encore que, malgré la guerre et ses horreurs, il a été heureux au cours de cette période parce que l’amitié qui le liait à ses camarades était la plus forte. Aujourd’hui il est le Président des Anciens de la 1ère DFL pour la Haute-Saône, maintient le contact avec ses camarades dispersés en France, les représente aux cérémonies avec d’autant plus de ferveur qu’il vit aujourd’hui non loin de Champagney, lieu de la mort de son chef, mais aussi de Rougemont, l’endroit où ce dernier repose en compagnie des combattants qui ne peuvent pas témoigner. C’est aussi pour eux qu’Henri Pesenti racontait…

 

 

En juin 1945 à Pontault (Seine-et-Marne)

En juin 1945 à Pontault (Seine-et-Marne)

SOUVENIRS DU GENERAL BROSSET

 

Avez-vous eu l’occasion de parler avec le Général Brosset ? « Non, mais d’autres lui ont parlé. Le Général n’hésitait pas à apostropher les gars pour diverses raisons. »

Quand avez-vous vu le Général pour la dernière fois ? « Le 19 novembre, l’après-midi, non loin du monument où il houspillait des fusiliers marins. Un obus perdu est tombé non loin de là et l’a éclaboussé.

Dans la nuit qui a suivi le 19 novembre, nous sommes montés, avons suivi la ligne de chemin de fer jusqu’au tunnel (de la Chaillée). Il fallait faire attention en marchant car il y avait beaucoup de mines. Nous étions une centaine d’hommes. Au Pré Besson, des habitants nous ont offert la goutte. Nous avons libéré Sermamagny. Là, l’institutrice a absolument voulu que nous dormions dans un vrai lit avec des draps. Pourtant nous étions sales et boueux. Nous avons libéré La Chapelle-Sous-Chaux et nous nous sommes retrouvés près d’un lac. Et puis nous avons appris la mort du Général. Ce fut une grande tristesse. Ceux qui le connaissaient mieux encore, pleuraient. Puis nous avons poursuivi jusqu’à Masevaux, pendant que d’autres bataillons ont passé encore plus avant. »

Pourquoi le Général roulait-il si vite ? « C’était sa passion de rouler ainsi, il était fougueux et toujours en mouvement. »

Que s’est-il passé après la mort du Général ? « Un autre général a pris sa place, le général Garbey qui était alors colonel. Je n’ai d’ailleurs jamais vu ce général alors qu’on avait souvent l’occasion de voir le général Brosset. »

 

A Rougemont, en 2004

A Rougemont, en 2004

En 2006, souvent accompagné d'Henri Colney, légionnaire à la 1ère DFL

En 2006, souvent accompagné d'Henri Colney, légionnaire à la 1ère DFL

En 2008, il racontait avec beaucoup d'émotion ...

En 2008, il racontait avec beaucoup d'émotion ...

En 2012. Toujours très heureux d'être entouré de tous ces enfants
En 2012. Toujours très heureux d'être entouré de tous ces enfants

En 2012. Toujours très heureux d'être entouré de tous ces enfants

Monsieur Pesenti m'a beaucoup apporté, en classe, mais pas seulement. C'était un bon ami ...

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