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CHAMPAGNEY PENDANT LA PREMIERE GUERRE MONDIALE

 

Pendant ces années de guerre, Champagney est soumis au sévère régime des villages compris dans la zone des armées et qui dépendent de l’autorité militaire. Il faut, par exemple, un laissez-passer pour circuler. Le village ne connaîtra pas, cette-fois, d’invasion mais le front est très proche, à environ 25 kilomètres de Belfort. Les Allemands ont même installé un canon à longue portée dans la forêt d’Illfurt près d’Altkirch, qui tire sur Belfort des obus de 380.

 

 

A Champagney se trouve à la gare un quai de débarquement pour les troupes. De là, les hommes partent à pied pour le front alsacien. Le pays est plein de troupes, des groupes de DCA stationnent aux environs du village ainsi que des légions de soldats tchèques et polonais. Ces derniers séjournent à Champagney le temps de faire leurs classes et sont cantonnés au Pied-des-Côtes.

 

 

Les militaires logent chez l’habitant. Les officiers ont droit à un lit, quant aux hommes, ils sont répartis dans les granges et les greniers. En 1916, le problème du logement des militaires est évoqué dans les délibérations du conseil municipal. Certains produisent de fausses déclarations et des notes d’hébergement exagérées, d’où la délibération suivante : « Que les logeurs qui seront reconnus à la suite d’un contrôle avoir fourni une note de cantonnement fausse seront déchus de leurs droits et que le montant de l’allocation revenant à chacun deux sera versée au bureau de bienfaisance. »

 

 

En général, les troupes restaient au repos en moyenne un mois. Le 14ème  Corps d’Armée de Lyon a cantonné à Champagney exceptionnellement longtemps, près de quatre mois. Conséquence de ces séjours : de nombreux mariages entre ces hommes originaires de toutes les régions de France et des filles de Champagney, d’où encore l’apparition de nouveaux patronymes, tels que Blanc, Campredon, Guerrin ... De plus, au cours de ces années, des Alsaciens en nombre ont trouvé refuge dans notre pays où ils ont contribué à y favoriser le tissage du coton.

 

Après Verdun, des régiments décimés viennent au repos à Champagney. Preuve de l’intensité des combats et de la folie de cette bataille, le 24 juin 1916 meurent quatre jeunes de Champagney, tous du 17lème régiment d’infanterie. Il s’agit de Camille Andreux, Just Bégeot, Jules Didier et Achille Vuillemey.

 

Le quotidien de notre village en ces années noires est celui de toutes les cités de France. C’est le temps des réquisitions et des deuils pour la quasi-totalité des familles.

Le 9 août 1914, le conseil municipal vote un crédit de 2000 francs pour venir en aide aux familles nécessiteuses de la commune. Le 7 mars 1915, une « gratification » de 300 francs est destinée au secrétaire de mairie en raison du supplément de travail occasionné par la guerre. Il y a des cartes de rationnement pour les produits de première nécessité comme le pain et l’huile. En raison de la dureté des temps, la mairie accorde des remises à certains de ses locataires : 50 francs à Jean Huler, 320 francs à Mme Rapp (en 1917). Les foires ne sont plus fréquentées. L’absence des hommes a des conséquences économiques négatives.



Laissez-passer 1
























   
Laissez-passer daté de 1915 et signé du maire de Champagney Décey. Eugène Démésy  a rendu visite à de la famille à La Bresse .



En 1916 la somme de 1500 francs est votée à deux reprises pour dépenses occasionnées par la guerre, même chose le 3 décembre 1916 et le 12 mars 1917, plus 1000 francs de nouveau le 31 mars 1918. Champagney fait encore preuve de civisme - comment faire autrement dans ce contexte où le désir d’en finir concurrence le patriotisme ? - en ouvrant un crédit de 29250 francs en 1917 pour l’acquisition d’obligations de la défense nationale émises le premier mars de cette année. L’effort de guerre épuise jusqu’aux plus modestes communes, financièrement donc et surtout humainement : 184 jeunes Champagnerots ne reviendront pas de la « grande guerre », du « premier conflit moderne », de la « plus effroyable boucherie du siècle », c’est selon.


La famille qui avait un soldat au front recevait en général des nouvelles - souvent une carte brève et faussement rassurante - tous les quinze jours. Un silence d’un mois était lourd d’angoisse. Gaston Didier se souvient de la venue du garde-champêtre Théophile Steinmesse apportant le papier annonçant la mort de son frère aîné.

 

 

La guerre se fait sentir de multiples façons : par la présence de nombreux soldats, par l’absence de nos hommes, par une vie quotidienne difficile matériellement et quelquefois par une intervention directe. Ainsi, les Allemands essayèrent-ils de faire sauter la ligne de chemin de fer Paris-Belfort. C’est par une bombe lâchée d’un avion qu’ils tentèrent cette destruction. Elle manqua son but et tomba à proximité du café Péroz. La gare et les proches maisons y perdirent leurs vitres. Cet évènement eut lieu un dimanche, jour des Rameaux.

 

 

Tous les jours un communiqué concernant la situation militaire est affiché à l’extérieur de la mairie. Il est très souvent laconique, se résumant à la formule classique « Rien à signaler ». Il est signé du général de Corps d’armée Etienne Godefroi Timoléon de Villaret. Ce général loge au château Chevènement.

 

Gaston Didier, qui avait alors treize ans, se souvenait du passage du Général Joffre à Champagney. La scène se passe en mars 1915 sur la place du village. Il neige, il fait froid et les soldats battent la semelle en attendant l’arrivée du vainqueur de la Marne. Ce régiment venait d’Etobon.

 

Enfin le général arrive, passe les poilus en revue et remet des décorations devant un public clairsemé composé de quelques femmes, de deux ou trois vieux et d’une poignée de gosses.

 

Un recensement de mars 1918, probablement lié au rationnement, indique que la population de Champagney s’élève alors à 3834 habitants. Dernière allusion à la guerre dans les délibérations du conseil municipal, le vote le 9 janvier 1921 d’une somme de 100 francs destinée à la « restauration des régions libérées ».

 

Durant ces années de guerre, un camp de prisonnier est encore installé après la gare. Il s’étendait jusqu’à Passavant, à gauche de la route, sur le site d’un dépôt militaire déjà desservi par un embranchement de chemin de fer. Les Allemands captifs, environ 300 hommes, y sont occupés à réparer des wagons. Ils sont logés dans des baraques en bois Adrian et l’ensemble est ceinturé de barbelés. Le dimanche, au repos, libérés des horreurs de la guerre, ils jouaient de l’accordéon et les gamins de Champagney venaient les observer.

 

Après 1918, une entreprise belge s’installera au même endroit pour poursuivre la même activité qui donnera du travail à près de 150 ouvriers pendant cinq à six années encore.

 

Le 11 novembre 1918 c’est le soulagement plus que la joie. Celle-ci est ternie par l’ampleur de l’hécatombe. A Champagney, on célèbre le grand jour en tirant une salve de coups de canons, six petits canons utilisés habituellement le jour du 14 juillet.

 

Il ne reste plus qu’à célébrer les morts et à se remettre au travail avec les survivants.


Bouverie 1918

Devant la maison Jacquot, à la Bouverie (tournant après le collège). Un tas de belles planches, une toile de tente, des tôles, toutes choses liées à la présence de soldats en cantonnement. Tous ont le sourire. Le propriétaire, Emile Petitgirard montre la une du « Petit Parisien ». Sommes-nous le 11 novembre 1918 ?

 

 

Voir aussi :

Des nouvelles du front - décembre 1914

Les instituteurs de Champagney tués en 1914-1918

Ce texte est extrait de :

 Cham 1

Tag(s) : #Guerre de 1914-1918