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Le maire Hippolyte Simonin

Nous poursuivons la série de portrait des anciens maires de Champagney commencée avec l’évocation de Jules Décey élu au début du XXème siècle. Voici celui de son successeur, Hippolyte Simonin, élu au lendemain de la Grande Guerre.

Autrefois, la mairie abritait l’école des garçons. Sur ce cliché de 1906, la mairie est couverte d’affiches électorales – celles du député René Renoult – et de panneaux publicitaires. Il faut encore remarquer le bois livré pour le chauffage des bâtiments communaux, le local de la bascule et le drapeau en tôle.

Autrefois, la mairie abritait l’école des garçons. Sur ce cliché de 1906, la mairie est couverte d’affiches électorales – celles du député René Renoult – et de panneaux publicitaires. Il faut encore remarquer le bois livré pour le chauffage des bâtiments communaux, le local de la bascule et le drapeau en tôle.

La campagne électorale des élections municipales de décembre 1919 fut chaude et animée. Elle permit à l’équipe d’Hippolyte Simonin (1856-1930) de l’emporter. Le nouvel élu étiqueté socialiste – quelques années plus tard SFIO – avait, face à lui, le jeune Henri Roth. Les partisans du futur industriel ont été jusqu’à brûler l’effigie du curé Gaillard à proximité du presbytère, ses adversaires ne manquant pas, au cours des réunions de l’interpeller aux cris de « peaux de lapins ! » en référence à son activité de récupérateur.

On imagine l’ambiance de ces réunions organisées d’abord dans les cafés, puis au préau des écoles. À ce propos, c’est le 9 octobre 1920 que fut décidé l’aménagement du préau des écoles en salle de spectacles et de réunions par l’acquisition de bancs, de chaises et de tentures.

On a peine à imaginer aujourd’hui l’ambiance de ces réunions où la franchise des propos et le folklore en faisaient des moments attendus par tous, hommes et femmes. Celles qui avaient lieu au préau se prolongeaient inévitablement au café tout proche (café Kibler‑Marsot maintenant disparu, alors situé sur la place). À Champagney, où les candidats étaient tous de sensibilité politique voisine, il s’agissait plus d’une question de personnes que d’idéologie.

Le nouvel élu de l’après guerre n’était pas un Champagnerot d’origine. Hippolyte Simonin, déjà conseiller municipal d’une cité de la région parisienne, avait choisi de vivre sa retraite dans le pays de son épouse, une fille Chelingue expatriée dans sa jeunesse non loin de la capitale. Il avait alors soixante-trois ans et demeurait, comme son prédécesseur – Jules Décey - au Magny. Ainsi, il rejoignait tous les jours sa mairie à pied. Petit homme, rouge de figure, à la modeste barbiche taillée en pointe, il portait un chapeau melon ainsi qu’une pèlerine noire.

Il aura en charge le dossier du retour des jeunes hommes tués entre 1914 et 1918, suivi de l’édification du monument aux morts. Il poursuivra les efforts engagés en vue de l’électrification du village et de l’installation du téléphone, commencées au début du XXème siècle. Il obtiendra encore la création du cours complémentaire en 1927. C’est la même année qu’éclate la crise avec le curé Gaillard à propos de l’augmentation du bail du presbytère.

L’antagonisme avec les locataires de la cure remontait à bien avant 1905, année de la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Le curé Gaillard, arrivé à Champagney en 1919, n’hésitait pas à prendre la plume pour solliciter la commune. Il écrivit par exemple au conseil municipal le 8 août 1920 pour solliciter des réparations à son église. On lui répondit que le budget grevé de la commune ne le permettait pas.

Le 12 septembre 1922 à l’inauguration du monument aux morts, on voit en plein centre devant la tribune des officiels, mêlé aux femmes et aux enfants, le curé Gaillard avec lequel la municipalité d’Hippolyte Simonin aura des mots.

Le 12 septembre 1922 à l’inauguration du monument aux morts, on voit en plein centre devant la tribune des officiels, mêlé aux femmes et aux enfants, le curé Gaillard avec lequel la municipalité d’Hippolyte Simonin aura des mots.

À l’inauguration du monument aux morts en 1922, il refusa de se joindre aux officiels et assista à la cérémonie mêlé à la population. Les élus n’apprécieront pas. Ces mauvais rapports culminent en 1927 avec « l’affaire du presbytère ». Le 27 février, l’équipe municipale emportée par son maire Hippolyte Simonin, décida de ne pas renouveler le bail du presbytère au curé Gaillard : « … Le, conseil décide d’informer M le Curé qu’il pourra rester momentanément dans le presbytère. » Quelle mouche avait donc piqué les élus locaux pour ouvrir ainsi les hostilités ? Le fait d’avoir un tel curé : dynamique, autoritaire, entreprenant, politique même ? Quoi qu’il en soit la décision ne semble guère sérieuse. C’était une façon de contrarier l’adversaire car, entre temps, on se contenta d’augmenter le bail du locataire de la cure. Ce dernier, évidemment, refusa l’augmentation et le jeu continua. Le trois juillet le maire décida d’intenter une action contre le curé. Dans son bulletin paroissial d’août 1927, le curé Gaillard informe ses paroissiens de l’affaire : « Le conseil municipal a désigné M Simonin, Maire, pour représenter la commune dans une action à intenter contre M le curé qui refuse l’augmentation du loyer de la cure. Le curé qui refuse … Pardon. Le refus n’est pas de moi, mais de Mgr l’Archevêque. Je n’ai d’ailleurs rien à refuser, ni accepter, puisque ce n’est pas moi qui paie, mais les paroissiens. Faire de la cure une maison de rapport et du curé un locataire ordinaire est une méprise qui ne tient pas debout … » À la fin de l’année l’affaire est terminée, l’abbé a versé 795 francs pour la première fois et écrit : « J’ai lieu de croire que mes paroissiens me sauront bon gré d’avoir terminé cette affaire pour leur plus grand bien spirituel, en leur évitant ainsi la suppression du culte à Champagney, but visé par les adversaires. Quand on leur parlera désormais de l’intolérance de l’Eglise, ils sauront de quel côté est l’intransigeance et de quel côté est l’esprit de conciliation. » (Bulletin paroissial de décembre 1927).

En mai 1925, cette équipe est reconduite dans ses fonctions jusqu’en mai 1929 date à laquelle Hippolyte Simonin retrouve son adversaire de 1919, Henri Roth. Alors âgé de trente-sept ans, ce dernier est, cette-fois, élu. Il sera l’objet de notre prochaine biographie.

élus d'autrefois - Champagney - 2 -
Tag(s) : #Histoire locale